‹ La Nouvelle-France [microforme]Chapitre 26 sur 88 · PO 9 A · texte numérisé non relu

PO 9 A

bitants à faire ailleurs de nouvelles plantations.

Pénétrons au milieu de ces populations primitives, et voyons comment elles s’abritaient, de quels vêtements elles se couvraient et comment elles se nourrissaient. Cette recherche présentera d'autant plus d'intérêt que de la vie physique découleront naturellement les idées morales et religieuses.

Les Hurons construisaient des habitations dont Champlain nous donne une pittoresque description : « Leurs cabanes sont en façon de tonnelles ou berceaux, couvertes d’écorces d'arbres, de la longueur de 25 à 30 toises et 6 de large, laissant par le milieu une allée de 10 à 12 pieds de large, qui va d’un bout à l’autre ; aux deux côtés il y a une manière d’établi, de la hauteur de quatre pieds, où ils couchent en été pour éviter l’importuuité des puces dont ils ont grande quantité ; et en hiver ils couchent sur des nattes, proche du feu, pour être plus chaudement. Au bout d'icelles cabanes, il y a un espace où ils conservent leurs blés d'Inde, qu'ils mettent en de grandes tonnes faites d’écorces d'arbres ; au milieu de leur logement il ya des bois qui sont suspendus, où ils pendent leurs habits, vivres et autres choses, de peur des souris qui y sont en grande quantité. En telle cabane il y aura douze feux, qui sont vingt-quatre ménages, où il fume à bon escient en hiver, qui fait que plusieurs en reçoivent de grandes incommodités aux yeux, à quoi ils sont sujets jusqu’à en perdre la vue sur la fin de leur âge n’y ayant fenêtre aucune ni ouverture que celle qui est au-dessus de leurs cabanes par où la fumée sort. »

Le Père Lafitau, de son côté, nous dépeint en ces termes l’intérieur des habitations des Iroquois, chez lesqueis 11 à. comme missionnaire, séjourné cinq années :

«Le lorg des feux, de chaque côté, règne une estrade de douze à ircize pieds en iongueur sur cinq ou six de profondeur et &ulant a peu pres de haut. Ces estrades

PC ne

leur éten nalt cout ou ii lopr eux que moi] font plus poils sont n'v a quil sur | au pl inCo?

davai insu bout.

chau qu'il dure les pi comn qu'ils mais très fumé

Chd com qui n plus longt faire pêle-r nourtr

ns.

ves, ôte- Tisplus irel-

dont On :

OÙ ueur ilieu bout abli, \ été ande ttes, bout rvent nnes ment qui aura ‘ume s en quoi n de

que imée

ces chez cinq

rade ix de ‘ades

leur servent de lit et de sièges pour s'asseoir ; ils étendent sur les écorces qui en font le plancher des nattes de jonc et des peaux de fourrures. Sur cette couche, qui n’est gui. e propre à entretenir la mollesse ou la fainéantise, ils s'étendent sans autre façon, enveloppés dans les mêmes couvertures qu’ils portent sur eux durant le jour. Ils ne savent pour la plupart ce que c’est que se servir d'oreiller. Quelques-uns néanmoins, depuis qu'ils ont vu la manière française, en font d’un morceau de bois ou d'une natte roulée. Les plus délicats en usent, qui sont faits de cuir fournis de poils de cerf ou d’orignal; mais en peu de temps ils sont si gras, si sales et font tant d'horreur à voir qu'il n’v # que des gens aussi malpropres que les sauvages qui puissent s’en accommoder. Le fond de l’estrade sur lequel on couche est élevé à un pied de terre tout au plus; ils lui donnent cette élévation pour n'être pas incommodés de l'humidité, et ils ne lui en donnent pas davantage pour éviter d'autre part la fumée qui est insupportabie dans les cabanes quand on s’y tient de: bout. Pans les froids ordinaires elles sont assez chaudes, mais quand le vent du nord-ouest souffle et qu'il fait un de ces temps rigoureux du Canada qui durent de sept à huit jours de suite à faire fendre les pierres, alors le froid y ayant pénétré, on ne sait comment ils peuvent y durer, étant aussi peu couverts qu'ils le sont. Pendant l'été elles sont assez fraiches, mais pleines de puces et de punaises ; elles sont aussi très puantes quand ils y font sécher leur poisson à la fumée. »

Chez les tribus ne vivant que de chasse et de pêche, comme les Algonquins, la construction de la cabane, qui ne constitue qu'un abri provisoire, est beaucoup plus simple; ces nations errantes, ne restant jamais longtemps dans le mème endroit, se contentaient de faire des huttes extrèmement basses où elles vivaient pêle-mêle avec le grand nombre de chiens qu’elles nourrissaient,

