‹ La Nouvelle-France [microforme]Chapitre 36 sur 88 · I. — La NOUVELLE-FRANCE · texte numérisé non relu

I. — La NOUVELLE-FRANCE

plice du feu. C'était une perte sensible, mais elle eut ce bon effet de rendre les colons plus prudents et de leur montrer combien avait été sage la conduite de leur commandant, dont le courage et Le sang-froid dans cette affaire furent admirés de tous.

Une autre bande de trente Agniers s'était postée auprès des Trois-Rivières ; le 27 avril 1644, six Hurons, accompagnés par le Père Bressani, remontant le Saint-Laurent dans trois canots furent surpris par ces féroces adversaires; un des Hurons était tué d’un coup d’arquebuse au moment de l'attaque, les autres faits prisonniers. Le mort était dépecé, mis à la chaudière et mangé. Au village des Agniers, le missionnaire fut roué de coups de bâton. Comme il étaittombé évanoui, on lui coupa, pour le ranimer, le pouce de la main gauche et deux doigts de la droite. Porté ensuite dans une cabane, ses bourreaux lui brûlèrent les ongles et lui disloquèrent les pieds. Le lendemain on recommença, renchérissant sur ce qu'on lui avait fait souffrir la veille. Au bout de quelques jours son corps n'était qu'une plaie où les vers grouillaient, et il s’en dégageait une odeur tellement insupportable que personne n'en voulait plus approcher. Il ne restait qu’à l’achever lorsque les anciens lui apprirent qu'il ne subirait pas le dernier supplice. Il fut donné à une vieille qui, n’en pouvant attendre aucun service dans l'état où il se trouvait, le céda à des Hollandais avec lesquels il se rendit à Manhatte, d’où un navire le ramena à La Rochelle.

Pareil traitement avait déjà été infligé par la même tribu au Père Jogues qui, après des souffrances inouïes, était également revenu en France mutilé et dans le plus complet dénuement.

Pendant que la colonie était ainsi infestée, d’autres bandes allaient porter La dévastation chez les Hurons et y mettaient tout à feu et à sang. Le Père Lallemand, témoin de ces désastres, écrivait alors : «La désolation est exlrème dans ce pays ; presque tous Les jours de

eut , de . de ans

au- )nS, L le ces oup ails LÔre fut Jui, ain ans s et )mfait rps en )eru’à ne ne ins "EC le

pauvres femmes se sont vues assommées dans leurs champs, les bourgs ont été dans des alarmes continuelles et toutes les troupes huronnes, qui s'étaient levées en bon nombre pour donner la chasse à l’ennemi ont été défaites et mises en déroute. On a emmené les captifs par centaines, et souvent nous n'avons pas eu d'autres porteurs de ces funestes nouvelles que de pauvres malheureux échappés des flammes, dont les corps à demi brûlés et les doigts des mains coupés nous donnaient plus d'assurances que leurs paroles mêmes du malheur qui avait fondu sur eux et sur leurs compatriotes. Enfin au fléau de la guerre se joignit celui de la famine universelle parmi ces nations, à plus de cent lieues à la ronde. »

Au fort Richelieu les attaques étaient continuelles : le 14 septembre 16%%, un soldat travaillait dans un petit champ à portée de mousquet de la palissade ; cinq Iroquois sortant d'un taillis où ils étaient à l'affût se jettent sur lui et essayent de l’entraîner. Il se cramponne à des souches d'arbres avec une telle viguur qu'ils ne peuvent l’en détacher et lui déchargent sur la tête plusieurs coups de hache. Les hommes du fort commencent à tirer sur eux et les mettent en fuite. Malgré les blessures dont il était atteint, le soldat se relève et marche vers le retranchement. Deux sauvages reviennent sur lui et, croyant l’achever, le percent de coups. Relevé par ses compagnons accourus à son secours, malgré les décharges des ennemis cachés dans le bois, il est transporté à l'habitation et finit, après de longs mois de souffrances, par se rétablir.

