‹ La Nouvelle-France [microforme]Chapitre 61 sur 88 · LES CEST · texte numérisé non relu

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On était enfin exposé tous Les jours, et principalement la nuit aux surprises de quatre ou cinq nations qui se faisaient la guerre. Quatre Français et un sauvage accompagnaient La Salle dans cette marche forcenée ; au départ de la rivière des Miamis et en se dirigeant vers le lac Érié ils furent obligés de traverser des bois tellement entrelacés de ronces et d’épines qu’en deux jours leurs habits mis en lambeaux et leurs visages ensanglantés les rendirent méconnaissables, Plusieurs fois, ils faillirent être massacrés par des rôdeurs ; une bande d’'Ouapous suivit leurs pistes et les découvrit un soir à cause du feu qu'ils avaient allumé pour camper et faire chaudière, Ces barbares les auraient infailliblement égorgés si celui qui faisait le guet n'eut donné l'éveil. Ils n’eurent que le temps de se poster derrière des arbres, le fusil à la main. Les assaillants, les prenant pour des [roquois et les croyant nombreux varce qu’ils ne se cachaient pas suivant la coutume de ces peuples lorsqu'ils vont en petites troupes, n'osèrent pas pousser leur attaque et s'enfuirent sans tirer leurs flèches, de peur d’être eux-mêmes enveloppés. La Salle, devinant le mobile de leur épouvante, fit les mêmes marques qu'auraient laissées ceux avec lesquels on le confondait, alluma plusieurs feux et peignit sur l'écorce des arbres des esclaves et des chevelures. Dans les plaines qu’il lui fallait parcourir il mit le feu aux herbes pour mieux cacher son passage ; mais ayant eu ensuite à traverser de grands maruis dans la boue jusqu’à la ceinture, les traces que : rissèrent ses gens firent bientôt découvrir leur petit nombre à une troupe de Maskoutens qui les suivirent à la piste pendant trois jours ; ils n’abandonnèrent la poursuite qu'aux abords d’une rivière qu'il leur aurait fallu traverser sous le feu des Français. Deux des engagés, abattus de fatigue, tombèrent malades ; comme ils ne pouvaient plus marcher, La Salle chercha pour continuer saroute quelque cours d’eau se déversant dans le lac Érié ; en ayant trouvé un, il cons-

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truisit un canot d’écorce d’orme pour le descendre avec ses hommes, mais les troncs d'arbres que les hautes eaux avaient entraînés bouchaient à chaque instant le passage, et d'autre part le cours de la rivière obligeait à de tels détours qu'on n'avait pas fait en cinq jours plus de chemin que dans une journée de marche. Les malades étant un peu soulagés, on reprit la route de terre et l’on parvint au détroit par lequel le lac Huron se décharge dans l'Érié. Deux des compagnons de l'infatigable voyageur le quittent alors pour se rendre à Michillimakinac avec l'espoir d’y trouver des nouvelles du Griffon; les deux autres, le sauvage et La Salle traversent le détroit, d’une lieue de largeur, sur un radeau. Mais les pluies continuelles et le dégel ont inondé les bois ; un des engagés et le sauvage sont atteints d’une fièvre violente avec inflammation pulmonaire et crachements de sang ; il leur est impossible d'aller plus loin. La Salle et le dernier Français valide construisent en deux jours un canot dans lequel les malades sont embarqués et transportés jusqu’à une cabane au-dessus du sault du Niagara. L'explorateur y trouva quelques-uns de ses gens qui y avaient hiverné. Les nouvelles qu'ils lui apprirent étaient désolantes : le Griffon était certainement perdu; un autre navire, le Saint-Pierre, qui lui apportait pour plus de 30000 francs de marchandises de France, avait fait naufrage à l'entrée du golfe Saint-Laurent ; des vingt ouvriers qu'il avait fait venir, il n’en était resté que quatre ; les autres, découragés par le bruitrépandu dans la colonie qu'il ne reviendrait jamais de son expédition, étaient retournés en Europe.

La Salle crut devoir alors descendre jusqu’à Montréal, pour s’v procurer de nouvelles ressources, Après y avoir obtenu les secours indispensables pour continuer son œuvre, ilse remettait en route Le 10 août 4680 pour rejoindre Tonti et reprendre la marche en avant. De nouveau il remontait les rapides du Saint-Laurent, parcourait en canot l'immense étendue des lacs,

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