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avec les gouverneurs et l’intendant Talon que si ee commerce n'était pas autorisé et réglementé, les indigènes iraient se fournir aux colonies anglaises où ils trouveraient tout à la fois l’eau-de-feu qu'ils recherchaient, des armes et Les plus funestes conseils.
Les deux partis invoquaient, il faut le reconnaitre, des arguments d’une grande force et citaient à l'appui des faits véritablement saisissants. C'était chez les sauvages, disaient les missionnaires, une passion ardente pour cette liqueur qui produisait sur eux les plus funestes effets. Une expérience, aussi ancienne que la colonie, apprenait qu'ils ne buvaient que pour s’enivrer et commettre les crimes les plus effrovables.
« Le village ou la cabane dans laquelle ces malheureux consomment de l’eau-de-vie, constatait un témoin, est une image de l’enfer : le feu vole de toutes parts, les coups de hache et de couteau font couler le sang de tous côtés ; l’air retentit de hurlements et de cris effroyables. Ils se mangent le nez, s’arrachent les oreilles ; partout où leurs dents s’attachent, elles emportent le morceau. Le père et la mère jettent leurs petits enfants dans les brasiers ou dans les chaudières bouillantes ; ils se roulent sur les cendres, le charbon et le sang. Ils s’'endorment dans cet état affreux les uns parmi les autres; les esprits de l’eau-de-vie se dissipent, ils s'éveillent le lendemain défigurés, abattus et confus du désordre où ils se trouvent. » (Nicolas Perrot.)
« L'Iroquois, dit un autre, boit de propos délibéré pour avoir le plaisir de s’enivrer, et vendrait, s'il le pouvait, sa femme et ses enfants pour se procurer de l’eau-de-vie. » (La Potherie.)
« Cette boisson, ajoutait-on encore, est pour eux un appât diabolique. On les voit tous périr par ce malheureux commerce. » (Dollier.)
On citait cet exemple des deux mille Algonquins qui fréquentaient les bords de la rivière des Outaouais et que l’eau-de-feu avait exterminés ; trente ans après
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son introduction dans leurs campements, il n'en restait plus que cent cinquante.
On rappelait encore que l'expédition de M. de Courcelles contre les Agniers avait échoué parce que les Algonquins qui devaient lui servir de guides, retenus par des traitants qui leur avaient cédé de l’eau-de-vie, s'étaient enivrés pendant plusieurs jours au lieu de rejoindre la colonne qui s'égara dans les neiges et les forêts.
D'autre part, on répondait que les missionnaires, dans leur zèle religieux, voulaient empêcher toutes relations entre la colonie et les peuplades sauvages au milieu desquelles ils vivaient, qu'ils ne leur apprenaient pas dans ce but la langue française, afin de rester comme interprètes les intermédiaires obligés entre les tribus et l'administration ; que le mal n'était pas aussi grand qu'ils le prétendaient ; qu'il suffisait de réglementer la vente des boissons alcooliques en punissant les indigènes trouvés en état d'ivresse et les habitants qui leur auraient vendu l’eaude-feu.
Colbert, en présence de ces opinions divergentes, écrivit alors au gouverneur : « M. l'évêque de Québec m'a fait remettre ici par son grand-vicaire une consultation qu'il a faite en Sorbonne. L'intention de Sa Majesté est que si tous les faits contenus en cette consultation sont véritables en général, c'est-à-dire si tous les sauvages et toutes les bourgades s'enivrent et commettent ensuite des crimes, assassinats, etc., en ce casil est juste que vous cherchiez des moyens d'empêcher qu'on ne porte aux sauvages de ces sortes de boissons, mais si ces désordres sont seulement commis par quelques particuliers et qu’ils soient seulement un peu plus sujets à s'enivrer que ne sont les Allemands ct ici en France les Bretons, Sa Majesté veut en ce cas que vous employiez son autorité non pas pour rien prononcer directement contre l’autorité épiscopale, mais pour empêcher, par l'autorité royale,que l’épiscopat n'entre-
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prenne rien au dehors de l'Église, en une matitre qui est purement de police. »
Enfin le ministre prescrivit à Frontenac, pour être complètementéclairé,de réunir vingt-quatre personnes notables de la colonie qui seraient invitées à donner leur avis sur les inconvénients de la traite des liqueurs fortes.