Le 7 novembre suivant, un autre soldat, sorti pour tirer du gibier, était massacré par une bande cachée dans les broussailles et sa chevelure arrachée avec la peau du crâne.

Cinq jours après, alors que la terre était couverte de neige, sept hommes allaient chercher du bois de chauffage. Leur traineau chargé, ils s’en retournaient lorsqu'ils furent assaillis par une troupe embusquée

dans la forêt. Ils s'enfuirent vers l'habitation, mais l’un d'eux, embarrassé par la courroie qui servait au lrainage, fut saisi, terrassé et scalpé aussitôt. Aux cris de la sentinelle, les hommes de garde tirèrent sur les sauvages, qui prirent la fuite. Le blessé, couvert de sang, le crâne mis à nu, n'avait plus figure humaine ; il resta trois jours sans connaissance ; les soins qui lui furent prodigués le rappelèrent cependant à la vie; mais la garnison, contrainte de rester enfermée dans ce petit retranchement, y souffrit beaucoup et finit par l’abandonner pour rentrer à Québec.

À Montréal, la situation était à peu près la même, et les alertes continuelles ; cependant les précautions prises par M. de Maisonneuve et son incessante vigilance déjouèrent toutes les attaques. Elles étaient parfois singulièrement hardies, ainsi qu'en témoigne le fait suivant : une bande étant venue pour faire quelque coup, l’un des Agniers, après que tous les travailleurs s'étaient retirés au son de la cloche qui les appelait au diner, s’approcha de leur chantier, et monta sur un arbre fort épais dans l'intention de tirer delà sur quelque isolé. Mais, après le repas, leshommes, armés, revinrent tous ensemble à l'ouvrage et placèrent un corps de garde sous l’arbre même où le sauvage s'était caché, ce qui l’obligea à rester là immobile et à attendre que les Français se fussent retirés pour descendre. (Faillon.)

Impuissant à infliger à ses agresseurs le châtiment de leurs continuels méfaits, M. de Montmagny songea à entamer avec eux des négociations afin d'obtenir une paix dont la colonie avait grand besoin pour assurer son existence. Ayant dans ses mains quelques prisonniers, il en relächa un qu'il laissa partir seul, et le chargea d'informer les Agniers que s'ils voulaient sauver la vie des autres, il fallait lui envoyer des ambassadeurs pour traiter. Les Peaux-Rouges, qui avaient de leur côté éprouvé de cruelles pertes, commençaient à se lasser d’une gucrre qui leur coùlait

l'un

au cris r les t de ine ; ji lui vie ; dans | par

e, et ions vigiaient )Igne faire LS les 1i les r, et tirer mes, ‘rent vage

et à des-

ent igea enir rer pri- , et ient des qui om- Lait

trop de monde ; les avances de M. de Montmagny et le désir de sauver leurs compagnons retenus par les Français les décidèrent à expédier à Québec deux ambassadeurs. Ces derniers emmenèrent avec eux le nomrné Guillaume Couture, qui avait été pris avec le Père Jogues. C'était un garçon courageux, actif; on le croyait mort et son retour causa une grande joie dans la colonie, qui fit le meilleur accueil aux envoyés des Agniers. Ils furent reçus solennellement dans la cour du fort des Trois-Rivières, recouverte de voiles pour protéger l'assistance contre l’ardeur du soleil.

Le spectacle qui s'offrit alors aux Français était bien fait pour provoquer leur étonnement ; c'était, avec tout le cérémonial indien, une véritable représentation à laquelle ils assistaient,.

Le gouverneur, assis dans un fauteuil, avait à ses côtés ses officiers, des missionnaires et les principaux habitants de la colonie. Les Iroquois prirent place devant lui sur une natte, pour marquer leur respect à l'égard d’Onontio, qu’ils appelaient leur père. Des Algonquins, des Montagnais et des Hurons en grand costume, le visage peint, enveloppés de leurs robes de fourrures, assistaient à la séance mêlés aux Français. Le centre de la place restait vide ; il était réservé à l’orateur, qui joignait le geste à la parole pour exprimer plus clairement ses pensées.

