FONDATION DE MONTRÉAL
d'un terrain dans cette ville, elle y faisait commencer les fondations de l'hôpital, à la construction et à l’entretien duquel elle consacrait des sommes considérables. Elle en confia la direction aux religieuses Augustines, qui tenaient en France l'hôpital de Dieppe.
Une autre création analogue fut celle de l’école des Ursulines, destinée à l'éducation des jeunes filles, due à l'initiative de M" Grivel de La Peltrie, secondée par la Mère Marie de l'Incarnation.
La fondation de Montréal à le même caractère. Une Relation contenant une description de l'ile où devait s'élever un jour la grande cité donna l'idée à un receveur des tailles de La Flèche, M. de La Dauversière, d'y établir une colonie. Il se rendit dans ce but à Paris et v forma une association connue depuis sous le nom de Notre-Dame de Montréal. M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-Sulpice, en faisait partie. Avant obtenu d’un membre de la Compagnie des cent associés, M. de Lanson, la cession de l’île dont il était propriétaire, les fondateurs cherchèrent, pour la création qu'ils projetaient, des hommes accoutumés au travail et exercés au métier des armes ; ils leur donnèrent pour chef un officier de mérite, M. de Maisonneuve, donton connaissait le caractère ferme et résolu. Mie Jeanne Mance, fille du procureur du roi à Nogent, accompagnait Les nouveaux colons. Elle avait obtenu de Me de Bullion, veuve d’un riche surintendant des finances, les fonds nécessaires, 12000 livres, pour créer un hôpital dans la nouvelle cité, et une rente de 2000 livres pour son entretien.
La petite troupe, comprenant M. de Maisonneuve, deux prêtres, M Mance, trois femmes et quarante-scpt hommes, était réunie au mois d'août 1644 à Québec, où M. de Montmagny essaya de Ta retenir par ceite considération que, grace aux nouveaux venus, la colonie qui ne comprenait encore que deux cents Européens seruil en mesure de résister plus efficacementàases adversaires.
La réponse de M. de Maisonneuve fut d'une simplicité héroïque : «Ce que vous me proposez, dit-il, serait bon si l’on m'avait envoyé pour délibérer et désigner un poste, mais la Compagnie qui m'a choisi ayant décidé que j'irais à Montréal, 1l est de mon honneur et vous trouverez bon que je m'y rende pour commencer une colonie, quand même tous les arbres de cette ile devraient se changer en autant d’ennemis. »
Le 18 mai 1642, une pinasse, un bateau plat et deux chaloupes portant M. de Maisonneuve et ses compagnons arrivaient à l’île de Montréal; ils débarquaient à l’endroit que Champlain, trente et un ans auparaant, avait désigné comme un site favorable à un établissement. C'était une langue de terre formée par la jonction d’un petit cours d’eau avec le Saint- Laurent. « Au bord du ruisseau s'étendait un champ et au delà s'élevait la forêt avec son avant-gurde d'arbres isolés. Les fleurs hâtives du printemps s'épanouissaient dans l’herbe naissante et Les oiscaux aux plumages variés voltigeaient dans les buissons. Maisonneuve sauta à terre et se jeta à genoux; ses compagnons imitèrent son exemple et unirent leurs voix dans un cantique enthousiaste d'actions de grâces. Les tentes, le bagage et les armes furent ensuite transportés à terre. » (Parkman.)
C'est de ce jour que date la fondation de la cité à laquelle fut d’abord donné le nom de Ville-Marie. Un fort en pieux servit à protéger ses premiers habitants, dont la venue avait rempli d'espoir les anciens colons en leur démontrant qu’ils n’élaient pas oubliés du vieux pays, et en leur donnant l'assurance qu'ils auraient dans les nouvelles recrues de vaillants défenseurs.
Ce secours, nous allons le voir, arrivait à point.
