‹ La Nouvelle-France [microforme]Chapitre 50 sur 88 · PARTS ES US STE EES · texte numérisé non relu

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tions d'amitié et de commerce avec les diverses peuplades disséminées dans la région des grands lacs.

Les Gens de mer, appelés aussi Puants ou Ouinipigons, habitaient au fond de la baie Verte, à l’ouest du lac Michigan, et on les disait en rapport avec d’autres peuples qui venaient chez eux par mer avec de grands canots pour faire la traite.

Parti de Québec le 1° juillet 1634 avec le père de Brébeuf, qui se rendait aux pays des Hurons, et quelques coureurs des bois ou engagés, Nicolet remonta en canot d’écorce les nombreux rapides de la rivière des Outaouais, gagna le lac Nipissing, puis la baie Géorgienne et le pays des Hurons, auxquels il exposa l’objet de son voyage et demanda des hommes pour l’accompagner chez les Gens de mer. Après bien des pourparlers, des festins et des échanges de présents, l’accord se fit et sept guerriers partirent avec lui. Près du sault Sainte-Marie, au pied des rapides par où les eaux du lac supérieur se déversent dans le lac Huron, il trouva une bourgade dans laquelle il s'arrêta quelques jours, et de là parvint, par le lac Michigan, à la baie Verte. La nouvelle de son arrivée s'était rapidement répandue; un de ses hommes, envoyé en avant, avait annoncé qu’il était un messager de paix, et de jeunes guerriers furent chargés d'aller au devant de lui, puis de l’escorter jusqu'au premier village situé près de l'embouchure de la rivière aux Renards. Nicolet s'avançait gravement au milieu de-ce groupe, revêtu d’une grande robe de dimas toute parsemée de fleurs et d'oiseaux. A peu de distance des cabanes, il déchargeait à plusieurs reprises ses pistolets, et les femmes, les enfants prenaient la fuite à la vue d’un être « qui portait le tonnerre dans ses mains. »

Les Ouinipigons firent fête à « l’homme merveilleux » ; les principaux chefs l’invitèrent à des festins dans l’un desquels « on servit au moins six-vingts castors » et la paix avec les Hurons fut conclue sans difliculté,

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Nicolet avait, dans ce long et pénible voyage à qu'itre cents lieues de la colonie, « créé des amis pour ses compatriotes du Saint-Laurent dans le lointain Nord-Ouest ; il avait attaché à la France des nations sauvages dont quelques-unes n'étaient encore connues que de nom, dont aucune n'avait encore été visitée par un Européen; il avait le premier découvert le lac Michigan et pénétré hardiment dans une contrée inconnue, à quelques centaines de lieues du pays des Hurons qui était alors l’ultima Thule des contrées connues dans l'Amérique du Nord. » (Butterfield, Découverte du Nord-Ouest.)

Le retour au Canada s’effectua sans incident, et Nicolet, établi aux Trois-Rivières, y continua, disent les Relations, sa charge d’interprète à la grande satisfaction des Français et des sauvages.

La voie ouverte par ce hardi pionnier fut bientôt suivie par les coureurs des bois et les missionnaires, et si les meurtrières incursions des Iroquois rendirent plus rares pendant quelque temps les relations entre ces peuplades des grands lacs et la Nouvelle-France, leur concours nous resta néanmoins le plus souvent acquis contre nos cruels adversaires. Aussi la paix une fois conclue après les campagnes de MM. de Tracy et de Courcelles, ce dernier, sur la proposition de l’intendant Talon, envoya aux pays d’en haut un délégué qu'il chargea de prendre possession des territoires découverts par les Français. Il confia cette mission à un officier de mérite, M. de Saint-Lusson, qu'accompagnait comme interprète un coureur des bois, Nicolas Perrot, dont les voyages tiennent dans l’histoire de ce temps une place importante.