Les Agniers avaient apporté dix-sept colliers de porcelaine, représentant autant de propositions qu'ils avaient à faire, et pour les exposer à la vue de tous ils avaient planté deux piquets ettendu de l’un à l’autre une corde sur laquelle ils devaient les suspendre.

« Chacun ayant pris place, l’orateur iroquois se leva, prit un collier, et le présentant au gouverneur il lui dit: « Onontio, prête l'oreille à ma voix, tous «les nôtres parlent par ma bouche; mon cœur n’a point « de mauvais sentiments, mes intentions sont droites « Nous voulons oublier toutes nos chansons de guerre « et leur substituer des chants d’allégresse. »

« Aussitôt il se mit à chanter, ses compagnons marquant la mesure avec leur hé, qu'ils tiraient en cadence du fond de leur poitrine, et tout en chantant il se promenait à grands pas et gesticulait. Il regardait souvent le soleil, il se frottait les bras comme pour se préparer à la lutte; enfin il reprit un air plus composé ét continua ainsi son discours: « Le collier «que je te présente, mon père, te remercie d’avoir « donné la vie à mon frère, tu l’as retiré de la dent de « l’Algonquin, mais comment as-tu pu le laisser par- « tir seul ? Si son canot avait tourné, qui l’eût aidé à «lerelever?S'il s'était noyé ou qu'ileñt péri par quel- « que accident, tu n'aurais eu aucune nouvelle de la « paix, et peut-être eusses-tu rejeté sur nous une faute « que tu n'aurais dû imputer qu'à toi. » En achevant ces mots, il suspendit son collier sur la corde, en prit un autre et après lavoir attaché au bras de Couture, il se tourna de nouveau vers le gouverneur ét lui dit: — « Mon père, ce collier te ramène ton sujet, « mais je me suis bien gardé de lui dire: - « Mon « neveu prends uneanot, et retourne dans ton pays. » — « Jen’aurais jamais été tranquiile Jusqu'à ce que j'eusse « appris des nouvelles certaines de son arrivée. Mon frère, que tu nous as renvoyé, à beaucoup souffert « et couru bien des risques ; il lui fallait porter seul son paquet, ramer toute la Journée, trainer son canot « dans les rapides, être toujours en garde contre les « surprises. »

« L'orateur accompagnait ce discours de gestes expressifs ; on S'imaginait voir un homme tantôt conduire son canot avec la perche, tantôt parer une vague avec son aviron: il faisait ensuite semblant de heurter du pied contre une pierre, en portant son bagage, puis il marchait en clopinant, comme s'il se fûtblessé,

« Les autres colliers avaient rapport » la paix, dont la conclusion était le sujet de cette ambassade ; chacun avait sa signffication particulière, que l'orateur expliquait : l'un aplanissail les chemins, l'autre rendait la

au su pe fut CS] en (l ind M.

nor aux de] {rai les B Frar avai Rivi en men en ef Une et la attri de Fr

ces D

coup l'accc

ONS Len tant garnme plus lier Loir nt de paridé à quelde la faute evant e, en is de eur ét sujet, Mon S, D» — eusse Mon uffert seul canot re les

estes t convague aurter gage, lessé,

don hacun

expli-

ait la

INCURSIONS DES TROQUOIS. 179

rivière calme, un troisième enterrait les haches 5 il v en avait pour faire entendre que l'on se visiterait désormais sans crainte, pour indiquer Îles festins qu’on s'offrirait mutuellement, l'alliance entre toutes les nations, le dessein qu'on avait toujours eu de ramener les Pères Jogues et Bressani, limpatience où lon était de les revoir, l'accueil qu'on se préparait à leur faire, lesremerciements pour la délivrance des trois derniers captifs. Chacun de ces articles était exprimé par un collier, et quand l’oraieur n'eût point parlé, son action aurait rendu sensible tout ce qu'ilvoulait dire. Ce qui surprit davantage, c'est qu'il joua son personnage perdant trois heures sans en paraitre plus cchaufté, Hi fut encore le premier à donner le branle pour une espèce de fête qui termina la séance et qui se passa en chants, en dansts et en festins. » (Charlevoix.)