Laissant en paix le corps de la nation des Hurons, les [roquois s'étaient bornés d’abord à des coups isolés, à des attaques contre les bourgades les plus éloignées. Ni des plaintes leur en étaient faites, ils déclaraient qu'il n’élait question dans tout cela que de
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enrichi d’un collier de porcelaine, s’avançant trop, est couché par terre tout raide mort d’une mousque-
ons, . tade. Un autre reçut sepl coups dans son bouclier et ups bien autant dans son corps. Nos Français, élantanimés, lus se ruent avec un tel carnage qu'ils font làcher prise à
ces barbares. Ils firent n‘äinmoins leur retraite avec conduite, se retranchant dans un fort qu'ils avaient
secrètement dressé à une lieue environ au-dessus de nous. On trouva par après des haches et d’autres armes, que les blessés avaient laissées avec du sang qui rougissait leur trace. »
Le fort, achevé après cette rude attaque, reçut le nom de Richelieu, qui fut plus tard donné à la rivière dont il gardait l'entrée.
La petite colonie de Montréal avait échappé la première annee aux thiaques d’un ennemi qui en ignorait l'existence, ue cu printemps de 1643 dix Algonquins, fuyant devant un parti d'Iroquois, se réfugiaient chez les nouveaux colons. Ceux qui les poursuivaient seretirèrent sans attaquer la place, mais ils revenaient au mois de juin et surprenaient, à quelques milles de l'habitation, des canots hurons chargés de pelleteries, Dans leur épouvante, ceux qui les montaient ne songèrent même pas à se défendre; vingt-trois furent saisis par leurs agresseurs qui poursuivirent les autres jusqu'aux palissades du fort. Ils se retirèrent après avoir tué trois Français et en avoir pris deux qu'ils emmentèrent avec le reste des prisonniers, dont la plupart furent brûlés.
Quelques secours arrivèrent sur ces entrefaites ; ils étaient conduits per un gentilhomme de Champagne, M. d’Ailleboust; comme il avait quelque connaissance de l’art des fortifications, 1l remplaça l'enceinte de pieux par des retranchements revêtus de solides bastions dans lesquels les colons pourraient se réfugier lorsque la présence de l'ennemi serait signalée. Des chiens amenés de France furent dressés à la garde des alentours; ils discernaient, à l’odorat, les endroits où élaient cachés les sauvages. Tous les matins ils faisa'ent une ronde aux environs, et s'ils découvraient quelque embuscade, ïls revenaient au fort en aboyant de toutes leurs forces.
Ces précautions suffisaient à peine pour mettre les Français à l'abri des attaques des Peaux-Rouges, qui, cachés dans Les forcts, profitaient de toutes Les occa-
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sions favorables pour enlever ou massacrer les travailleurs isolés. Les habitants, ainsi traqués, se lassèrent de ces agressions journalières auxquelles on ne ripos- Le't pas, et demandèrent instamment à M. de Maisonneuve de faire une sortie pour combattre ces dangereux rôdeurs. Comme ils se pluignaient de ses refus et l’accusaient de timidité, il entreprit de leur donner satisfaction.
Le 30 mars 1644, les chiens, faisant leur battue quodienne, donnaient l'alarme; leurs aboiements : rieux indiquaient que l'ennemi était dans le voisinage ; les plus bouillants insistèrent de nouveau pour marcher contre lui. M. de Maisonneuve y consentit, et a: rs avoir laissé le commandement du fort à M. d'Ail boust, il se dirigea, avec une trentaine d’horimes, vers Le bois où les sauvages avaient été signal, Lie y étaient en effet, attendant depuis quatre jours letcasion qui s’offrait à eux; deux cents de leurs gucrr'ers tombèrent tout à coup sur les Français qui, abrités derritre des abres, épuistrent leurs munitions dans une vigoureuse défense. Forcés de se retirer et effrayés par le nombre de leurs agresseurs, ils se dirigèrent vers un chemin de traine où les neiges, tassces, arrêaient moins la marche, et M. de Maisonneuve resta seul en arrière. Il était armé de deux pistolets et se retournait de temps en temps vers l'ennemi pour le tenir à distance. Les [roquois le reconnurent et voulurent le prendre vivant pour le donner en spectacle et le brûler dans leurs bourgades. Leur chef, chargé de cette capture serrait de près sa proie et allait la saisir lorsque le commandant français, se retournant brusquement, lui fracassa la tête d’un coup de pistolet,
Alors la poursuite cessa; dans là crainte que dans unretour offensif on n'enlevât le corps de leur mort, Les sauvages l’emportèrent en toute hâte dans la forêt, pendant que M. de Maisonneuve rer trait au fort. Dans cette rencontre trois Français avaient été tués et deux autres pris : ils subirent durant quatre jours le sup-