Ceux que l’on appela dans cette assemblée, firent remarquer les partisans de l’évêque, étaient engagés dans le commerce avec les nations sauvages ; aussi la plupart se déclarèrent-ils en faveur du trafic de l’eaude-vie, qui ne produisait selon eux que bien peu de désordres parmi les naturels du pays, et qui était nécessaire pour se les concilier.
Un des membres,Cavelier de LaSalle, que M. de Frontenac avait nommé commandant du fort édifié à Calaracoui, ajouta aux arguments développés par les partisans de la traite une observation d’une certaine gravité, Permettre le trafic des boissons, c'était enlever à ce commerce le caractère de contrebande; c'était, par conséquent, y engager les habitants honnêtes, dont les sauvages n'avaient pas à craindre les exigences et les brulalités auxquelles trop souvent les vagabonds les avaient habitués; spécialement pour le fort Frontenac, si l’on interdisait le trafic des boissons, c'était à bref délai la guerre avec les Iroquois. «On doit tout appréhender, dit-il, si on leur refuse ee qu'ils aiment tant, n’y ayant d'autre moyen de les attirer pour ieur Ôter la défiance qu’on leur inspire. » (Lorin.)
Trois membres seulement se prononcèrent contre la vente de l’eau-de-vie ; deux, dont l’un était Jolliet, s'opposèrent à son transport dans les bois, tout en admettant la vente modérée dans les habitations; les autres émirent une opinion favorable à la traite.
En conformité de cet avis transmis à Colbert, et malgré les démarches de l’évêque de Québec, une ordonnance royale du 2% mai 1679 autorisa la vente de l’eau-de-vie dans les habitations, défendit le trafic de
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cette liqueur avec les sauvages dans Ta profondeur des bois et accorda au gouverneur le droit de délivrer des congés valables pour trois mois seulement, du 45 janvier au 15 avril, avec interdiction pour les titulaires de vendre des boissons enivrantes aux indigènes.
M. de Frontenac avait, en somme, obtenu gain de cause auprès du ministre ; il en protita pour continuer à étendre la colonie en envoyant de hardis pionniers à la découverte de nouveaux territoires, notamment de La Salle au Mississipi, du Lhutl au nord des grands lacs et Nicolas Perrot chez les Sioux.
Mais à peine ces difficultés étaient-elles écartées qu'il en surgit d’autres, cette fois entre le gouverneur et l'intendant. Jacques Duchesneau avait été désigné pour remplir cette fonction en remplacement de Talon, trois ans après le départ de ce dernier, que Colbert avait espéré, mais en vain, décider à retourner encore à la Nouvelle-France.
Duchesneau, lorsqu'il fut nommé, était depuis dix ou douze ans trésorier dans la généralité de Tours. C'était un homme affectant des dehors d'une extrême piété, mais d’un caractère envieux et servile, quin'avait rien des idées larges de Frontenac, et dont les actes, dès les premiers jours de son arrivée à Québec, semblaient démontrer le parti pris de contrecarrer le gouverneur dans tous ses desseins. Commis subalterne, il avait pu avoir des qualités d'exécution; intendant et président du conseil supérieur, ii estima que son rôle était de surveiller M. de Frontenae, de dénoncer avec malveillance tous ses actes, de s’allier à ses ennemis, de l’user enfin et de rendre son gouvernement impossible.
Deux pièces suffisent pour dépeindre l’homme; la premicre est de Colbert, il écrit à l’intendant :
« Vous parlez dans vos lettres comme si M. de Frontenac avait toujours tort, et vous êtes persuadé qu'il ne doit rien faire dans l'exercice et dans les fonctions du pouvoir que le Roi lui a donné que de concert avec
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vous; enfin il paraît que vous vous mettez toujours en parallèle avec lui. Il vous faut bien éclaircir de la différence entre un gouverneur et lieutenant général du pays qui représente la personne du roi, et un intendant. Vous ne devez rien faire dans vos fonctions que d'accord avec lui. » (20 avril 1679.)