Deux jours après (car, aux termes de la coutume indienne, on ne répondait pas immédiatement,) M. de Montmagny, en présence d’une assemblée aussi nombreuse que la premicre, fit connaître sa réponse aux propositions des ambassadeurs et leur remit autant de présents qu'il avait recu de colliers. Les articles du traité de paix furent ensuite arrêtés ; les Algonquins et les Hurons y étaient compris.

Bientôt après M. de Montmagny était rappelé en Franceetremplacé par M. d’Aïlleboustqui, de Montréal, avait passé au commandement du poste des Frois- Rivières. [Il connaissait le pays et ses besoins, mais i en prenait le gouvernement à une époque singulièrement critique. La trêve intervenue avec les Agniers fut en effet de courte durée ; elle était rompue dès 1646. Une épidémie qui faisait de grands ravages parmi eux et la perte d’une récolte dévorée par les insectes furent attribuées aux sortilèges du Père Joguces qui, revenu de France, n'avait pas hésité à retourner au milieu de ces barbares ; conduit dans une cabane ïl y fut tué d'uu coup de hache, Un Français, nomme Lalande, qui l'accompagnüit, eut le même sort; leurs têtes conpées

furent exposées sur la palissade du village, et ;eurs corps jetés à la rivière,

Certains, après ces meurtres, qu'il n’y avait plus de paix possible, les [roquois se mirent aussitôt en campagne. Un de leurs détachements qui s'était approché d'un village de Hurons trouva ces derniers sur leurs gardes. Ne voulant pas se retirer sans avoir rien fait, quelques rôdeurs passèrent la nuit dans la forêt voisine ; un Huron, en sentinelle sur un retranchement, ne cessait de crier, pour montrer qu'il ne dormait pas. À l’aube, croyant que tout danger avait disparu, il s'endormit avec un de ses compagnons. Un des sauvages embusqués, n’entendant plus rien, s'approche alors, tue l’un des dormeurs d’un coup de hache, arrache à l’autre sa chevelure et prend la fuite. Nos alliés eurent bientôt leur revanche; trois d’entre eux, après vingt jours de marche, pénétraient dans un village ennemi, vtuaient plusieurs hommes, mettaient le feu aux cabanes et regagnaient leur territoire sans avoir été rejoints.

Un des chefs algonquins, nommé Piskaret, avait été, pendant les guerres précédentes, un des plus redoutables adversaires des Iroquois, et l’on racontait de lui des exploits merveilleux dont le souvenær était resté dans la mémoire des colons. Un jour cinq chefs, n'ayant puréussiravecunnombreux parti,avaientvoulu aller seuls venger la mort d’un des leurs qui avait été pris et brûlé par les Agniers. Ils firent un canot et se munirent d'armes à feu. Piskaret, qui les commandait, partit des Trois-Rivières et alla camper aux îles de Richelieu. Le lendemain 11 voyait descendre cinq canots d’Troquois portant chacun dix hommes, Il avait eu la précaution de faire passer du gros fil d'archal de dix pouces de Tlongueur dans des balles de plomb ainsi accouplées; chaque coup dans un canot devait y faire une ouverture qui le coulerait à fond, car ces embarcations élaient en écorces de bouleau extrémement minces. Entourés par Les roquois qui croyaient

déch InOU, que tôte, cruel Un neig chem de d quant jJourn chere qu'il 1 dispos bûche dans :

enleva Le len bourg.

