‹ La Nouvelle-France [microforme]Chapitre 41 sur 88 · RS E · texte numérisé non relu

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pour faire la traite dans la rivière de Manhatte, découverte en 1609 par l'Anglais Hudson, et y bâtissaient un fort à l’endroit où s'élève aujourd’hui New-York ; mais bientôt les Anglais les obligeaient à leur céder ce territoire en échange de Surinam. C'est par ces Hollandais que les Iroquois, nos ennemis, furent d'abord pourvus d'armes à feu et de munitions, que les gouverneurs anglais continuèrent à leur fournir avec le même empressement.

Dès leurs débuts les colonies anglaises formèrent entre elles une confédération offensive et défensive ; chacune d'elles avait son gouvernement particulier, mais les affaires d'intérêt général étaient réglées dans un Congrès composé de deux délégués par province. En 1630 elles comptaient à peine 4000 âmes, et en 1690 leur population dépassait 200 000, alors que celle du Canada, dont le recrutement était beaucoup plus lent, par suite des entraves qu'y apportait l’administration, était à peine de 12 à 15 000.

Il suffit du reste d'indiquer les dates de fondation des États pour se rendre compte de la rapidité avec laquelle croissait cette nouvelle puissance.

La Virginie était créée en 1608, Plymouth en 1620, le New-Hampshire en 1623, le Massachusetts en 1628, le Maine en 1630, le Maryland en 1633, le Connecticut en 1635, le New-Haven en 1637, le Rhode-Island en 1638, la Caroline du Nord en 1650, la Nouvelle-York, le New-Jersey et le Delaware en 1664, la Caroline du Sud en 1670, la Pennsylvanie en 1682.

Deux choses sont remarquables dans le développement de ces colonies : la législation qui est empreinte d’un fanatisme étrange, poussé jusqu'au ridicule; le système d'éducation, que les nations européennes imitent maintenant de leur mieux.

Dès les premières années de sa fondation, la Nouvelle- Angleterre avait un ensemble de lois appelé The body

of liberties, le corps des libertés; leurs dispositions,

surtout pour la partie pénale, étaient copiées sur la

Bible, le livre sacré dont les Puritains s'étaient fait un guide absolu. C’est dans le vieux code du Connecticut

| | que ce caractère est le plus accentué : l'enfant qui a j | maudit ou frappé ses parents est puni de mort; le père | a le droit de tuer le fils adulte coupable d'opiniâtretc L | ou de rébellion ; le mensonge et le jurement sont J | prohibés sous peine du pilori et du fouct ; la fustiga- 9 | tion est également infligée aux gens ivres, car « l’ivro- | gnerie — dit le livre des Proverbes, xxvi1, 3, — qui | k transforme l’image de Dieu en celle de la brute, sera cs | | passible du châtiment qu’on inflige aux bêtes » ; défense ai | est faite d'accorder le vivre ct le couvert aux hérétiques (A | qui doivent être punis de mort, car on lit dans Zacharie Fe (1 | xu1, 43, que « l’hérésie entraînera le dernier supplice, P« ii | parce que l’hérétique, comme un idolâtre, cherche à & A! ravir les âmes des hommes au Seigneur leur Dieu ». ss || De pareilles dispositions semblent déjà bien rigou- di À | reuses, mais ce n’est pas tout! Il était interdit, le jour él | du Seigneur, de voyager, de courir, de se promener A iii dans son jardin, de faire les lits, de balayer la maison, pe 41 de se faire couper les cheveux ou raser ; la mère to | n'avait pas le droit ce jour-là d’embrasser son enfant : to | il était même défendu de fabriquer de la bière le Pi AA samedi de peur qu'elle travaillät le dimanche! Ceci io fl est d’un fanatisme si ridicule qu'il est nécessaire de | sl | citer la source à laquelle le fait est puisé ; c’est l’His- U toire du New-Hampshire publiée en 1792 à Boston par el | Jérémie Belknap, ministre protestant. D

| | Défense était faite encore de fêter Noël et les Saints, | de porter des santés, car cela rappelait un acte de | libation païenne; des règlements poussés jusqu'à la | plus révoltante minutie donnaient les formules de ++ communication soit entre hommes, soit entre les deux pe sexes ; ils indiquaient comment on devait porter la 14 | tôte, tenir les bras, les yeux, causer, marcher, s’ha- | biller. Les quakers, considérés comme des hérétiques, | élaient bannis ; s'ils revenaient, ils étaient punis de | mort.

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La plupart des articles de cette étrange législation étaient basés sur des versets de l’Exode, du Lévitique et du Deutéronome. L'horreur des Puritains à l’égard du catholicisme les aveuglait au point de les faire remonter, dans leur recherche des dogmes primitifs, jusqu’au judaïsme le plus arriéré. Non seulement leurs codes, mais leurs idées, leurs noms étaient hébreux.

L'éducation, si nécessaire aux peuples libres fut, par contre, développée parmi les divers États dans des conditions dignes de frapper l’attention.

«Ce fut encore la Nouvelle-Angleterre, dit Garnaud, qui donna l'exemple et qui la première établit le meilleur système d'instruction populaire. Elle posa pour principe que l'éducation du peuple doit être obligatoire et à la charge commune. C'était annoncer des vues forten avant de l’époque. Des écoles furent ouvertes dans toutes les paroisses, sous la direction de comités électifs qui votaient les contributions nécessaires. Afin, disaient ces législateurs, que les lumières de nos pères ne demeurent pas ensevelies avec eux dans leurs tombeaux, nous décrétons, à peine d’amende, que tout groupe de cinquante feux établira une école publique où l’on enseignera à lire et à écrire ; et que toute ville de cent feux établira une école de grammaire pour préparer Les enfants à l’Université. Cette loi existe encore en substance dans le Massuchusetts, qui s’en enorgueillit comme un de ses plus beaux titres à la reconnaissance des peuples. »

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