Duchesneau répondait au mois de novembre suivant à cette missive hautaine et quelque peu méprisante :
« On ne peut recevoir les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire avec un plus profond respect et une plus grande affliction puisque, n'ayant jamais en vue dans toutes mes actions que de vous plaire et de mériter, par ma fidélité etmon exactitude à vous informer de tout ce qui se passe dans ce pays, ia continuation de votre protection dont je ressens les effets depuis plus de dix-huit ans, je me vois en étal d'appréhender de tomber dans le seul malheur que je puisse craindre, qui est que vous n'ayez plus la même bonté que vous avez toujours eue pour moi. »
L'entente était évidemment impossible entre deux hommes d’un caractère si différent et qui comprenaient d’une manière absolument opposée leur rôle à la Nouvelle-France, l’un poursuivant résolument, parfois avec des violences justifiées par les agissements de ses adversaires, la prépondérance de l'autorité royale qu'il représentait et dont il avait la plus haute idée ; Pautre, indiquant lui-même qu'il se considéruil comme un contrôleur, disons le mot, comme un espion chargé d’entraver l’autorité trop puissante du gouverneur et de révéler au ministre tout ce «œui pouvait exciter son mécontentement ou diminuer le crédit qu'il accordait à son adversaire.
La luite s'engagea pour des questions de préséance, de présidence du conseil ; elle se poursuivit à propos de la vente de l’eau-de-vie, des congés accordés ‘ux trailants, le gouverneur et l'intendant s'accusant mutuellemoeut de favoriser la traite à leur profit; elle prit un tel caractère que deux partis se formèrent parmi
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les habitants, que des querelles et des rixes continuelles se produisirent dans Québec entre les partisans de Frontenac et ceux de Duchesneau, dont Île fils paya d'un mois de prison des couplets injurieux contre le gouverneur chantés par lui dens les rues. Le ministre y mitun terme en rappelant Frontenac et en révoquant l'intendant,
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Cavelier de La Saile descend le Mississipi jusqu'à son embouchure. — Prise de possession de la Louisiane.
Lorsque, sur l'invitation de Talon et de M. de Courcelles, Jolliet avait été à la recherche du grand fleuve, ilne lPavait parcouru que jusqu'aux Arkansas ; 1F était réservé à un autre de descendre à son embouchure el de prendre possession, au nom de Ta France, des 1mmenses territoires qui allaient constituer là Louisiane.
Robert Cavelier de La Salle, né à Rouen, où il fut baptisé le 22 novembre 1643, en la paroisse Saint-Herbland, appartenait à une riche famille bourgeoise qui depuis longtemps « vivait noblement. » Le nom de famille était Cavelier, c'est celui que portait le frère ainé de Pexplorateur, prêtre de Saint-Sulpice, missionnaire au Canada. Son oncle, Henri Cavelier, mercier à Rouen, était inscrit le vingt-quatrième sur la liste de la compagnie des Cent Associés.
Cavelier de La Salle fil ses études à Rouen au collége des Jésuites, devenu aujourd'hui le lycée. De haute taille, d'une grande force corporelle, ii était d’un caractère énergique, et sous un extérieur froid il cachait une ambition, un désir de s'illustrer qui étouffaient en lui toute passion vulgaire. <Il avait, dit un de ses plus fidèles compagnons, l'esprit et Le talent pour faire réussir son entreprise, la fermeté, le courage ; sa grande connaissance dans les arts et les sciences qui le rendaientcapable de tout, etun travail infatigable qui fui faisait tout surmonter Tui auraient
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enfin procuré un succes glorieux de sa grande entreprise, si ces belles parties n'avaient pas été balancées par des manières trop hautaines, qui le rendaisut bien souvent insupportable, et par la dureté envers ceux qui lui élaient soumis, qui lui attira enfin une haine implacable et qui fut la cause de sa mort. » (outel.)
Ajoutonsque protégé du comte de Frontenac, nommé par Jui commandant du fort édifié au lac Ontario, chargé de la découverte des pays au sud des grands lacs, il eut les mêmes adversaires que 1e gouverneur et particulièrement lintendant Duchesneau, qui contribua de toutes ses forces à sa ruine,
A la mort de son père, Cavelier de La Salle réalisa en capital Les 400 Hivres de rente qui lui revenaient et passa en 1666 au Canada, En 1667, 11 était à Montréal dont les propriétaires, Les prêtres de Saint-Sulpice, Fui concédèrent au-dessus des rapides, dans un lieu qu'il appela la Chine, à huit où neuf milles de la ville, de vastes terrains exposés aux attaques des sauvages, mais parfaitement situés pour là traite.