à la p:

d'un h mais € fonduc Pisk:

quand autre | et rega que ple rale, Où vainem l’Algon parune il en € certain une po meillait coup de

urs

s de en apsur rien orèt chene vai . Un s'ap- ) de uite.

ntre sun aient sans

avait plus ntait était hefs, oulu t cté et se dait, de cinq wait ‘chal omb ait V ces xtrewent

INCURSIONS DES TROQUOIS, 177

les prendre sans résistance, les Algonquins firent une décharge qu'ils renouvelcrent aussitôt avec d’autres mousquets; les ennemis culbutèrent de leurs canots que l’eau remplissait, et nos alliés leur cassèrent la tête, à la réserve de quelques-uns dont le sort fut aussi cruel que celui du malheureux qu'ils avaient brûlé.

Une autre fois, Piskaret partait seul, à la fonte des neiges, pour surprendre l'ennemi; il avait, dans Île chemin, disposé ses raquettes le devant derrière afin de dépister ceux qui voudraient le poursuivre, et quand il fut proche d’un village il passa le reste de la journée dans un arbre creux. Il en sortit la nuit et chercha un endroit où il pourrait se réfugier à mesure qu'il ferait quelque coup. Un grand amas de bois était disposé en carré près des cabanes ; ilse glissa dans ce bûcher. Tout étant paisible aux alentours, il entra dans une cabane où il tua ceux qui y dormaient et enleva leurs chevelures; puisil se retira dans son trou. Le lendemain, lorsque ce carnage fut découvert, la bourgade prit l'alarme et les jeunes gens s’élancèrent à la poursuite du meurtrier. Ts trouvèrent les traces d'un homme quis’enfuyait, et les suivirent longtemps, mais elles finissaient par se perdre dans les neiges fondues.

Piskaret, immobile, attendaitlanuitavecimpatience: quand il vit qu'il était temps d'agir, il entra dans un autre logis où il égorgea tous ceux qui s’y trouvaient et regagna son chantier. Le lendemain, ce ne furent que pleurs et hurlements : la consternuuon était générale., On courut encore à la découverte, et l’on visita vainement les rochers et les taillis. La troisième nuit, l’Algonquin se glisse encore vers une cabane et voit parune fissure qu'ils ytrouvedeuxsentinelleséveillées ; il en était de même dans Îles autres. Quand il fut certain que l’on se teaait sur ses gardes, il entr'ouvrit une porte derrière laquelle un guerrier assis sommeillait la pipe à la bouche, Tui fendit le crâne d’un coup de hache et gagna la forêt, pourchassé par les

compagnons de sa victime que les cris de l’autre sen- {inelle avaient réveillés, Comme il était fort agile, il se laissa poursuivre, dénonçant même de temps à autre sa présence par des cris. I'attira ainsi à sa suite cinq ou six des guerriers les plus alertes; enfin. comme la auit approchait, il précipita sa marche et se cacha dans un fourré. Ceux qui le cherchaient, fatigués d’unt aussi longue course et n’espérant pius le rejoindre, s'arrélerent près de sa retraite, allumèrent un feu el finirent par s'endormir. Piskaret profila de leur sommeil pour les tuer tous et enlever leurs chevelures. (De La Potherie.)

Ce vaillant guerrier allait être une des premières victimes de la reprise des hostilités. « Il chassait paisiblement et s’en retournait chargé de mufles et de langues d’élans lorsqu'il vit six Iroquois derrière Lui, qui l'avaient aperçu auparavant et qui avaient un pavillon à la main. Ils chantaienten marchant la chanson de paix, par laquelle ils faisaient entendre qu'ils venaient à dessein de la confirmer. L'Algonquin Îes aborda fièrement, et s'étant assis avec eux alluma sa pipe, qu'il leur donna à fumer. Dans la conversation qu'ils eurent ensemble il leur apprit où étaient campés ses compagnons, divisés pour la chasse en deux troupes. Les autres lui dirent qu'ils allaient voir leur père Onontio. Ils se levèrent pour continuer leur chemin et, sur-le-champ, l’un des six se chargea de ce que l’Algonquin avait à porter; c'est la coutume des sauvages d'en user ainsi avec ceux qu'ils honorent ct respectent beaucour. Ils marchèrent tous de front, Piskaret au milieu d'eux. 1 y eut un de la compagnie qui resta derrière, et qui, les laissant aller un peu devant, les joignit ensuite promptement et cassa là iête à l’Algonquin qui ne s’en méfiait point. » (Perrot.

