‹ La Nouvelle-France [microforme]Chapitre 40 sur 88 · IA NOUVELLE-FRANCE · texte numérisé non relu

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rent, dans leur rage impuissante, d’en soumettre trois qui respiraient encore au supplice du feu, mais ils rendirent aussitôt le dernier soupir ; un seu:, moins profondément atteint, subit le martyre avec une force et une patience qui déconcertèrent ses bourreaux eux-mêmes. Ils déchargèrent leur fureur sur les transfuges hurons qui s'étaient lâchement rendus à eux et les emmenèrent dans leurs bourgades où ils en firent, suivant l'expression d’un historien, « de furieuses €: horribles grillades ». Le chef huron et les quatre Algonquins avaient partagé le sort des Français; ils étaient morts avec le même courage.

D'après le témoignage des Iroquois eux-mêmes, un tiers de leurs guerriers avait péri dans cette formidable lutte. Épouvantés d’une défense aussi meurtrière, ils ramassèrent leurs blessés et leurs morts et se retirèrent dans leurs cantons. L’admirable sacrifice de Dollard et de ses amis avait sauvé le Canada tout entier. 4

La France se doit de ne pas oublier ces humbles héros; ils font partie de nos gloires nationales, et leurs noms méritent d’être gravés en lettres d'or sur nos plus superbes monuments. Ils ont été inscrits, le 3 juin 4660, il y a plus de deux siècles, sur le registre mortuaire de Montréal, et nous les reproduisons ici, avec une respectueuse émotion, au souvenir de tant de constance et d’intrépidité :

Adam Dollard, sieur des Ormeaux, commandant, ägé de vingt-cinq ans;

Jacques Brassier, âgé de vingt-cinq ans;

Jean Tavernier, dit la Hochetière, armurier, âgé de vingt-huit ans;

Nicolas Tillemont, serrurier, âgé de vingt-cinq ans;

Laurent Hébert, dit La Rivière, âgé de vingt-sept ans ;

Alonié de Lestres, chaufournier, âgé de trente et un ans;

Nicolas Josselin, âgé de vingt-cinq ans;

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Robert Jurée, âgé de vingt-quatre ans ;

Jacques Boisseau, dit Cognac, ägé de vingt-trois ans;

Louis Martin, âgé de vingt et un ans;

Christophe Augier, dit Desjardins, âgé de vingt- Six ans;

Étienne Robin, dit Desforges, âgé de vingt-septans ;

Jean Valets, âgé de vingt-sept ans;

René Doussin, sieur de Sainte-Cécile, soldat de la garnison, âgé de trente ans;

Jean Lecomte, âgé de vingt-six ans;

Simon Grenet, àägé de vingt-cinq ans;

François Crusson, dit Pilote, âgé de vingt-quatre ans.

Dollard, Brassier, Tavernier, Josselin, Robin, Valets, Doussin, Lecomte et Crusson étaient venus de France à Montréal, en 1653, avec M. de Maisonneuve.

Naissance et développement des colonies anglaises dans l'Amérique du Nord.

« Mon roi me défend de vous procurer des armes ci des munitions si vous entreprenez la guerre contre les Français, mais ne craignez rien, je vous procurerai tout ce qui vous sera nécessaire, je vous le fournirai plutôt à mes dépens. »

Ainsi parlait aux sauvages, nos ennemis, le colonel Dongan, gouverneur de la Nouvelle-York, alors que les deux nations étaient en paix. C'était l'esprit de malveillance et de perpétuel empiètement des colons anglais que traduisait ce langage, et il a continué à se manifester de la même manitre, avec la même mauvaise foi, sur tous les points du globe.