Le Père Sagard nous dépeint le campement d’une bande dont les territoires de chasse s’étendaient de Québec à Tadoussac : « Étant arrivés au lieu où ils doivent séjourner, les femmes et filles ayant la hache en main vont par les bois couper quinze ou vingt perches, plus ou moins, selon la grandeur de la cabane qu'ils ont à faire. Cependant les vieilles femmes et aucune fois les hommes en ayant dessiné le plan, vident la neige avec leurs pelles, qu'ils font ou portent exprès pour ce sujet. La place se fait ronde ou en carré à la volonté du maitre architecte, profonde selon la hauteur des neiges de deux, trois, jusques à quatre pieds, de manière que la neige leur sert comme d'une muraille qui les environne de tous côtés, excepté par l'endroit où on la fend pour faire la porte que l’on tient fort basse.

« Les perches élant apportées, on les plante sur le haut de la neige, puis on jette sur ces perches, qui s'approchent un peu par en haut, qualre ou cinq rouleaux d’écorces cousues ensemble commençant par le bas, comme font Ies recouvreurs de maisons. La neige que l’on à à dos est après couverte de petites branches de cèdre ou de pin, de quoi la maison est aussi pavée. L'huis du logis n’est autre qu’une méchante peau d’élan, attachée à deux perches. Je ne sais si l’on pourrait assez exagérer la peine et les incommodités que l’on souffre dans ces chétifs palais où l’on expérimente parfois les deux extrémités, un extrême chaud tel que l’on est à demi rôti, ou un extrèime froid tel que l’on est à demi glacé ; et puis des chiens vous importunent sans cesse pour avoir place aupres de vous; mais la fumée selon les vents en est insupportable, comme la faim quand la chasse n'est pas bonne. »

Quelqueslignes empruntées à un autre missionnaire, le Père Lejeune, qui vivait au milieu des Algonquins, précisent mieux encore leur genre d'existence: « L'hiver est long ; depuis novembre jusqu'à la fin d'avril là

terre La vit de pl caban petites serve] debou il faut c'est | de gra et les neige bien s liberté que 1 chemi pas la comm bon fe car les cotés.

murail s'étend à moiti et le e fumée que j'e fallait

pirer. J les yeu:

pouvar vienne) mes pl venir !] sur la f telle im je me

donnai

terre est toujours blanche de neige, et tout est glacé, La vie dans les bois avec les sauvages a quelque chose de plus pénible encore que le froid de l'hiver. La cabane se construit à chaque nouveau campement. Les petites branches de sapin, répandues sur le sol, servent de planches et de lit. Vous ne sauriez demeurer debout, la fumée vous suffoquerait, et par conséquent il faut toujours être couché ou assis sur la plate terre : c'est la position ordinaire des sauvage . Ce cachot a de grandes incommodités : le froid, le chaud, la fumée et les chiens. Pour le froid, vous avez la tête à la neige : il n’y a qu'une branche de pin entre deux, bien souvent rien que votre bonnet. Les vents ont la liberté d'entrer par mille endroits, quand il n’y aurait que l'ouverture d'en haut qui sert de fenêtre et de cheminée tout ensemble. Cependant le froid ne m'a pas tant tourmenté que la chaleur. Un petit lieu comme sont ces cabanes s’échauffe aisément par un bon feu. D'aller à droite ou à gauche vous ne sauriez, car les sauvages qui sont vos voisins occupent vos côtés. De reculer en arrière, vous rencontrez cette muraille de neige ou ces écorces qui vous bornent; de s'étendre, la place est si étroite que les jambes seraient à moitié dans le feu. Je dirai néanmoins que le froid et le chaud n'ont rien d'intolérasie, mais pour la fumée c’est un martyre. Elle me faisait pleurer sans que j'eusse ni douleur ni tristesse dans le cœur. I] fallait parfois mettre la bouche contre terre pour respirer. J'ai cru plusieurs fois que j'allais être aveugle, les yeux me cuisaient comme le feu. Pour leschiens, ne pouvant subsister à l'air, hors de la cabane, ils se viennent coucher tantôt sur mes épaules et tantôt sur mes pieds. Étant affamés, ils ne faisaient qu'aller et venir: rôdant partout dans la cabane, ils nous passaient sur la figure et sur le ventre, si souvent et avec une telle importunité qu'étant las de crier et de les chasser je me couvrais quelquefois le visage, puis je leur donnais la liberté de passer où ils voulaient. Pendant

que nous mangions, ils portaient le nez dans nos écuelles plus tôt que nous n’y portions là main !» (Rolation de 1632.)

