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Seuls les Tsonnontouans paraissaicnt animés de mauvais sentiments et gardaient, malgré la promesse de les rendre, un certain nombre de prisonniers; ils se croyaient à l’abri des coups des Français au fond de leurs forêts et considéraient comme à peu près insurmontables les difficultés de la navigation au milieu des rapides du Saint-Laurent, au-dessus de Montréal, | A leur sujet, l’intendant Talon écrivit à Colbert que si l’on faisait un établissement sur le lac Ontario, on les tiendrait dans le devoir plus aisément. M. de Courcelles partageuit cet avis, mais il résolut tout d'abord de démontrer à ces astucieux adversaires que les obstacles par lesquels ils se croyaient protégés n'arrè-
teraient pas une expédition contre eux.
Sous la direction de l’intendant, on ccnstruisit un ,
bateau plat pour transporter les provisions indispensables, et M, de Courcelles, avec un détachement de cinquante-six hommes choisis, remonta en, canot d'écorce les rapides du fleuve jusqu’au lac Ontario. ‘1e I avertit alors [es Iroquois, effrayés de son arrivée “| à l'entrée de leur territoire, que s'ils s’avisaient de troubler là paix il reviendrait avec des forces sufli-
santes pour les traiter comme l'avaient été les | Agnicrs. L'effet de cette apparition inopinée des | FA | troupes françaises fut si profond que les bandes
M | qui allaient partir en campagne se dispersèrent, et
| que les anciens rappelèérent celles qui étaient déjà en | | | route. S Li Une autre cause facilita le maintien de la paix; { | l’année 1670, un terrible fléau, la petite vérole, exerça dans les tribus des ravages effroyables et trans- I forma en désert le nord du Canada. Des peuplades E entières, comme celle des Altikamègues, disparurent | il | et Tadoussac où elles descendaient faire la traite fut Si ‘Fe dès lors à peu près abandonné, L [4 | L'année suivante M. de Courcelles, revenant à l’idée I | indiquée par Talon, convoqua les chefs des cantons à M
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présents et les informa qu'il se proposait de bâur à cet endroit un fort où ils viendraient commodément faire la traite au lieu de descendre le fleuve jusqu’à Montréal. Ils approuvèrent ce projet, mais les difficultés de transport en retardèrent l’exécution.
Les fatigues extrêmes de ces voyages et le souci “es affaires avaient altéré la santé du gouverneur. Il demanda au roi son rappel.
Le départ de M. de Courcelles était une perte pour la Nouvelle-France. « Ses quelités, sans étre aussi brillantes que celles de son successeur, étaient peutêtre plus solides, parce qu'avec beaucoup d'expérience et de fermeté 1l possédait cetie sagesse si précieuse aux hommes d'Éiat, qui prévient les difficultés. D'une part, en retenant d’une main ferme, mais douce, les prétentions du clergé dans de justes bornes, il sut se concilier l’appui des missionnaires, qui ont rendu de tout temps de si grands services au pays en contribuant à faire respecter par les indigènes le gouvernement et le nom français; et de l’autre il montra dans les affaires indiennes une politique habile, dont on regretta plus d’une fois l'absence chez ceux qui vinrent après lui. » (Garneau.)
