‹ La Nouvelle-France [microforme]Chapitre 53 sur 88 · DU GRAND FLEUVE · texte numérisé non relu

DU GRAND FLEUVE

massacraient; que la guerre allumée entre les diverses tribus sur leur route les exposait à être surpris et tués par des bandes de guerriers en campagne ; que la grande rivière était pleine des monstres effroyables dévorant les hommes et les canots ; qu'un démon, dont la voix s’entendait de fort loin, abiîmait ceux qui osaient en approcher; qu'enfin la chaleur dans ces contrées était excessive et causerait infailliblement leur mort.

Jolliet remercia les Maloïmines de ces renseignements, leur promit de se tenir sur ses gardes, mais ne se laissa pas détourner de son but et gagna le fond de la baie où il trouva une rivière très belle à son embouchure, pleine d’outardes, de sarcelles et d’autres oiseaux d’eau attirés par la folle avoine dont ils étaient fort friands ; mais bientôt la navigation devint difficile, tant à cause des courants que des roches aftilées qui coupaient les canots et les pieds de ceux qui étaient obligés de les traîner. Ces rapides franchis, on se trouva chez les Maskoutens, dont les cabanes étaient faites de jones, « qui ne les défendaient pas beaucoup des vents et bien moins des pluies lorsqu'elles tombaient en abondance. » Elles avaient cependant une commodité, on les mettait en paquets et on les transportait aisément où l’on voulait pendant le temps des chasses.

Le 10 juin l'expédition quittait ce village avec deux guides qui conduisirent les Français, à travers des marais et de petits lacs, jusqu’à un portage de 2700 pas entre leur rivière et une autre, celle de Wisconsin, qu'on leur avait dit se décharger dans le fleuve à la recherche duquel ils allaient. Elle était large, remplie de hauts fonds qui en rendaieni la navigation dangereuse, mais ses bords présentaient de bonnes terres entremélées de bois, de prairies et de coteaux; on y vovait des chênes, des noyers, des bois blancs ; comme gibier, on apercevait des chevreuils et des bœufs en assez grande quantité.

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Après avoir navigué penrant une quarantaine de lieues, la petite troupe arrivait enfin à l'embouchure de la rivière et entrait le 17 juin dans le Mississipi.

« Nous voilà donc sur cette rivière si renommée, dit le père Marquette dans sa relation. Elle est étroite à la décharge du Wisconsin, son courant, qui porte du côté du sud, est ient et paisible ; elle est coupée d'îles en divers endroits ; sa largeur est fort inégale, elle a quelquefois trois quarts de lieue, et quelquefois elle se rétrécit jusqu’à trois arpents. Nous suivons doucement son Cours qui va au sud et au sud-est. C'est ici que nous nous apercevons bien qu’elle a tout changé de face. Il n’y a presque plus de bois ni de montagnes, les îles sont plus belles et couvertes de plus beaux arbres. Étani descendus jusqu'au 41° degré 28 minutes, nous trouvons que les coqs d'Inde ont pris la place du gibier, et les bœufs sauvages ceile des autres bêtes. Nous avançons toujours, mais comme nous ne savions pas où nous ailions, ayant fait déjà plus de cent lieues sans avoir rien découvert que des bêtes et des oiseaux, nous nous tenons bien sur nos gardes ; c'est pourquoi nous ne faisons qu'un petit feu à terre, sur le soir, pour préparer nos repas et après souper nous nous en éloignons le plus que nous pouvons, et nous allons passer la nuit dans nos “anots, que nous tenons à l'ancre sur la rivière assez loin des bords, ce qui n'empêche pas que quelqu'un de nous soittoujours en sentinelle de peur de surprise. »

Après cette longue période d'isolement, le 25 juin, les voyageurs aperçoivent sur ie bord de l’eau des pistes d'hommes et un petit sentier conduisant à un village. Jolliet s’y rendit avec le père Marquette. Il était habité par des Illinois, et l'accueil qu'ils firent aux deux Français les surprit et les charma tout à la fois : « À la porte de la cabane où nou3 devions être reçus était un vieillard qui nous aitendait dans une posture assez surprenante, qui est la cérémonie qu’ils gardent quand ils reçoivent des étrangers. Cet homme

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