Nicolas Perrot était un homme intelligent, assez instruit, que le goût des aventures avait entrainé fort jeune de France au Canada. Sans ressources pour y vivre, il se mit au service des missionnaires qu'il accompagna comme engagé chez les peuples où ils séjournaient, I} pourvoyait pur ses chasses à leurs

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besoins et partageait avec eux dangers et privations. Après cet apprentissage de la vie des bois, Perrot, qui parlait la langue des peuplades au milieu desquelles il avait ainsi vécu, fit la traite à son comp.e et parcourut les pays des grands lacs où il pénétra, en 1665, jusqu’à la baie des Puants, chez les Poutéouatamis. Il avait alors vingt et un ans.

Ces sauvages avaient entendu parler des Français ; la venue d’un de ces étrangers leur parut un véritable présent du ciel. « Les vieillards allumèrent un calumet solennel, vinrent au devant de Perrot et le lui présentèrent comme un hommage qu'ils lui rendaient. Après qu'il eut fumé le calumet, le chef le remit à ceux de sa nation qui se le présentèrent les uns aux autres en répandant de leur bovthe la fumée du tabac sur lui comme un encens. « Tu es un des premuers esprits, lui disaient-ils, puisque tu fais le fer; c’est toi qui dois dominer et protéger tous les hommes. Loué soit le soleil qui t'a éclairé et t'a rendu sur notre terre. » Ils l’adoraient comme un Dieu, ils prenaient ses couteaux et ses haches qu'ils encensaient avec leur bouche de la fumée du tabac. Quand il sortait, on voulait le porter sur les épaules, on aplanissait les chemins par où il passait, on n'osait le regarder en face. » (La Potherie).

La guerre existait alors entre les hôtes de Perrot et les Maloumines ou Folles-Avoines, leurs voisins. La folle-avoine, dont ils portaient le nom parce qu’elle se trouvait sur leurs terres, est une sorte d'herbe qui pousse naturellement dans les petites rivières dont le fond est de vase, et dans les lieux marécageux; elle est semblable à la folle avoine qui croit parmi nos blés. (Marquette.)

Des Maloumines, en chassant, avaient tué par mégarde un Poutéouatamis. Ses compagnons, irrités de cet affront, cassèrent la tête pour se venger à un Maloumine qu'ilsrencontrèrentchez les Puants. Ace moment, la plupart des guerriers Poutéouatamis ét ient des-

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cendus en traite, pour la première fois, à Montréal, et ceux qui restaient craignäient une attaque des Maloumines en représailles du meurtre accompli. Perrot, devenu leur hôte, leur proposa d'aller négocier la paix avec cette peuplade. Son offre acceptée, il se rendit au village que ces sauvages habitaient, sur les bords de la rivière du même nom.

« Lorsqu'il en fut arrivé à une demi-lieue, il envoya leur dire qu'il venait un Français chez eux ; cette nouvelle causa une joie universelle. Tous les jeunes gensallèrentaussitôt au devant de lui avec leurs armes et leurs parures de guerriers, marchant de file avec des contorsions et des hurlements capables d’effrayer. C'était la réception la plus honorable qu’ils croyaient pouvoir lui faire. Il se rassura et tira un coup de fusil ep l'air du plus loin qu’il les aperçut ; ce bruit qui leur parut extraordinaire les arrêta tout court, regardant le soleil avec des postures tout à fait plaisantes. Après qu'il leur eut fait entendre qu’il venait pour contracter une alliance avec eux, iis approchèrent avec beaucoup de gesticulations. On lui présenta le calumet, et lorsqu'il fallut arriver au village il y en eut un qui se baissa pour le porter sur ses épaules. » (La Potherie.)

On s’assembla dans la cabane de l’un des chefs avec le cérémonial habituel : chants, danses et festins ; le père du Maloumine tué accepta un présent et déclara qu'il s’attachait entièrement aux Français ; puis la paix fut conclue et la protection du grand Onontio promise à la tribu.

Perrot passa ainsi plusieurs années à visiter les peuplades qui séjournaient aux abords de la baie Verte, et à former entre elles des alliances dont la colonie française devait bénéficier à son tour. Au milieu de difficultés incessantes et de périls journaliers il entra en rapport avec les Outagamis ou Renards, les Maskoutens, les Miamis et les Illinois. Les relations établies avec ces peuples ouvraient aux missionnaires et aux commerçants du bas Canada l'accès des

plaines du Wisconsin et de la vallée du Mississipi. Lu découverte du grand fleuve, dont ces sauvages connaissuient l'existence, allait bientôt offrir à l’activité des Français un nouveau débouché.