Dans sa lettre au souverain par laquelle il sollicitait son retour en France, il lui disait que s’il avait le bonheur de recouvrer ses forces 1l irait se faire tuer pour son service, à l'exemple de tous ses frères, et Louis XIV lui répondit le 7 avril 1672 :
« J'ai appris par votre lettre du 10 novembre dernier le voyage que vous avez fait l’année passée au lac Ontario, tant pour reconnaitre le pays que pour imprimer toujours dans l'esprit de toutes les nätions sauvages la crainte de nos armes, afin de maintenir la paix et le repos parmi mes sujets de la Nouvelle- France. Mais comme le mauvais état de votre santé ne vous permet pas de demeurer davantage dans ce pays, je vous fais cette lettre pour vous dire qu'étant satisfait de l'application que vous avez eue pour vous bien
1 — La Nouverre-l'aance. 14
SRE
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acquitter de l’emploi que je vous ai confié, je vous rappelle dans mon royaume. »
Le 17 mai suivant, le roi écrivait à Talon, qui avait également sollicité son remplaceme:. :
« Les infirmités qui vous sont survenues depuis votre retour en Canada ne vous permettant pas d'y demeurer plus longtemps, je trouve bon que vous repassiez dans mon royaume pour le rétablissement de votre santé, et je serai bien aise de vous donner en toute occasion des marques de la satisfaction que j'ai de votre application et des services que vous m'avez rendus dans l'emploi que je vous ai confié. »
Talon, une première fois déjà, en 1667, avait dû revenir en France pour se remettre des fatigues éprouvées dans ses fonctions, et son dépurt avait été regretté comme un malheur public. « M. Talon nous quitte, écrivait alors la Mère de l’Incarnation, et retourne en France au grand regret de tout le monde et à la perte de tout le Canada, car depuis qu'il est ici en qualité d’intendant, le pays s’est plus développé et les affaires ont plus avancé qu'elles n'avaient fait depuis que les Français y habitent. »
Les regrets furent encore plus grands lorsque l’intendant quitta définitivement son poste. Grâce à son administration habile et à son incessante activité, la population de la colonie avait doublé en quelques années ; des industries s'étaient créées, les défrichements avaient pris un large développement, l’agriculture prospérait; on avait pris possession de vastes territoires au nord jusqu’à la baie d'Hudson, à l’ouest jusqu'à l'extrémité des grands lacs ; des secours abondants avaient été obtenus de la mère patrie, et ce rève grandiose d’une Nouvelle-France englobant la presque totalité de l'Amérique du Nord, que Talon avait entrevu et poursuivi de toutes ses forces, com-
mençait, grâce à lui, à se réaliser. Mais lémigration allait se ralentir, puis s'arrêter par suite des guerres engagées en Europe, et l'incapacité de certains gou-
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verneurs, le coupable abandon de la colonie à ses seules forces en présence de l'accroissement constant des établissements anglais devaient peu à peu faire pencher la balance en faveur de nos éternels rivaux.
A la recherche du grand fleuve. — Jolliet et le père Marquette.
Dès les premiers temps de la colonie, alors que Champlain remontait au pays des Hurons et que Nicolet, l’un de ses interprètes, parvenait Jusqu'au lac Michigan, les sauvages signalaient aux explorateurs français l'existence, au milieu de ce vaste continent, d’un fleuve immense se dirigeant vers le sud et auquel il était possible de parvenir par des rivières voisines d des grands lacs. Les relations des missionnaires par- di
v. f | lent à diverses reprises de cette voie de communica- vi U | tion par laquelle s'était établi sans doute un courant it commercial entre de nombreuses nations faisant l'échange des produits particuliers de leurs territoires, N: comme ces coquillages, venus du golfe du Mexique, el 1. dont se paraient les Peaux-Rouges de la vallée du | Saint-Laurent. ” C'est ainsi que nous lisons dans la relation de fn D | l’année 14640 : « Le sieur Nicolet, qui a le plus avant lus A | pénétré dedans ces pays siéloignés, m'a assuré que s'il d': eût vogué trois jours de plus sur un grand fleuve qui il sort de ce lac (des Hurons), il aurait trouvé la mer Si qui répond au nord de la Nouvelle-Mexique, et que de cette mer on aurait entrée vers le Japon et la Chine; M | néanmoins comme on ne sait pas où tire ce grand lac aitt re ou cette mer douce, ce serait une entreprise généreuse Él 13 | | d'aller découvrir ces contrées. » ort
On trouve encore dans la relation de 1660 : « Les
le père
rs que et que au lac rateurs tinent, auquel oisines es parhunicasourant faisant itoires, xique, Ilée du
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« Les
DU GRAND FLEUVE. 245 sauvages qui habitent la pointe de ce lac la plus éloinée de nous ont donné des lumières toutes fraiches qui ne déplairont point aux curieux, touchant le chemin du Japon et de la Chine, dont on a fait tant la recherche, car nous apprenons de ces peuples qu'ils trouvent la mer de trois côtés, du côté du sud, du côté du couchant et du côté du nord; et de la même extrémité du lac supérieur tirant au suoüest il y a environ 200 lieues jusqu'à un autre lac qui a sa décharge dans la mer Vermeille, du côté de la grande mer du Sud; et c’est de l’un de ces deux côtés que les sauvages ont des marchandises d'Europe et même disent avoir vu des Européens. »
De pareilles données étaient encore bien vagues, mais les renseignements vont se préciser.