Les auteurs de cette perfide agression avaient ét détachés d’un gros parti de près de mille hommes pour aller à Ja découverte; ils informèrent aussitôt Les icurs de ce qu'ils avaient appris et le Iendemain, à ia

point dans priso Les Franc parvi dre la lution qu'elle altacht autant étendu d'un pi de ses cile d’a ensuite une hac sous sa avait re mouran ne dout, toute la mouvem qui cou qu'il n’y sortit su direction la forêt « ne s'avise on recon avait lui entendit étang, el qu'elle ap dans lea lui était à Elle rem:

part, ceux

senile, il nps à suite )mme cacha d’unt indre, feu et » jeur lures.

mières it paiet de re lui, un pahanson qu'ils uin les uma Si rsation :ampés deux ir leur r leur de ce me des rent et front, pagnie in peu assa la errol.

nt éte pmmes tot tes n,ù là

INCURSIONS DES [ROQUOIS. 179

pointe du jour, les chasseurs algonquins, surpris dans leurs campements, étaient massacrés ou emmenés prisonniers.

Les premiers avis de ce désastre furent donnés aux Français par des femmes quiavaientpu s'échapper et qui parvinrent, au milieu des plus grands périls, à rejoindre la colonie. Une d'elles surtout fit preuve d’une résolution et d’un courage surhumains. Li y avait dix jours qu'elle était prisonnière. Une nuit qu’elle était couchée, altachée par les piedset par les mains avec des cordes à autant de piquets etenvironnée de sauvages qui s'étaient étendus surles cordes, elle s'aperçut que tous dormaient d'un profond sommeil. « Elle essaya de dégager une de ses mains et y ayant réussi il ne lui fut pas difficile d'achever de se délier tout à fait, Flle se lève ensuite, va doucement à la porte de la cabane, y prend une hache, en frappe celui qui se trouvait le plus près sous sa main et se jette dans le creux d’un arbre qu'elle avait remarqué fort proche de là. Au bruit que fit le mourant, le village fut bientôt éveillé, et comme on ne douta point que la captive n'eût gagné au pied, toute la jeunesse se mit à ses trousses. Elle voyait ce mouvement de sa retraite ; elle observa que tous ceux qui couraient après elle suivaient la mème voie et qu'il n’y avait personne autour de son arbre. Elle en sortit sur-le-champ et, prenant sa course dans Î: direction opposée à celle où on la cherchait, elle gagni la forêt sans être apercue. Tout le reste de la nuit o ne s'avisa point d'aller de ce côté-là ; mais le jour ve on reconnut ses pistes et onles suivit. L'avance qu avait lui donna deux jours de répit; ie troisième entendit du bruit; elle se trouvait sur Le bord d'un itang, elle s’y jeta Jusqu'au cou, et dans le moment qu'elle aperçut les froquois elle se plougea tout à fart dans l’eau derrière des jones à la faveur desquels 11 lui était aisé de respirer et de voir ce qui se passait. Elle remarqua qu'après avoir bien regardé de toute part, ceux qui la poursuivaient retournent sur leurs

pas. Elle les laissa s'éloigner, puis elle traversa Île marais et continua sa route. Elle marcha trente-cinq jours, ne vivant que de fruits et de racines. Enfin elle arriva au Saint-Laurent qu'elle traversa dans un canot trouvé sur la berge et débarqua au fort des Trois-Rivières, où le récit qu’elle fit de son aventure eut bien de la peine à trouver croyance. »(Charlevoix.) On se prépara néanmoins à repousser une altaque, mais pendant que quelques bandes venaient inquiéter nos colons et menacer leurs établissements, le gros des forces iroquoises achevait la ruine de la malheureuse et imprévoyante nation huronne, que l'éloignement et la faiblesse extrême de nos forces ne nous permettait pas de secourir.