Après avoir assisté aux débuts de la Nouvelle- France, il est intéressant de jeter maintenant un coup d'œil sur ces colonies anglaises créées à côté de nous, et chez lesquelles nous avons déjà vu apparaître de si àpres convoitises. Pendant que les Espagnols, prolti-

- tant des découvertes de Christophe Colomb, fondaient

dans l’Amérique centrale un empire qui s’étendait peu à peu du Mexique au Pérou, et que les marins Bretons, Normands et Basques faisaient la traite et la pêche aux terres neuves de l’Amérique du Nord, les Anglais essayaient à leur tour de prendre pied sur ce continent; mais leurs premières tentatives furent loin de donner de brillants résultats. L'idée de ceux qui entreprenaient ces voyages depuis Colomb éluit

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toujours de trouver le passage conduisant à l'Inde et à la Chine, cette source merveilleuse de richesses. La découverte des mines d’or par les Espagnols avait encore accru l’avidité des aventuriers; aussi Jean Cabot, marin vénitien, vit-il le roi d'Angleterre Henri VII accueillir avec faveur un projet d'expédition qu’il lui soumit et dont le but était de reconnaître « ce que c'était que ces terres des Indes pour y habiter ». Il lit plusieurs voyages au Nord-Ouest et découvrit le Labrador. Son fils, Sébastien Cabot, reconnut, croiton, la baie d'Hudson et longea les côtes en descendant vers le sud, mais les cartes de ses découvertes et le récit qu'il avait rédigé de ses voyages n'ont pas été retrouvés.

En 1576, un hardi marin, Martin Frobisher, reprenant l’idée des Cabot de chercher un passage jusqu'à la Chine par le Nord-Ouest, armait deux barques de vingt-cinq tonneaux, un canot de dix, et se lancait avec ces frêles esquifs sur le vaste Océan. Une tempête engloutit le canot; l'équipage d’une des barques, épouvanté, revenait en Angleterre, mais Frobisher continuait sur l’autre son voyage jusqu’au Labrador et à la baie d'Hudson. Les glaces lui barraient presque partout le passage jusqu’à la terre, où il finit par débarquer pour reconnaitre la contrée. L’aridité du sol et l’attitude hostile des indigènes, qui surprirent cinq hommes de l’équipage et les entrainèrent avec eux pour les massacrer, le déterminèrent à revenir en Angleterre. À son retour à Londres, on lui demanda « quel avantage il rapportait des terres découvertes au nord ». Il ne put montrer qu’un morceau de pierre noire, qu'un matelot lui avait donné à bord. La femme d'un des intéressés à cette navigation s’avisa, peut-être par hasard, de le jeter dans le feu, de l’y laisser rougir et de l’éteindre ensuite dans du vinaigre. Un orfèvre, à qui cette pierre fut soumise, y trouva des traces d’or. Il n’en fallut pas davantage pour déterminer [es marchands de la Cité à équiper une flotte

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qui reprit la direction suivie par Frobisher, et ramassa comme lui à la côte des pierres et des mottes de terre dans lesquelles l’or devait exister, car, dit un chroniqueur, «on y trouvait un grand nombre d'araignées, et les araignées, comme on sait, annoncent le voisinage de l'or ».

Des recherches faites dans des conditions aussi absurdes étaient à l’avance frappées de stérilité.

Une seconde expédition organisée dans le même but en 1578 revint sans plus de succès à son port d’armement, après avoir failli se perdre au milieu de montagnes de glace flottantes si vastes « qu’en se fondant elles faisaient jaillir leurs torrents en cascades étincelantes ».

Un autre Anglais, sir Humphrey Gilbert, mieux inspiré, formait le projet de créer une colonie sur ces terres nouvellement découvertes de l'Amérique du Nord. Une première tentative infructueuse ne Île décourageait pas, et en 4583 il quittait Plymouth pour se diriger sur l’île de Terre-Neuve, où il abordait au port Saint-Jean. Là, il élevait un pilier portant les armes d'Angleterre et concédait aux rêcheurs qui assistaient à la cérémonie des terrains moyennant redevance annuelle. Il avait amené aves lui un savant hongrois, chargé de rédiger la relation de l'expédition et un « minéraliste » qui, aussitôt arrivé, faisait faire des fouilles et embarquer mystérieusement des terres riches, disait-il, en argent; mais au retour, le navire qui portait ces chimériques trésors faisait naufrage et engloutissait avec lui au fond de l’Océan le savant ct sa relation, le minéraliste et ses échantillons. Le chef de l’entreprise, Gilbert, sombrait également avec le bâtiment qu'il commandait. Son beau-frère, Walter Raleigh, qui avait encouragé ses projets, les reprit à son compte après ce désastre. Huguenot, il était venu en France servir, sous Coligny, la cause de ses coreligionnaires, et il avait été mis au courant des idées de colonisation de l'amiral, ainsi que des expéditions de

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Ribaut et de Laudouinière à la Floride. Après la sanglante revanche de Gourgues et l’abandon de la colonie par les Français, Raleigh résolut d'y tenter à son tour un établissement et obtint de la reine Élisabeth la concession de ce pays.