En 1666, le père Jean Allouez écrivait : « Les Ilinois parlent algonquin, mais beaucoup différent de celui de tous les autres peuples. Ils ne demeurent pas dans ces quartiers ; leur pays est à plus de soixante lieues d'ici, du côté du midi, au delà d’une grande rivière qui se décharge, autant que je puis conjecturer, en la mer vers la Virginie. »
Dans la relation de 1667, on lit enfin : « Les Nadouessionek. Ge sont peuples qui habitent au couchant d'ici, vers la grande rivière nommée Messipi. »
Talon se préoccupa de ces dires, cependant bien incertains, et tint pour sérieuses, quant à l'existence même d’un grand fleuve, les indications fournies par les sauvages. Avant son départ pour la France et d'accord avec le nouveau gouverneur, M. de Frontenac, il chargea un traitant, Louis Jolliet, d'aller à la découverte de cette rivière mystérieuse.
Né à Québec, où il fut baptisé le 24 septembre 1645, Joiliet était fils d’un charron originaire de la Brie, attaché au service de la compagnie des Cent Associés, Élevé au collège des Jésuites, il recut en 1662 les ordres mineurs ; mais en 4668 il abandonna l’état ecclésiastique pour se livrer à la traite des pelleteries.
Il avait déjà fait, sur l'avis de Talon, un premier voyage au lac supérieur, à la recherche de gisements de cuivre. Il reçut l’ordre cette fois, d’après un mémoire du gouverneur en date du 2 novembre 1672, de passer par le pays des Maskcatens, à l’ouest du lac Michigan et « de descendre la grande rivière qu'ils appellent Michissipi, qu'on croit se décharger dans la mer de Californie. »
Jolliet avait de bonne heure parcouru la région des lacs, et parlait couramment la langue des tribus qu'il y avait rencontrées. C'élait un homme tout à la fois prudent et courageux, habitué à la vie des bois et très apte à mener à bonne fin l’exploration qui lui était confiée. Parti de Québec dans l'automne de 1672, il remonta la rivière des Outaouais et parvint au saull Sainte-Marie où 1l organisa son expédition. Il engagea pour l'accompagner cinq Francais, « hommes bien résolus à tout faire et à tout souffrir pour une si glorieuse entreprise» ; un missionnaire, le père Marquette, se joignit à eux. Du maïs, quelques morceaux de viande boucanée, telles étaient les seules provisions que les courageux aventuriers emportérent dans deux canols d'écorce. Par les lacs Hurons et Michigan ils arrivèrent à la baie des Puants (1) chez les sauvages de la Folle-Avoine.
Ces peuples, informés du but du voyage de leurs hôtes, témoignèrent d’une extrême surprise et firent tout leur possible pour les détourner de tenter une si périlleuse aventure ; ils leur représentèrent qu'ils rencontreraient des nations cruelles qui ne souflraient pas le passage sur leurs terres des étrangers qu'elles
(1) « Cette baie, dit le père Marquette, porte un nom qui n’a pas une simauvaise signification en la langue des sauvages, car ils l'appellent plutôt la baie salée que la baie des Puants. On lui a donné ce nom à cause de la quantité de vase et de boue qui s'y rencontre, d'où s'effluvent continuellement de méchantes vapeurs qui y causent les plus grands et les plus continuels tonnerres que j'aie jamais entendus, » (Relation des aunées 1673-1678.)
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