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La NOUVELLE-L'RANCE

commandant des Trois-Rivières, M. Duplessis-Bochart, attiré par eux dans une embuscade, était tué avec une quinzaine d'hommes, Les campagnes étaient infestécs etilne se passait pas de mois « sans que le livre des morts fût marqué de rouge » par la main de ces insaisissables envahisseurs.

Un secours d’une centaine d’hommes amenés de France par M. de Maisonneuve à Montréal donna cependant quelque répit ; l’enmemi, informé de la présence de ce renfort et déjà éprouvé dans les rencontres de chaque jour, demanda ume suspension d'armes pour traiter de la paix, qui fut conclue en 1654. Elle permettait aux Onnontagués et aux autres cantons éloignés de venir chercher directement des marchandises à Québec, sans passer par l'intermédiaire des Agniers, qui se les procuraient dans les colonies angluises ; mais la jalousie des Agniers privés de cet avantage allait bientôt rompre l’accord intervenu. Sans plus de motifs, les incursions de ces sauvages recommencèrent, et il se forma un gros parti pour enlever les Hurons établis dans l’île d'Orléans.

Débouchant dans le fleuve par la rivière de Richelieu, cette bande passa de nuit sans être découverte devant le posce des Trois-Rivières et gagna l'île où elle s’embusqua dans la partie boisée: «il fut résolu d'attendre au lendemain afin de mieux surprendre les Hurons lorsqu'ils iraient pour cultiver leurs terres, parce que dans ce temps-là ils seraient tous hors de leur fort. Ces pauvres gens, quine s'attendaient à rien moins, sortirent, hommes et femmes, à l'heure ordinaire ; aussitôt les Iroquois s'emparèrent du terrain qui était entre le fort et les Hurons afin de les empêcher de s’y réfugier et firent tout le gros du village prisonnier. On vit facilement de Québec la manicre dont l'affaire se passa. Les Troquois s'élant ainsi rendus maîtres des Hurons, les firent embarquer dans leurs canots et passèrent en plein jour devant Québec, en les obligeant de chanter pour les mortitier davantage. Cela fit mur-

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murer ceux de là ville, et tout le monde s’étonna qu'on ne réprimait pas leur insolence en faisant tirer lartillerie sur leurs canois qui marchaient côte à côte, mais on ne voulut en rien faire à cause, dit-on, des missionnaires qui élaient chez eux, qu'ils n’ont pas laissé pour cela de livrer aux plus cruels supplices. » (Perrot.)

Quelques-uns des malheureux ainsi surpris avaient pu s'échapper et se réfugier à Québec ; les Agniers eurent l'audace d'envoyer des délégués pour les réclamer, et leur orateur dit isolemment au gouverneur, dont l'indigne faiblesse autorisait ce langage : « Lève tes bras et laisse aller ces enfants que tu tiens pressés sur ton sein, car s'ils venaient à faire quelque sottise, il serait à craindre qu'en voulant les chàtier nos coups ne portassent sur toi. »

Un pareil état de choses ne pouvait durer plus longtemps; M. de Lauson fut rappelé en France. Son successeur, le vicomte d’Argenson, débarquait à Québec le 14 juillet 1658; c'était un homme jeune, de mœurs sévères, appartenant à une famille de robe. Le lendemain de son arrivée, le cri de guerre se faisait entendre à quelques pas des habitations; une femme venait d'être tuée dans un champ voisin par des rôdeurs agniers. Il se mettait aussitôt à la tête d’une troupe ct poursuivait sans les atteindre les meurtriers jusqu’au fond des bois. La colonie, parcourue par ces bandes, était à la veille de la ruine ; elles apparaissaient partout à la fois, à Montréal, aux Trois-Rivitres, à Québec, à Tadoussac, interceplant les convois de marchandises, brûlant, pillant, massacrant tout sur leur passage. « Chaque semaine on entendait parler de prisonniers attachés au poteau, de têtes scalpées, de membres mutilés, de femmes, d'enfants torturés, écorchés, brûlés vifs. Le récit de ces malheurs, mêlés à d'horribles raffinements de cruauté, semait lépouvante parmi la population en deuil, Incapable d'atteindre dans sa retraite impénétrable un ennemi invisible qui

frappait dans l'ombre et s'évanouissait sans laisser aucune trace, on se demandait avec désespoir si la colonie, ainsi harcelée de tous côtés, ne serait pas bientôt décimée et submergée dans son sang. » (Casgrain.)