La fumée qui se dégageait des bois verts ou humides que brûlaient les sauvages dans leurs cabanes occasionnait chez presque tous une inflammation des paupières, qu'ils avaient la plupart du temps rouges ct éraillées. Nous venons de voir d'autre part à quel point elle était insupportable aux Européens, que [ malpropreté repoussante de ces taudis et les odeurs qui s’en dégageaient indisposaient déjà ; 1! fallait l’ardeur des missionnaires ou Les grossières habitudes des coureurs des bois pour s’y accoutumer à Ia longue, mais tous n’y réussissaient pas. C'est ainsi que le Père Dolbeau, parti chez les Montagnais pour ; cabaner, apprendre leur langue et les catéchiser, v pensa perdre la vue, resta plusieurs Jours sans pouvoir ouvrir les veux qui lui causaient une douleur extrénie et se vit contraint de revenir à Québec sans avoir accompli SON œuvre.

De l'habitation, passons aux vêtements.

L'été, le sauvage allait presque nu ; l’hiver il portait des peaux de bêts5, des guêtres et des chaussures de peau. Les femmes, couvertes jusqu'aux genoux, avaient la tête et les bras nus. Champlain nous donne à ce suiet des détails très précis, confirmés par toutes les relations : « Leurs habits sont faits de diverses peaux de bêtes sauvages. Ils les accommodent assez raisonnablement, faisant leur brayer d’une peau de cerf moyennement grande, et d’une autre le bas de chausses ce qui leur va jusqu’à la ceinture. Leurs souliers sont de peaux de cerfs, ours et castors, dont ils usent en bon nombre. Plus, ils ont une robe de même fourrure en forme de couverte, et des manches qui s’attachent avec un cordon par derrière, Voilà comme ils sont habillés durant l'hiver. Quand ils vont par la campagne, ils ceignent leur robe autour du corps, mais étant à leur village ils quittent leurs manches etnese ceignent

point de ct des b des b colle, point être.

« P quant visag Phuil anim:

qu'ils autres Le partie il con:

de trc jambe de bo retom Qua la cuis ticulie CNE de pie coutea autres plats, viande en cel caillou dans | laquell en reti et à su et cuis repas.

Ss nos

») | Ro-

mides OCCas paures CL , quel que la deurs Fallait itudes ngue, que le >ur y hiser,

sains uleur ; sans

ortait res de ‘aient à ce cs les )eaux onnaoyenusses s sont nt ei rrure chent

sont agne, ant à rnent

point. Les passements pour enrichir leurs habits sont de colle, et de la raclure desdites peaux, dont ils font des bandes en plusieurs façons, y mettant par endroits des bandes de peinture rouge-brun parmi celles de colle, qui paraissent toujours blanchâtres, n’y perdant point leurs façons quelque sales qu’elles puissent être.

« Pour s’embellir la face et avoir meilleure grâce, quand ils se veulent bien parer, ils se peignent le visage de noir et de rouge, qu'ils démêlent avec de l'huile ou bien avec de la graisse d'ours ou autres animaux. Comme aussi ils se teignent les cheveux, qu'ils portent les uns longs, les autres courts, les autres d’un côté seulement. »

Le brayer dont parle Champlain était la seule partie du vêtement que les sauvages ne quitlaient pas ; il consistait dans une peau large d’un pied et longue de trois ou quatre; ils la faisaient passer entre les jambes et elle se repliait dans une petite corde de boyau qui les ceignait sur les hanches, d’où elle retombait par devant et par derrière

Quant à la nourriture, il faut bien reconnaitre que la cuisine des Montagnais, et des Algonquins en particulier, était singulièrernent primitive :

« Tout leur meuble n’était que de bois, d'écorces et de pierres; de ces pierres, ils faisaient les haches et couteaux ; du bois ei de l'écorce ils fabriquaient les autres ustensiles et pièces de ménage, et même les plats, chaudières, bacs et auges à faire cuire leur viande, laquelle ils faisaient cuire ou plutôt mortifier en cette manière : Ils mettaient une quantité de cailloux dans un grand feu, puis les jetaient brulants dans le plat ou chaudière d’écorce pleine d'eau en laquelle était la viande ou le poisson à cuire, puis les en retiraient et en remettaient d’autres en leur place, et à succession de temps en temps l'eau s'échauffait et cuisait la viande de laquelle ils faisaient après Leur repas. » (Sagard.)

