‹ La Nouvelle-France [microforme]Chapitre 39 sur 88 · PE - PL · texte numérisé non relu

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rejoindre et d'abandonner les Faces Pâles, dont le massacre aurail lieu dès que la grande armée des guerriers que l’on attendait serait arrivée. Les uns d'un côté, les autres de l’autre, ils sautèrent tous pardessus l'enceinte et rejoignirent leurs perfides conseillers, ne laissant dans le fort que les Français, les quatre Algonquins et le vaillant Anahontaha, qui à toutes leurs objurgations répondit qu'il avait engagé sa parole et qu’il mourrait avec ses alliés.

Le cinquième jour, une immense clameur retentissait au loin dans les profondeurs des bois et d'innombrables salves de mousqueterie annonçaient à tous les échos l’arrivée du renfort si longtemps attendu. Aussitôt, tous les assaillants réunis, formant un gros de huit cents hommes, se précipitent avec furie sur le fortin ; mais la résistance acharnée des assiégés les rejette encore au loin, après en avoir abattu un bon nombre. Pendant trois jours, tantôt en masse, tantôt par groupes isolés essayant une surprise, les assauts se renouvellent avec la même rage d’un côté, la même défense désespérée de l’autre. De grands arbres sont abattus dans la direction du réduit, dont ils favorisent les approches, mais tous les efforts viennent se briser à la meurtrière palissade. Des guerriers s’avancent et demandent à parlementer; ils sont reçus à coups de fusil, quelques-uns sont tués, les autres s’enfuient hors de la portée des balles.

Découragés par les pertes énormes qu'ils ont déjà subies, certains commencent à parler de lever le siège et de retourner dans leurs cantons ; les plus énergiques, renseignés par les Hurons qui les ont rejoints, considèérent que ce serait une honte éternelle de laisser sans vengeance le massacre de tant de guerriers et de reculer ainsi devant une vingtaine d'hommes. Leur avis finit par l'emporter et tous décident qu'ils périront dans un nouvel assaut ou qu'ils enlèveront le fort. Les plus intrépides s'élancent les premiers en poussant d’effroyables cris; ils s'abritent derrière des

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Les projectiles pleuvent sur eux et en font un horrible carnage; Dollard et ses compagnons, décidés à vendre chèrement leur vie, chargent à éclater de gros mousquetons et tirent à toute volée dans ces masses, dont les hurlements couvrent le bruit des décharges; mais les morts et les blessés protègent contre les coups ceux qui les suivent et les plus alertes parviennent au pied de la palissade ; les uns tirent par les meurtrières dans le réduit pendant que d’autres s’efforcent d’arracher les pieux et de faire une brèche dans l'enceinte ou de l’escalader. ‘es Français, sentant bien que le moment final est venu de cette lutte surhumaine, exaltés et rendus terribles par l’idée même du dernier sacrifice, tombent à coups de hache et de sabre sur tous ceux qui paraissent et disputent avec acharnement le terrain. Des fusils remplis de poudre et de balles sont garnis de fusées et jetés au milieu des assaillants qu'ils blessent ou tuent de leurs éclats.

Un baril de poudre restait, Dollard y ajuste une mèche enflammée et le lance de l’autre côté du retranchement sur lequel s’acharnent plusieurs guerriers; une branche d'arbre arrête le projectile et le fait retomber dans le réduit où il éclate ; l'explosion renverse, brûle ou tue plusieurs défenseurs. Cet accident désastreux relève le courage des agresseurs qui commençaient à désespérer du succès; des pieux brisés leur livrent passage, mais quelques assiégés sont encore debout; ils se précipitent avec une furie folle sur les envahisseurs, frappent, déchirent et tuent jusqu’à ce que la multitude qui les entoure les terrasse enfin expirants. La rapidité de leurs coups et le nombre d’adversaires qu'ils abattirent ainsi fut tel que l’ennemi, perdant toute idée de faire des prisonniers, ne se considéra comme vainqueur que quand le dernier de ces héros s’affaissa sur les monceaux de cadavres dont le sol était jonché. Les barbares essavè-

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