Au printemps de 1660, des Algonquins de Tadoussac surprenaient dans les îles de Richelieu un canot envoyé à la découverte. Il était monté par quatre Iroquois; trois élaient tués, le quatrième blessé; arrivé à Québec, on l’altachait au poteau. Avant de mourir, il déclarait que huit cents guerriers se dirigeaient sur Montréal où quatre cents autres devaient les rejoindre, et que leur dessein était de s'emparer de ce poste ainsi que des Trois-Rivicres et de Québec dont les habitants seraient massacrés et les constructions détruites.

Toutes les précautions furent aussitôt prises pour résister à cet assaut, et des messagers envoyés aux alentours pour inviter les colons à se tenir sur leurs gardes ; mais comment dépeindre les anxiétés et les transes des longues nuits passées sans sommeil dans l'attente d’un ennemi dont la férocité n’était que trop connue et qui, à chaque instant, pouvait fondre à l’improviste sur les faibles remparts de la ville? Les heures s’écoulaient cependantsans que l'orage attendu vint à éclater, et l’on apprenait enfin qu’il s'était dissipé au loin.

Les Iroquois étaient en effet retournés dans leurs bourgades, emportant avec eux des centaines de morts et de blessés.

Des Hurons prisonniers qui s'étaient échappés répandaient en même temps la nouvelle d’un combat dans lequel quelques jeunes gens de Montréal, se sacrifiant pour tous, avaient arrêté dans leur marche sanglante les envahisseurs et leur avaient infligé les pertes les plus cruelles avant de périr jusqu'au dernier.

Cet héroïque fait d'armes égale, s'il ne dépasse, les plus belles pages de Pant'ité: Pamour de la patrie poussé jusqu'à la mort, ,olonté ferme de périr pour

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dégager la colonie, la constance la plus admirable dans les longues journées de cette lutte surhumaine, tout s'y trouve réuni; et par un bonheur suprême le sacrifice ainsi accompli produisait tous ses fruits : l'ennemi épouvanté par une résistance aussi acharnée, voyant l'élite de ses guerriers abattue, abandonnait ses funestes projets et se déterminait à une retraite qui sauväit la Nouvelle-France.

Parmi les volontaires amenés du vieux pays par M. de Maisonneuve, le fondateur de Montréal, se trouvait un jeune soldat, Adam Dollard, sieur des Ormeaux ; 1lélait qualifié dans les actes de ce temps de « commandant dans la garnison du fortde Villemarie ». il avait vingt-cinq ans et s'était déjà fait remarque par son audace et sa résolution. Au mois d'avril 4660, les continuelles alarmes auxquelles étaient en proie tous les colons, dans l'attente de la formidable armée partie des cantons pour exterminer les Visages-Pàles, luisuggérèrent le dessein d’aller,avec quelques hommes déterminés, à la rencontre de cette invasion, de se battre avec la rage du désespoir et d'inspirer ainsi une véritable terreur aux ennemis. Dans ce but, 11 propose à seize colons, jeunes et ardents comme lui, de remonter Le fleuve et de se porter au-devant de lfroquois, au licu d'attendre ses coups. Tous promettent de le suivre : ils font leur testament, communient ensemble et s'engagent par un serment solennel à lutter jusqu'au dernier souffle, sans demander ni accepter aucun quartier.

Parti de Montréal, le 22 avril, Dollard arrivait le premier mai au pied du Long-Sault, sur la rivicre des Outaouais, trouvait là et occupait avec sa troupe un petit retranchement construit l'automne précédent par des Algonquins ; c'était une enceinte de pieux debout, en mauvais etat, commandée par un coteau voisin ; elle avait un autre défaut plus grave, son emplacement était à une certaine distance de la rivitre. Une quarantaine de Hurons, commandés par un chef

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