À l'endroit où le fleuve Saint-Laurent forme en s'élargissant le lac Saint-Louis, La Salle traca le plan d'un village, entouré d’une palissade, À chacun des colons qui vint S'y installer, 11 donna dans le village mème un demi-arpent de terre, en dehors de la palissade six arpents. réserva pour son domaine personnel 420 arpents, sur lesquels ilcommencçades défrichements et des constructions. (Gravier.)
Dès ce moment, il apprenait la langue iroq: oise et accomplissait plusieurs voyages d'exploration et de traite. Des sauvages qui élaient venus hiverner à la Chineluiapprirentqu'une granderivière, FOhio,prenail sa source dans leur pays etallaitse jeter, à huitou neuf mois de marche, dans la mer. Suivant les idées des explorateurs de ce temps, il crut qu'il s'agissait de Ta mer Vermeille et du passage tant cherché pour se rendre aux Indes, Descendu à Québec, il obtint de MM. de Courcelles et Talon Pautorisation de partir à la décou-
verte, mais à la charge par lui de supporter tous les frais de son expédition. Des lettres patentes lui permirent d'explorer les bois, les rivières et les lacs du Canada, et d'engager pour ce voyage des soldats tirés des compagnies en résidence dans la colonie. Pour se
h procurer les ressources nécessaires, 1l vendit son domaine de la Chine, acheta quatre canots et engagea ss . . .
quatorze hommes. Deux Iroquois devaient servir de
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suides. Un missionnaire de Saint-Sulpice, M. Dollier de Casson, ancien officier de cavalerie, s'adjoignit à l'explorateur, avec sept hommes et trois canots. Un diacre, l'abbé de Gallinée, « d’une adresse incroyable dans tous les arts mécaniques », se chargea de dresser | la carte des pays parcourus. | Partis de Montréal le 6 juillet 1669, La Salle et ses compagnons arrivalent le 2 août au lac Ontario. N'ayant pour nourriture que du maïs cuit dans l’eau, couchant par terre la nuit, astreints à d’extrêmes fatigucs dans la remontée si pénible des rapides, ils élaient tous plus ou moins malades lorsqu'ils parvinrent au village des Tsonnontouans où ils séjournèrent pendant un mois pour se remettre, et aussi pour essaver de trouver des guides, ceux qui les avaient accompagnés jusque-là refusant d'aller plus loin.
Des sauvages de cette bourgade avaient apporté de l’eau-de-vie de la Nouvelle-York: celui des leurs qui avait été tué par les trois maraudeurs français exécutés à Montréal comptait des parents dans Îles cabanes, et ces derniers voulaient, dans leur ivresse,
| massacrer quelques Faces Pâles pour se venger. De La | Salle et M. Dollier durent partir pour éviter d'être mis à mort, et gagnèrent la rivière qui décharge dans le lac Ontario les eaux du lac Érié en franchissant le saut! dun Niagara, « C'est une des plus belles cataractes qui soient au monde, rapporte M. de Gallinée, aussi l’enteidimes-nous de dix ou douze lieues. » Avant d'arriver au lac Érié, Cavelier de La Salle
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s'arrôter pour lui laisser le temps de se rétablir. Dans cet intervalle, M. Dollier rencontra Jolliet qui revenait de son expédition à la recherche d’une mine de cuivre près du lac Supérieur, et, sur ses indications, il résolut d'aller de ce côté travailler à la conversion des infidèles. De La Salle invoqua son état de santé pour le laisser partir sans l'accompagner, et resta seul au campement avec ses hommes.
MM. Dollier et de Gallinée, parvenus le 14 octobre sur les bords du lac Érié, v construisirent une cabane pour passer lhiver, La chasse était abondante aux alentours; on ramassa quelques sacs de noix et de châtaignes ainsi que des pommes, des prunes et des raisins dont on tira un gros vin noir. Le 25 mars, après un séjour de einq mois dans ces parages, les voyageurs y plantèrent une croix, à l'exemple de Jacques Cartier, et attachèrent au pied lès armes royales, avec une inscription constatant qu'accompagnés de sept Français 1ls avaient, les premiers de tous les peuples européens, hiverné en ces lieux, dont ils prenaient possession au nom de leur roi comme d'une terre inoccupce.