Le 4 juillet 1648 la bourgade de Saint-Joseph, sur les bords du lac Huron, était surprise, et sept cents personnes impitoyablement égorgées ou brüûlées. Le Père Daniel, qui vivait dans ce lieu depuis quatorze ans, partageait le sort de ses ouailles, qu'il refusait d'abandonner. L'hiver suivant, le 46 mars, le village de Saint-[Iygnace était également envahi et ses quatre cents habitants massacrés; il ne s’en échappait que trois hommes. Courant à demi nus sur les neiges ct les glaces, ils portèrent l’alarme au village voisin de Saint-Louis ; les femmes et les enfants se réfugièrent aussitôt dans les bois pendant que les guerriers se préparaient à défendre désespérément leurs foyers. Bientôt leurs terribles adversaires assaillaient Ja bourgade; deux fois les Hurons les repoussaient, mais enfin, écrasés par le nombre, ils tombaient sous les débris de leurs palissades renversées. Les Pères de Brébeuf et Lallemant, restés dans la mêlée pour absoudre et baptiser les mourants, élaient pris et soumis aux plus épouvantables tortures. Le supplice du premier dura plusieurs heures. Exaspérés de ne pou: voir lui arracher un signe de faiblesse, ses bourreaux lui coupèrent les lèvres, le nez, La langue, et lun enfoncèrent un tison euflammeé dans la bouche. En

La fe

lo d’ se re ba loi | dé:

ils leu sul gra tro der che étal fort nati lebc infl son Éne Rict sans affai Lé sans aCCE les :

état vict plus les r par

rsa Île Le-Cin( in elle nS un ort des venture EVOIX.) ttaque, quiéter le gros la male l'éloine Nous .surles 1 cents lées. Le quatorze refusait » village

quatre ait que eiges cl oisin de ugièrent s Se préfoyers.

dent là nt, mais sous Îles s Pères lée pour is et souplice du ne pou:

JUL UN , et lui che. Un

d'eux finit par lui arracher le cœur que ces forcenés dévorèrent. Les épreuves du Père Lallemant se prolongèrent un jour et une nuit entière ; on l’enveloppa d’écorces de sapin auxquelles on mit le feu et qui se consumèrent lentement; ses yeux, arrachés, furent remplacés par des charbons ardents; à la fin un des barbares, fatigué sans doute de Île voir souffrir si longtemps, l’acheva d’un coup de hache.

Les Hurons des au:res bourgades, apprenant ces désastres, abandonnèrent leurs cabanes, auxquelles ils mirent le feu, et se réfugièrent dans les bois où leurs implacables bourreaux continuèrent à les poursuivre et à les exterminer. La famine en fit périr un grand nombre, plusieurs s’enfuirent au loin #t trouvèrent un refuge chez d'autres peuplades; les derniers supplièrent les missionnaires de les conduire chez les Français. Ils arrivèrent ainsi au nombre d’environ quatre cents à Québec, et le gorverneur les établit dans l’île d'Orléans, sous la proiset ün d’un fortin où ils pourraient se réfugier en cas d'attaque.

L'année 1651, qui avait vu la destruction de la nation huronne, finit par le changement de M. d'Ailleboust, que remplaça l’un des membres les plus influents de Ia compagnie des Cent Associés, M. de Lauson; mais la colonie n’en fut pas secourue davantage. Énergiquement soutenue à son début par la main de Richelieu, elle devait languir après sa mort et rester sans appui sérieux Jusqu'à l’arrivée de Colbert aux affaires.

Le nouveau gouverneur élait un vieillard de 70 ans, sans énergie, incapable de faire tête aux maux qui accablaient la Nouvelle-France et de remettre en ordre les affaires qu'il trouvait du reste dans un déplorable état, Les Iroquois, devenus plus hardis depuis leurs victoires dans la région des lacs, comimencaient à ne plus considérer comme des barrières infranchissables les retranchements des Européens, et se répandaient par bandes dans toute la vallée du Saint-Laurent, Le

Page 1