LES PREMIERS GOUVERNEURS
rait le Père Le Jeune, detrès honnêtes gentilshommes, nombre de soldats de facon et de résolution : c’est un plaisir de leur voir faire les exercices de la guerre dans la douceur de la aix, de n’entendre le bruit des mousquetades et des canons que par réjouissance, nos grands bois et nos montagnes répondant à ces coups par des échos roulant comme des tonnerres innocents qui n'ont ni foudres ni éclairs. La diane nous réveille tous les matins, nous voyons poser les sentinelles. Le corps de garde est toujours bien muni, chaque escouade a ses jours de faction. »
Ces heureux débuts du nouveau gouverneur furent bientôt suivis de graves événements : les Iroquois, que les armes à feu avaient d’abord effrayés mais qui en furent ensuite approvisionnés par les colonies anglaises tandis que les Français se gardaient d’en fournir à leurs sauvages alliés, recommencèrent à descendre dans {a vallée du Saint-Laurent et à attaquer les Hurons dont ils allaient poursuivre obstinément la destruction. D'autre part une épidémie de petite vérole, gagnant de proche en proche les tribus qui alimentaient Tadoussac et Québec de pelleteries, les décima et faillit amener le massacre des Francais séjournani chez elles. Ils étaient une trentaine, vigoureux, actifs, dans la force de l’âge, et accoutumés aux voyages les plus rudes; leur perte eût été d'autant plus sensible que toutes relations auraient été rompues avec les peaplades qui les avaient adoptés. Les accusations de sorcellerie portées contre eux se dissipèrent peu à peu et bientôt les Hurons, aux prises avec de féroces adversaires, apprécièrent mieux l’utile concours de ces intrépides aventuriers dont quelquesuns d’entre eux avaient voulu se défaire comme les auteurs de leurs maux, Nous reviendrons sur cette lutte acharnée qui devait se terminer par la destruction de nos imprévoyants alliés, mais deux faits méritent de nous arrêter un instant avant d'aborder ce triste récit, c’est La création de l'hôpital de Québec, et
la fondation de Montréal. Ils mettent en relief l'esprit religieux qui à présidé aux débuts de la colonie et qui s'est perpétué jusqu’au jour de la conquête anglaise, où il s’est trouvé en lutte avec le protestantisme et a constitué ur des plus solides éléments de résistance du peuple vaincu aux tentatives d'absorption de la race anglo-saxonne.
Les nombreuses éditions des Voyages de Lescarbot et de Champlain à la Nouvelle-France avaient appelé l'attention publique sur l'Amérique septentrionale ; leurs récits mouvementés, les découvertes accomplies, le goût des aventures avaient déjà déterminé un certain nombre d'hommes résolus à se rendre dans ce pays pour y tenter un établissement; les Relations des missionnaires vinrent entretenir ce mouvement. Écrites par des hommes instruits, remplies de faits intéressants, elles se continuèrent sans interruption de 1632 à 1673, apportant chaque année au publie un compte rendu des missions perdues au milieu des tribus. La première, envovée par le Père Le Jeune, est datée du 28 août 1632, « du milieu d’un bois de plus de 800 lieues d’étendue, à Québec; » elle a été imprimée, ainsi que les suivantes, à Paris, rue Saint-Jacques, chez Sébastien Cramoisy, imprimeur du roi. Ces publications, aujourd’hui fort recherchées des bibliophiles, ont été poussées dans certaines ventes jusqu'à 400 ct 500 francs l’exemplaire.
Leur lecture excitait l'intérêt, et des personnes charitables, désirant participer à la conversion des sauvages, expédiaient au Canada des fonds et des ouvriers pour construire des établissements hospitaliers. La duchesse d’Aiguillon, nièce du cardinal de Richelieu, continuant à porter à la colonie l’intérêt que ce grand homme d'État y avait attaché lui-même, écrivait que pour contribuer à l'installation de religieuses à Québoe elle avait réso:u d'y envoyer six manœuvres « pour défricher des terres ct faire quelques logements pour ces bonnes filles », Ayant obtenu en 1637 la concession
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