L'acte de prise de possession est signé : « Francois Dollier, prestre du diocèse de Nantes en Bretagne ; de Gallinée, diacre du diocèse de Rennes en Bretagne. »
De là, la petite troupe passa dans le lac des Hurons, qu'elle côtoya, et parvint au sault Sainte-Marie, où les pères Dablon et Marquette lui procurèrent les moyens de rejoindre Montréal. La carte des contrées explorées, dressée par de Gallinée, et le procès-verbal de prise de possession rédigé au lac Érié furent envoyés à Talon, quiles transmit au ministère, à Paris.
Apres le départ de M. Doilier, La Salle, resté soul avee ses engagés, reprit le cours de son expéditiou et gagna la rivière de FOhie qu'il descendit Jusqu'à un endroit où elle tombe de très haut dans de vastes
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riviore fort large qui vient du Nord. » Il y trouva quelques Peaux-Rouges qui lui dirent que « loin de là, le même fleuve, qui se perdait dans cette terre basse, se réunissait dans un lil. » Il s'engagea dans ces vastes marais ; mais comme la fatigue était grande, les hommes qu'il avait entraînés jusque-là le quittèrent tous en une nuit, regagneèrent le fleuve et se sauvèrent. Il se vit seul, à 400 lieucs de Montréal, contraint par l'abandon de ses compagnons à revenir en arrière, exposé à mourir de faim dans le parcours de cette longue route, et accablé par le chagrin de ne pouvoir poursuivre la découverte qu'il avait entreprise avec lant d'ardeur.
De retour à Montréal, 11 v reprit son existence de traitant, et servit d'intermédiaire à M. de Frontenac aupres des [roquois, lors de son voyage au lac Ontario. Nommé par lui commandant du fort élevé à Calaracout, 11 y acheva la construction des bâtiments destinés à recevoir les marchandises servant à latraite, et, dès l'automne de 1674, il passait en France, porteur d’une lettre du gouverneur au ministre. Frontenac y disait: « Je crois vous servir en vous recommandant le sieur de La Salle ; c'est un homme intelligent et habile, plus capable qu'aucun de ceux que je connais ici de mener à bonne fin toute entreprise ou découverte qui lui pourrait être confiée, parce qu'il a une connaissance parfaite de l’état du pays, comme vous Île verrez si vous consentez à lui accorder quelques moments d'audience. »
À Paris, La Salle trouva dans le prince de Conti un 2clé protecteur et obtint, pour ses services comme explorateur, des lettres de noblesse et le don, à titre de seigneurie, du fort Frontenac, à là condition qu'il le rebàtirait en pierres. Le roi lui concéda en mème temps le droit de commercer et de continuer ses découvertes vers l'ouest et le sud.
La famille de Fexplorateur, fière de ses succès, Tui avanca les fonds qui lui éluient nécessaires. Enfin il
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prit avec lui, sur la recommandation du prince de Conti, un homme qui resta constamment fidèle à ses intérèts et lui rendit de grands services; c'était le chevalier de Tout, I avait eu une main emportée par un éclat de grenade dans un combat, mais il l'avait fait remplacer par une en métal recouverte d’un gant, etil s’en servait avec une telle dextérité que les sauvages l’appelaient « main de fer, » parce qu'il Icur cassait souvent la tête et les dents lun coup de poing quand il avait des démèlés avec eux.
Le 44 juillet 1678, La Salle partait de la Rochelle avec trente hommes. Débarqué à Québec au mois de septembre,il se hàta de regagner le fort Frontenac et commença à meltre ses plans à exécution. Tout d'abord, il fit construire une barque de quarante tonneaux, et remonta sur ce bâtiment, dont la wrandeur et les voiles stupétièrent les indigènes, le lac Ontario jusqu'à la rivière Niagara, sur le bord méridional de laquelle 11 commença unfort. L'achèvement en fut confié à Tonti qui resta dans ce lieu avec une trentaine d'hommes. Il devait en même temps faire construire en amont de la cataracte du Niagara un autre bateau de même taille que le premier, pour naviguer sur le lac Érié.