Au printemps de 1670, Perrot quitta la baie Verte et descendit à Montréal avec une trentaine de canots. Informé de son retour, Talon lui proposa d’accompagner comme interprète M. de Saint-Lusson, délégué pour aller prendre possession, au nom du roi, des territoires d’en haut.

«Je lui fisconnaître, dit Perrot dans ses mémoires, que j'étais toujours prêt à lui obéir, en lui faisant offre de mes services. Je partis donc de Québec avec M. de Saint- Lusson, son subdélégué, et nous arrivâmes à Montréal, où nous restèmes jusqu’au commencement d'octobre. Nous fûmes contraints, dans le voyage, d’hiverner chez les Amikouets, au nord du lac Huron; les Saulteurs hivernèrent aussi dans les mêmes endroits, et firent une chasse de plus de deux mille quatre cents élans dans une île qui a plus de quarante lieues de longueur (l'île Manitouline). Je les fis avertir de se rendre chez eux, au sault Sainte-Marie, dans le printemps, le plus tôt qu'ils pourraient, afin d'entendre la parole du Roi que le S° Saint-Lusson leur portait et à toutes les nations. J'envoyai des sauvages aussi pour faire savoir à ceux du nord de ne pas manquer de s’y rendre également. Je trainai et portai ensuite un canot de l’autre côté de l'île où je m’embarquai, car il est à remarquer que le lac ne se glace jamais que du côté où nous hivernâmes, et non pas vers sa largeur, à cause des vagues continuelles que le vent y excite. Nous partimes de là pour aller vers la baïe des Renards et des Miamis, et je fis venir tous les chefs au sault Sainte-Marie, où se devait planter le piquet et afficher les armes de France, pour prendre possession du pays.

« Je me rendis le 5 du mois de mai au Sault avec les principaux chefs des Poutéouatamis, Sakis, Puants

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et Maloumines. Je trouvait à mon arrivée non seulement les chefs du Nord, mais encore tous les Kiristinons, les Monsonis, venus dela baie d'Hudson et des villages entiers de leurs voisins ; les chefs des Nipissings y élaient aussi; ceux des Amikouets et tous les Saulteurs qui avaient leur établissement dans l'endroit même. On planta le piquet, et les armes de France y furent appliquées du consentement de toutes les nations qui, ne sachant écrire, donnèrent pour leur signature des présents, affirmant de cette manière qu'elles se mettaient sous la protection et l’obéissance du Roi. On dressa les procès-verbaux au sujet de cette prise de possession dans lesquels je signai comme interprète avec leS" Saint-Lusson subdélégué. Les Révérends Pères missionnaires Dablon, Allouez, Dreuillette et André signèrent plus bas et, au-dessous d’eux, les Français qui se trouvèrent sur les lieux en traite. Après cela toutes ces nations s’en retournèrent chez elles et vécurent sans aucun trouble de part et d’autre. »

Aux Archives de la marine 1l existe encore une copie de l’acte rédigé lors de cette prise de possession ; elle confirme et complète à merveille le simple récit de Perrot.

Le procès-verbal attaché entre la plaque de fer aux armoiries de France et le poteau qui la supportait n’y resta pas longtemps. Aussitôt que l’assemblée fut dissoute, les sauvages déclouèrent la plaque et jetèrent le papier au feu « de crainte que cette écriture ne fût un sort qui ferait mourir tous ceux qui habiteraient ou fréquenteraient cette terre. » Ils rattachèrent ensuite les armoiries. (La Potherie.)

Perrot continua longtemps encore, avec bien des traverses, cette existence de coureur des bois; le dépôt de pelleteries qu'il avait installé dans la mission

‘Saint François-Xavier, à la baie des Puants, fut brûlé et

entraina pour lui une perte de plus de 40000 livres. Au printemps de 1689, le gouverneur le chargea de prendre possession de cette baie Verte ou des Puants,

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