Deux navires armés par ses soins partaient bientôt pour reconnaitre la contrée, et l'aspect de la côte de la Caroline faisait naître les plus douces espérances ; les passagers respiraient des parfums qui leur faisaient croire à la présence de « quelque jardin délicieux, embaumé de mille espèces de fleurs odorantes. » Ils étaient dans le ravissement à l'aspect de cette côte émaillée d’iles, de cette mer aux eaux claires et transparentes. Les naturels paraissaient doux, aimables, sans ruse ni perfidie; « 1ls vivaient à la manière de l'âge d'or ».

Au retour en Angleterre, le récit de ce voyage enchantait la reine, qui donnait à cette terre, dépeinte comme un véritable par idis, le nom de Virginie, en souvenir d’un célibat qui lui était cher. Une flotte de sept vaisseaux mettait bientôt à la voile sous le commandement d’un «brave et spirituel officier », nommé Grenville. Quant à Raleigh, confirmé dans ses droits, il était représenté comme gouverneur par ur militaire énergique, Ralph Lane qui, saisi d'enthousiasme à l'aspect du pays où :l allait exercer ses nouvelles fonctions, écrivait alors : « C'est le meilleur sol qu’il y ait sous la voûte des cieux et la terre la plus plaisante du monde. Le continent est d’une longueur et d’une étendue encore inconnues, et le climat si sain que nous n'avons pas eu un malade depuis notre débarquement. Si la Virginie avait seulement des chevaux et des vaches, avec des Anglais pour habitants, il n’y aurait pas dans toute la chrétienté de royaume qui lui fût comparable. »

Malheureusement ce lyrisme n’empêchait pas des actes plus prosaïques qui allaient mettre aux prises

les nouveaux arrivants avec les indigènes dont ils

occupaient le territoire. Dès les premiers jours du débarquement, une tasse d'argent disparaissail. Pour punir ce vol, le brave et spirituel Grenville fit mettre le feu au village voisin, et détruire les provisions de grains des habitants. Dès lors les sauvages estimèrent, non sans raison, que le seul moyen d'échapper à la ruine qui les menaçait était de se défaire de pareils hôtes. Ils avaient remarqué que la passion de l'or les afolait, ils leur racontèrent qu’en remontant le cours de la rivière voisine ils arriveraient à une bourgade dont les habitants travaillaient ce métal que le pays fournissait en abondance. Aussitôt Lane et une partie des colons se mirent à la recherche de cette cité imaginaire, à la découverte de laquelle ils ne renoncèrent qu'après avoir épuisé toutes leurs provisions et dévoré jusqu'aux chiens qui les accompagnaient.

Le but des indigènes avait été de diviser leurs ennemis pour les détruire lorsqu'ils seraient séparés en plusieurs groupes ; le retour inopiné de Lane et de ses compagnons ayant fait avorter ce projet, ils voulurent obliger ces étrangers à se retirer en les réduisant à la famine ; mais la bonté d’un de leurs chefs déjoua ce dessein, et les Anglais protitèrent de la confiance qui renaissait chez ces enfants de la nature pour leur infliger une leçon destinée à leur donner une haute idée de la civilisation et de l'humanité de leurs envahisseurs. « Ils usèrent de dissimulation, demandèrent une entrevue avec un des chefs de tribu les plus actifs, et, quand ils se virent maitres de sa personne, à un signal donné ils tombèrent sur ce malheureux et sa suite et les massacrèrent sans pitié. » (Lorain.)