Après une excursion chez les Tsonnontouans qui avaient menacé de détruire le nouveau fort, La Salle retourna sur les glaces à Frontenac. Au printemps suivant, sa barque effectua plusieurs voyages sur le lac Ontario, entre les deux forts, mais le pilote s'étant un jour trop approché de terre, le bâtiment s'échoua et fut brisé. Ce contretemps ne déconcerta pas La Salle: il employa le printemps et l'été de 1679 à mettre complètement en élat Le fort Frontenae, à en remplir les magasins et à visiter les peuplades dont il espérul tirer des lumitres pour son entreprise, Sa base, c'est-à-dire le fort dont il avait le commandement élant bien assurée, il Tui restait à jalonner sa route de points de ravitaillement, de forts de pieux
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LA NOUVELLE-FRANUE.
où ses hommes trouveraient à la fois un abri et des approvisionnements pour la marche vers Le grand Neuve dont ils agissait de prendre possession, Le fort Niagara élait une de ses étapes, là premiére ; Tonti y avait accompli sa mission, les constructions élaient achevées ; la barque le Griffon attendait à l’ancre andessus de la cataracte. De La Salle s’y embarqua et traversa le lac Érié puis la mer Douce, mais il essuya dans celte navigation une violente tempête et ne parvint qu'avee peine à Michillimakinac. IE se rendit enfin à la baie des Puants et y fit la traite dams des conditions assez avantageuses pour lui permeltre de renvoyer le Griffon au fort Niagara avec un riche chargement de pelleteries. La cargaison déchargée, le bateau devait revenir au lac Michigan avec Les matcriaux et les approvisionnements indispensables pour la suite de l'expédition.
De la baie des Puants, La Salle gagna en canot la rivicre des Miamis, où 11 établit un fort de pieux. Un porlage le conduisit ensuite à la rivière des [linois. Le 1% janvier 4680 il commencait sur ce cours d'euu un autre fort auquel il donna plus tard, en raison des cruels déboires ‘qu'il y éprouva, le nom de Crèvecœur.
À Niagara on altendit vainement le Griffon, dont on ne retrouva jamais la trace. [avait sans doute péri corps et biens dans une de ces tempêtes si fréquentes sur les lacs. On prétendit cependant qu'à l’instigation des Iroquois, effrayés de voir un bâtiment si puissant naviguer sur ces eaux autrefois désertes, une bande d'Outaouais avait surpris et massacré l'équipage du navire, à l’ancre dans une anse, pillé Ta cargaison puis mis Le feu à la coque pour faire disparaitre toute trace du crime, La Salle parut croire et écrivit, dans une lettre datée du 16 juin 1683 du fond du lac Michigan, que les marchandises avaient été volées par les hommes de équipage qui, après avoir coulé la barque, auraient été rejoindre d’autres coureurs des bois:
et des grand 4e fort onti itaient l'é ANqua et PssU Ya et ne rendit ms des tre de \ riche gée, le ; müté- :s pour
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mais on ne produisit aucune preuve à l’appui de ces assertions.
Ce malheur fut suivi d'un second. La Salle avait beaucoup compté sur les [inois pour Paider dans son entreprise ; 1} s'était rendu avec Tonti dans leur pays pour entrer en relations avec eux et chercher un emplacement propice à l'établissement d'un nouvel entrepôl. C'était Le fort Crèvecœur qui allait marquer bp dernière étape. Effrayés par les récits des suu-
‘ages qui dépeignaient la descente à la mer comme de périlleuse, et disaient le fleuve rempli de précipices et de saullts aboutissant à un gouffre où les eaux se perdaient, quelques engagés s'enfuirent après avoir, affirme Tonti, jeté du poison dans la marmite de La Salle, que l’on tira d'affaire avec un contrepoison.
Comme &u fort Frontenac et à celui de Niagara, une barque fut mise en chantier pour descendre la rivicre; et pendant ce temps, le père Hennepin,récollet flamand qui faisait partie de la troupe, partait avec deux compagnons, « pour découvrir la nation des Sioux, à 400 lieues des Illinois, du côté du nord, sur le grand fleuve. »
Enfin La Salle, sans nouvelles du Griffon, dépourvu des ferrements, des cordages et des voiles nécessuires pour achever la barque en construction, prit le parti désespéré de refaire le trajet jusqu'au fort Niagara pour lequel il se mit en route le 22 mars, lui sixième, laissant le commandement à son fidèle Heutenant,. Il rencontra en chemin deux hommes qu'il avait expédiés l’automne précédent jusqu'a Michillimakinac, à la recherche de sa barque ; 1ls lui affirmèrent qu'elle n'y avait point passé, ce la le détermina à continuer sa route après avoir envoyé les deux engagés à Toni, avec ordre d'aller à la recherche d’une éminence qu “l avait remarquée près du village iffinois, et d'y bâtir un lort que sa situation mème rendrait rmprenable, Pendant que Fontiaccomplissuit cette mission, ses hommes déserltèrent apres s'être emparés de là plus grande
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partie des provisions. Il ne resta au campement que deux récollets et trois ouvriers nouveaux venus de France. Ces malheureux se trouvèrent ainsi dénués de tout et à la merci des sauvages.
