‹ La Nouvelle-France [microforme]Chapitre 31 sur 88 · WE · texte numérisé non relu

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Malheureusement la petite flotte fut attaquée et prise à l’entrée du Saint-Laurent par les Anglais, que conduisaient des huguenots réfugiés, originaires de Dieppe, les frères Kertk. La guerre étant déclarée entre le cabinet de Londres et la France, l’aîné des frères, David Kertk, avait obtenu une commission du roi d'Angleterre et armé plusieurs navires avec lesquels il résolut de s'emparer de la Nouvelle-France. Arrivé au cap Tourmente, entre Tadoussac et Québec, il y détruisit Les quelques maisons ainsi que les étables et le bétail qui s’ytrouvaient, puis il chargea des Basques prisonniers de porter à Champlain une lettre dans laquelle il l’informait qu'ayant obtenu mission du roi de la Grande-Bretagne de prenüre possession du Canada et de l’Acadie, il était arrivé à Tadoussac avec dix-huit navires, qu'il avait capturé les vaisseaux chargés d'apporter des provisions à la colonie et que les Français n'ayant plus de vivres devaient se rendre afin d'éviter une effusion de sang inutile.

A cette sommation, Champlain, d'accord avec Dupont Gravé et les autres habitants, répondit avecune noble fierté : « Monsieur, ayant encore des grains sans ce que ce pays fournit, et sachant très bien que rendre un fort et habitation en l’état que nous sommes maintenant, nous ne serions pas dignes de paraitre devant notre roi, vous estimerez plus notre courage en attendant de pied ferme votre personne avec vos forces, que si nous abandonnions lâchement une chose qui nous est si chère, sans voir l’essai de vos canons, approches, retranchements et batteries contre une place que je m’assure que la voyant et reconnaissant vous ne jugerez pas de si facile accès comme l’on vous aurait pu donner à entendre. Nous attendons d'heure à autre pour vous recevoir, et empêcher si nous pouvons les prétentions ui avez eues sur ces lieux, hors desquels je demeurerai, Monsieur, votre serviteur. »

Depuis trois ans, la colonie dont la détresse était

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extrême n'avait reçu ni vivres ni munitions ; il n’y avait que cinquante livres de poudre dans les magasins et la famine était proche, mais, suivant l’expression de Champlain, « en ces occasions bonne mine n'est pas défendue. »

Kertk, convaincu qu'il allait se heurter à une résistance désespérée, préféra remettre l’altaque au moment où la disette aurait fait son œuvre; il brûla les barques qu’il avait trouvées à Tadoussac et regagna le golfe Saint-Laurent.

Champlain, de son côté, prit toutes ses précautions pour faire durer le plus longtemps possible le peu de vivres qui lui restait ; la pêche, la chasse, la récolte faite par la famille Hébert, des racines que l’on allait chercher dans les bois, quelques morceaux de venaison donnés par les sauvages empêchèrent là colonie de mourir de faim pendant l'hiver; mais l’année suivante, lorsque les frères Kertk revinrent avec leur flotte, il ne restait plus rien, ni vivres, ni poudre, ni moyens de défense. Ils firert savoir à Champlain qu'ils connaissaient le triste état dans lequel 1l se trouvait et'lui demandèrent la remise, aux conditions les plus honorables, du fort de Québec.

On était arrivé au 16 juillet 1629; il ne restait aucun espoir de secours; Champlain réclama son transport en France avec ses compagnons et les religieux, le droit de sortir du fort avec armes et bagages et des vivres en échange de pelleteries. Ces conditions accordées, Québec fut remis aux Kertk, qui en prirent possession. Suivant reçu délivré par eux voici tout ce qui se trouvait tant au fort qu'à l'habitation : «7 canons, 7 pierriers, 51 boulets, 40 livres de poudre a canon, 30 livres de mèches, 15 mousquets, 4 arquebuses, 10 hallebardes, 12 piques, 5 à 6 milliers de plomb, 52 armures, 2 pétards de fonte verte, une vieille tente et quelques ustensiles de ménage. »

Les prisonniers furent embarqués sur un des vaisseaux des Kertk qui leur permirent, selon l’énergique

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