Là-dessus, craignant des représailles trop méritées et les secours d'Europe se faisant attendre, Lane et ses hommes profitèrent de l’arrivée à la Virginie d’un célèbre corsaire, Drake, pour regagner l’Angleterre.

Une autre expédition également organisée par Raleigh eut une fin encore plus triste ; les colons, aux prises avec les indigènes dont plusieurs avaient été

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tués par méprise dans une nuit obscure, disparurent massacrés où perdus dans les bois avant le retour du navire qui leur amenait des renforts.

En 1602, un autre aventurier, Gosnold, traversait l'Atlantique et parvenait au cap Cod, où il séjournait quelques mois pour y faire un chargement de sassafras. Cette plante passait alors pour une panacée souveraine dans les cas d’hydropisie, de fièvres malignes, d'affections du foie et se vendait à Londres trois shillings, 3 fr. 75 centimes la livre!

A son retour en Angleterre, Gosnold décida une compagnie à entreprendre un établissement sur la partie de la côte qu'il avait reconnue et qui fut appelée la Nouvelle-Angleterre. L'emplacement choisi pour la colonie fut la presqu'île de Jamestown ; mais les recrues amenées là n'étaient pour la plupart que des vagabonds, des orfèvres ruinés que la recherche de l'or préoccupait seule, des banqueroutiers, des individus perdus de dettes, et les causes qui avaient déjà déterminé l’insuccès des tentatives précédentes devaient produire les mêmes résultats.

Les colons, réduits en quelques mois de cinq cents à soixante par les désertions, la famine et les coups des sauvages, s'étaient embarqués pour retourner en Europe lorsqu'ils rencontrèrent un navire, commandé par lord Delaware, qui apportait une nouvelle troupe d’émigrants et des provisions. On revint à la plage abandonnée, les plus abattus reprirent courage, les terres distribuées aux colons les intéressèrent à la culture du sol et l’on put commencer à vivre dans cette nouvelle patrie. D’autres envois accrurent peu à peu le nombre des habitants, et l’on trouve même dans une feuille de chargement de l’un des vaisseaux, sur la liste des colis et des provisions envoyés en 1619, la mention de « quatre-vingt-dix personnes agréables, jeunes et pures » qui épousèrent en arrivant des fermiers, après avoir remboursé leurs frais de traversée. L'année suivante, un autre groupe de « soixante

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jeunes filles de vertueuse éducation, belles et munies d'excellentes recornmandations, » arrivait à Jamestown, chacun de ces colis vivants était coté par la compagnie de transport au prix de 490 à 150 livres de tabac, et trouvait preneur à ce tarif.

Mais ce qui donna bientôt à l'émigration un élan qui ne devait plus s'arrêter, ce furent les luttes religieuses dont l’Angleterre devint le théâtre. Le roi Jacques I‘, en butte à l'opposition des Puritains de la Chambre des communes, proscrivit l'exercice public d’un autre culte que celui de la religion établie sous le règne d'Élisabeth. Les ministres puritains qui refusèrent de sy conformer furent poursuivis, emprisonnés ou expulsés. Mais si le pasteur partait, de nombreux fidèles le suivaient et n'hésitaient pas à traverser les mers avec lui pour conserver leur foi. Le 6 septembre 1620, une centaine s’embarquaient ainsi à Plymouth sur le Mayflower, et arrivaient après une dure traversée au cap Cod, remerciant, à la vue de la terre, « le Seigneur Dieu dx ‘iel, de les avoir conduits sains et saufs sur un océan furieux, à travers tous ses périls ctses misères ».

Avant de débarquer sur le continent ces émigrants, unis dans une même foi, signèrent entre eux un véritable contrat social dont le texte a été précieusement conservé. En voici la teneur :

«Ayantentrepris pour la gloire de Dieu et la propasation de la foi chrétienne, pour l’honneur de notre roi et de notre pays, un voyage afin de fonder la premitre colonie dans les contrées septentrionales de la Virginie, nous faisons, par le présent acte, solennellement et mutuellement, en présence de Dieu et de nous tous, un pacte pour nous constituer ensemble en une société politique à cette fin d'obtenir notre meilleure administration et conservation et l’accomplissement de notre but ; comme aussi pour porter, exécuter,

établir en temps nécessaire, selon la justice et l'équité,

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qui seront jugés les plus convenables et les plus propres au bien général de la colonie, leur promettant. comme il est dû, toute soumission et pleine obéissance,

« En foi de quoi nous avons ci-dessous signé nos noms.