Quant au père Hennepin et aux deux Français qui l'accompagnaient, partis du fort Crèvecæur le 28 février 1680 sur un canot d'écorce, t1ls entraient le 8 mars dans le Mississipi et le remontaient malgré Les glaces jusqu'à l'embouchure de Ta riviere Wisconsin ; surpris par une bande de Sioux, el entraînés à travers ronces et marais jusqu'au campement de leurs ravisseurs, ils les suivirent, comme esclaves, dans Icurs chasses au milieu des prairies. Vers la fin de juin ils eurent la chance de rencontrer près du saull Saint-Antoine un traitant, Daniel Greysolon du Lhut, qui explorait les affluents du haut Mississipr.
Dans un mémoire au ministre Scignelay ce voyageur relate ainsi dans quelles conditions il parvint à délivrer ses compatriotes : « J'appris par huit cabanes de Sioux que je rencontrai que le révérend père Louis Hennepin, récollet, avec deux autres Français, avaient été volés et menés en esclaves pendant plus de 300 lieues par les Sioux mêmes. Cette nouvelle me surprit si fort que sans hésiter je laissai deux Français avec cesdites huit cabanes de sauvages aussi bien que les marchandises que j'avais et pris un desdits sauvages à qui Je fis un présent pour me conduire avec mou interprète et deux Français où élait Le révérend père Louis, et comme il y avait bien 80 lieues, je marchai en canot deux jours et deux nuits, et le lendemain à dix heures du matin je le rencontrai avec environ 1000 où 1100 âmes. Le peu de cas qu'on faisait dudit révérend père me fâcha, ce que jeleur fis connaitre en leur disant que c'était mon frère, et Le fis mettre en canot pour venir avec moi dans le village desdits Sioux où je lamenai, dans lequel je fis tenir un conseil, en exposant le mauvais traitement que lon avait Fait Laut audit révérend pére qu, deux autres
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Français qui étaient avec lui, leur disant que Je ne prenais point de calumel de gens qui après nravoir vu, avoir reçu mes présents de paix el avoir él depuis un an toujours avec des Français, les volaient quand ils allaient pour les voir, Chacun tâächa de se disculper dans le conseil, mais leur excuse ne m'empôcha point de dire au révérend père Louis qu'il fallait venir avec moi du côté des Outägiamis, ce qu'il fil. » (Archives du ministère de a marine,
Ramenés à la mission de Michillimakinac par du Lhut, le père Hennepin et ses deux compagnons y passèrent lhiver: à la fin de mars 1681 ils parvinrent à descendre sur les glaces Jusqu'à Québec.
Nous avons laissé La Salle en route pour le fort Niagara ; il accomplil en soixante-cinq jours cet effravant vovage, parcourant, au prix de fatigues ineroyables un espace de einq cents lieues, et donnant le plus étonnant exemple d’une volonté inflexible, jointe à une endurance telle qu'elle dépassait les forces humaines.
On était à la fin de l'hiver, qui avait été rude; les neiges couvrant la terre n'étaient n1 fondues ni capables de porter.un homme avec des raquettes; Les glaces empéchaient de se servir de canots d’écorce, il fallait faire la route à pied chargé de l'équipage ordinaire en ces occasions, c'est-à-dire d'unecouverture, d’une chaudière, d’une hache, d’un fusil, de poudre, de plomb et de peaux pour faire des souliers à la sauvage, qui ne durent qu'un jour, ceux dont on se servait en France n'étant d'aucun usage dans ce pays; on devait, outre cela, se résoudre à passer au travers des halliers et des buissons, à marcher dans des marécages parfois des journées entières, à construire des radeaux de branches mêlées de faisceaux de jones sur lesquels on traversail les rivières dans l’eau jusqu'aux genoux,
à coucher sur la terre, quelquefois sans manger parce qu'on ne pouvait porter aucun vivre et qu'il fallait tirer sa subsistance de ce qu'on tuuit avec les fusils,