Nous avons vu, par le récit de Champlain, à quels actes de gloutonnerie Ies sauvages affamés pouvaient se livrer; les habitudes à cet égard étaient les mêmes chez tous, et les voyageurs comme les missionnaires en ont gardé une semblable impression. Chez les Iroquois, par exemple, la coutume reçue était de dévorer toutes les provisions, comme s'ils ne devaient jamais en manquer, et de supporter ensuite la faim avec patience et sans se plaindre. « La nécessité où ils se trouvaient bientôtréduits par leurs profusions les obligoait à manger de tout, sans discernement, et à trouver tout bon. Aussi comme dans leur abondance ils ne donnent pas le temps à la viande de se mortifier, qu'ils la mettent dans leur chaudière encore toute vivante, ils ne se font point aussi un scrupule de la manger puante ct presque pourrie quand ils n’en ont point d'autre, Is n’écument jamais leur chaudière, de peur de rien perdre. Ils y mettent cuire des grenouilles entivres et les avalent sans horreur. Ils font sécher les intestins des chevreuils sans les vider, et y trouvent en les mangeant le même goût que nous à ceux des bécasses. Ils boivent l'huile d'ours, de loup marin sans s'embarrasser si elle est rance ou infecte. Le suif des chandelles est pour eux un vrai ragoût, Ils mangent les glands, qu'ils font seulement bouillir pour ôter leur amertume, le fruit des hêtres, des racires et toutes sortes de fruits amers; ils ne leur donnent pas le temps de müûrir et de croître de peur que d’autres ne les préviennent et ne les enlèvent. »

Et le missionnaire ajoute mélancoliquement : « Tous ces peuples barbares font un dieu dd ’c:ur estomac, ils mangent jusqu'à crever, etiln’e pas concevable où ils peuvent mettre tout ce qu'ils absorbent,. » (Lafitau.)

Un autre, plus énergique encore, nous apporte en ces termes son témoignagne : « Depuis le matin jusqu’au soir, ils n’ont d'autre souci que de se remplir le ventre. Ce sont de vrais gueux. La coutume de ces nations est de tuer leurs pères et mères lorsqu'ils sont

D si vieu ‘1 Cet o 4 chez le MN dquines.

1 « Il avaient perdue, tout à | ces vieil D animale de rend n'en avi car ils I font poi SpCCIQUN souffrir Les Alg beaucou qu'élant réduites qu'il fau en rien € Mais r Lejeune, où il éta leurs chi « La nou de tourm élait abor du lender gement, t pouvait p sujet de r aient les jamais la pas aussi ( sante pour de la fair

uels ient mes ires les , de ent avec Is se oblitrou- [s ne qu'ils ante, nger point peur uilles er les nten des arin bp suif Ils pour ‘es et L pas tres

Tous c, 1ls le où tau.) te en atin mplir e ces sont

si vieux qu'ils ne peuvent marcher. » (Lallemand.)

Cet odieux usage élait à peu près général aussi bien chez les [roquois que parmi Les diverses tribus algonquines.

« n'y a pas longtemps, dit le Père Lafitau, ils avaient coutume et ils ne l'ont pas encore entièrement perdue, de tuer leurs vieillards lorsque l’àge lesrendait tout à fait inutiles ; il déplait dans les familles que ces vieillards, qui n’ont plus d'esprit que pour la vie animale, aillent de cabane en cabane, sous le prétexte de rendre visite, y chercher à manger comme s'ils n'en avaient point chez eux, ce qui souvent est vrui, car ils Les laissent manquer de tout; et alors ils ne se font point un scrupule d’en délivrer le monde, sous le spécieux prétexte que ces vieillards ne font plus que souffrir et être incommodes à eux-mêmeset aux autres. Les Algonquins et les autres nations errantes sont beaucoup plus sujettes à cette inhumanité, parce qu'élunt presque toujours en voyage et plus souvent réduites à la faim, l'incommodité de ces vieillards qu'il faut porter et nourrir sans qu'ils puissent s'aider en rien devient alors plus sensible. »

Mais revenons à la cuisine de nos sauvages. Le Père Lejeune, après la description pittoresque de la cabane où il était si mal à son aise avec les Algonquins et leurs chiens, continue sa relation en ces termes : « La nourriture devenait l’occasion d’un autre genre de tourment. Quand la chasse était bonne, la pâture élaitabondante, mais le sauvage n’a pas la prévoyance du lendemain, il mange gloutonnement et sans ménagement, tant qu'il lui reste un morceau, comme s'il ne pouvait pas y avoir pour lui de jours mauvais. Et quel sujet de mortification dans la manière dont s apprèaient les aliments ! Passant par des mains qui ne sont

jamais lavées et dans des vases dont le cuivre n’était

pas aussi épais que la saleté, elle ne devenait appétissante pour un Européen que gràce au besoin impérieux de la faim. Lorsque le temps ne permettait pas de

Te st a.

SR EP Re

… NC

TS

7 VHS NY. Y

ÿ ZS Æ FÉÉ 2 A2 y SO ÉÉÉPFEEIE =) ce 2Ù =] 4 zu __.—— N LA 3? É:

Page 1