« Au cap Cod, le 41 novembre, l’année du règne de notre souverain maître, le roi Jacques, sur l’Angleterre, la France et l'Irlande, la dix-huitième, sur l'Écosse la vingt-quatrième, l’an du Seigneur 1620. »

Suivent quarante et une signatures. Le nombre des émigrants, hommes, femmes et enfants, était exactement de cent.

Débarqués sur la côte de la Nouvelle-Angleterre, ils donnèrent le nom de Plymouth, en souvenir de leur point de départ, au port où leur destinée les amenait. C'était un pays de plaines, arrosé par de nombreux ruisseaux, et dont le climat était à peu près analogue à celui de leur ancienne patrie. Le maïs y poussuit vigoureux, et la vigne sauvage y élait couverte de gros fruits. Le poisson abondait le long du rivage; la chasse à l’intérieur des terres fournissait aussi sa part d'aliments. Les passées par milliers d'oiseaux d’eau, de cailles, de dindes sauvages, de perdrix et surtout de pigeons procuraient aux nouveaux venus une nouiriture abondante.

D'autre part, la contrée était à peu près déserte; des tribus sauvages qui l’avaient occupée autrefois il ne restait que des débris disséminés sur d'immenses espaces, au milieu des bois. Une épidémie, que l’on croit être la peste, avait fait d’effroyables ravages parmi ces peuplades et anéanti des agglomérations enticres. « Dans un endroit où il y avait bon nombre de gens, dit un témoin oculaire, il n’en est resté qu'un vivant pour raconter le sort des autres, dont les os et les crânes répandus dans leurs cabanes parlent assez d'eux-mêmes, » Une seule tribu, celle des Massichusetts, de trente mille combattants était réduite à huit cents.

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Les émigrants venus d’Angleterre trouvèrent ainsi une terre à peu près vide d'habitants, et leur roi protita de cette circonstance pour justifier, en 1626, la prise de possession de cette région en se faisant comme un titre de la peste dans la patente qu'il accordait à la Nouvelle-Angleterre.

« De plus, y est-il dit, on nous a fait connaître avec certitude que, dans ces trois dernières années, Dieu a voulu qu’il régnât une peste miraculeuse parmi les sauvages qui habitaient ce pays, par suite de laquelle s’est opérée leur entière destruction, la dévastation et la dépopulation de tout leur territoire sans laisser, pendant l’espace de plusieurs lieues, un homme vivant qui puisse y prétendre. Pour quoi, dans notre jugement, nous sommes persuadé et convaincu que le temps fixé est venu où Dieu tout-puissant, dans sa grande bonté et sa faveur pour nous et notre peuple, a jugé et résolu que ces grands et excellents territoires, désertés pour ainsi dire par leurs habitants naturels, seraient tenus et possédés par ceux de nos sujets et de notre peuple qui, grâce à sa protection et à sa miséricorde, seront dirigés et conduits en ce pays par son bras puissant. »

Cette peste miraculeuse, véritable présent du ciel, facilita singulièrement les premiers pas des colonies anglaises en leur évitant des luttes meurtrières avec les possesseurs du sol, et le mouvement d’émigration, commencé par les pèlerins du Mayflower, sedéveloppa rapidement. Avec eux les colons apportèrent les idées pour lesquelles ils avaient lutté et souffert, et parmi elles le droit de représentation, l'institution du jury, le vote des subsides par le peuple, la suppression des monopoles, des ordres privilégiés, des maîtrises, des corporations de métiers, de tous ces fardeaux qui accablaient alors les peuples de l’ancien monde.

Pendant que les Français s’établissaient au Canada et les Anglais à la Virginie et à la Nouvelle-Angleterre, des marchands d'Amsterdam envoyaient des navires

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