‹ La Nouvelle-France [microforme]Chapitre 47 sur 88 · VOYAGE A LA BAIE D'HUDSON · texte numérisé non relu

VOYAGE A LA BAIE D'HUDSON

les instruire, les Francais gagnèrent le lac Némiscau et la baie d'Hudson qu'ils atteignirent au mois de juin. Dans ce trajet, ils avaient fait en divers endroits des actes de prise de possession, suivant les ordres qu'ils avaient reçus, et les avaient fait signer par les chefs de dix ou douze nations sauvages qu'ils avaient eu la précaution de rassembler pour être témoins de cette cérémonie. Après les avoir invités à venir chasser et trafiquer dans la colonie, ils reprirent le chemin de Québec où ils arrivèrent au mois d'août, aprés avoir franchi plus de quatre cents rapides et essuyé des fatigues inouïes.

A la baie d'Hudson, les trois voyageurs avaient aperçu un bateau portant pavillon anglais, et trouvé près de l'embouchure de la rivière Némiscau deux ou trois cabanes désertes, construites par les Anglais pour y déposer des marchandises et faire le commerce avec les peuplades des environs. Nos adversaires y avaient été amenés dès 1663, par un Français, dans des conditions assez singulières.

En 1659, un coureur des bois nommé Chouard des Groseilliers parcourait la région des grands lacs et apprenait par les sauvages Kiristinons ou Cris qu'il existait au nord-oucst de leur territoire une vaste mer intérieure. Il y fut conduit par eux, et pensa que tout en faisant aux abords de cette immense étendue d’eau ungrand trafic de peaux, on pourrait peut-être arriver par là jusqu’à la mer de Chine, vers laquelle on cherchait toujours un passage. C'était aussi l’idée de Talon qui, dans les instructionsremises quelques années plus tard à MM. de Saint-Simon, Couture et Albanel, leur prescrivait de rechercher « S'il n’y avait pas lieu de faire dans la baie d'Hudson un entrepôt capable de fournir un jour des rafraîchissements aux vaisseaux qui pourraient découvrir par cet endroit la communication des deux mers du nord et du sud. »

Des Groseilliers, revenu du fond de la baie, par les grands lacs, à Québec, proposa aux marchands de

cette ville de fréter un navire avec lequelil irait faire la traite dans la baie ; mais ses propositions ne furent pas acceptées. Il se rendit alors à Boston, pour y chercher des protecteurs, puis de là * Londres, où l’on mit à sa disposition un vaisseau pour reconnaitre ce passage à la Chine qu’il croyait avoir découvert. I] ne réussit pas à ce point de vue, mais les Anglais qu'il conduisit hivernèrent au fond de la baie d'Hudson, et y firent une si abondante récolte de fourrures que la compagnie formée pour ce commerce y envoya de nouveaux bâtiments.

Afin d'assurer leur sécurité, les Anglais élevèrent un fort de pieux à l'entrée de la rivière Némiscau et lui donnèrent le nom du prince Rupert, neveu du roi Charles 11, qui avait frété le premier navire confié à des Groseilliers.

Lorsqu'on apprit ces agissemems sur les bords du Saint-Laurent, après le retour de Saint-Simon et de ses compagnons, on se repentit, mais trop tard, de n'avoir pas donné suite aux propositions du sieur des Groseilliers, et le parti fut pris de chasser les Anglais d'un territoire que l’on considérait, non sans raison, comme faisant partie de la colonie. I n’y avait du reste à cela d’autre intérêt que la traite des pelleteries, car toute cette contrée est si déshéritée, si ‘roide pendant sept ou huit mois de l’année, « que la mer s'y prend et se transforme en glaces de dix pieds d'épaisseur, que les arbres et les pierres mêmes se fendent par les gelées, qu’il y tombe dix ou douze pieds de neige qui couvrent le sol pendant plus de six mois, et que pendant ce temps on n'oserait sortir de sa maison sans risquer d’avoir le nez, les oreilles et les pieds gelés. »

Et l’auteur à qui nous empruntons cette description ajoute pour conclure : « La navigation est si difficile ct si dangereuse d'Europe en ce pays-là, à cause des glaces et des courants, qu’il faut être réduit à la deruière misère ou possédé d’un aveuglement jusqu'à la folie pour entreprendre ce détestable voyage. »

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