‹ La Nouvelle-France [microforme]Chapitre 62 sur 88 · LA NOUVELLE-FR A NCE · texte numérisé non relu

LA NOUVELLE-FR A NCE

descendait la rivière des [inoiïs et atteignait le fort Crèvecæur qu'il trouvait abandonné. Son lieutenant, à l’arrivéc d’un parti d’'Iroquois, n’avaitéchappéque par miracle à la mort et s'était retiré à la baie des Puants d'où il avait, au prix de souffrances inouïes, gagné la mission de Michillimakinac.

Dans un mémoire au ministre, Tontirapporte en ces termes sa périlleuse aventure : « Dans ce temps-là les Illinois virent un parti de six cents Iroquois, ce qui les alarma extrêmement. C'était vers le mois de septembre, La désertion de nos gens, le voyage de M. de La Salle au fort de Frontenac donnèrent soupcon aux sauvages que nous les trahissions. Ils me formulèrent de grandes plaintes sur l’arrivée des ennemis. Comme j'étais nouveau venu de France et que je ne connaissais pas leurs manières, cela m'embarrassa et me fit prendre la résolution d’aller aux ennemis avec des colliers, pour leur montrer que j'étais surpris de ce qu'ils étaient venus pour faire la guerre à une nation dépendant du gouverneur de la Nouvelle-France.

«Un Illinois m’'accompagna et nous nous détachâmes du corps des Illinois qui étaient au nombre de quatre cents et même déjà aux prises avec les ennemis.

« Comme je fus. arrivé à la portée du fusil, les ennemis firent une grande décharge sur nous, ce qui m'obligea de dire à l'Illinois de se retirer ; il le fit.

« Étant arrivé à eux, ces misérables me saisirent et me prirent le collier que j'avais à la main ; un autre, au travers de la foule me plongea un coup de couteau dans le sein et me coupa une côte à côté du cœur; néanmoins, m'ayant reconnu, ils me menèrent au milieu de leur camp et me demandèrent le sujet de ma venue. Je leur fis connaître que les Illinois étaient sous la protection du roi de France et du gouverneur du pays, que j'élais surpris qu’ils voulussent rompre avec les Français.

«Dans ce temps ils ne laissaient pas d’escarmoucher de part et d'autre, et même un guertier vint avertir le

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chef que leur aile gauche pliait et qu'ils avaient reconnu quelques Français parmi les Iinois qui tiraient sur eux, ce qui les chagrina beaucoup contre moi, etils tinrent conseil entre eux de ce qu'ils feraient de moi. Il y en avait un derrière moi qui tenait un couteau dans sa main, et qui, de temps en temps, me levait les cheveux. Ils étaient de divers sentiments. Tegancouti, chef du parti tsonnontouan, voulait absolument que je fusse brûlé et Agonstot, chef du parti des Onnontagués, comme ami de M. de La Salle, voulait ma délivrance. Il l’emporta sur l’autre, et ils conclurentensemble que, pourmieuxtrahir les [inois, il fallait me donner un collier de porcelaine, pour bien marquer qu'ils étaient enfants du gouverneur aussi bien qu'eux, qu'il fallait s'unir et faire une bonne puix.

« [ls me laissèrent aller pour porter leur parole aux Illinois. J'eus beaucoup de peine à les joindre, à cause de la grande quantité de sang que j'avais perdue. »

Les Illinois, informés du sentiment de leurs ennemis, mais les voyant venir toujours en corps de bataille, se retirèrent à trois lieues, laissant dans leur village Tonti avec les deux récollets et Les trois engagés français. Les Iroquois, arrivés à cette bourgade, y firent un fort de pieux, et envoyèrent Tonti trouver les Illinois « pour les porter à venir traiter de la paix. »

« Ils me donnèrent, ajoute l’auteur du mémoire, un de leurs gens pour servir d’otage. J'y fus avec le père Zénobe. L'Iroquois resta avec les Illinois, et un Illinois vint avec moi. Quant nous fûmes arrivés au fort, au lieu d’accomoder les affaires il les gàta toutes, disant aux ennemis qu'ils n'étaient en tout que quatre cents hommes et que le reste de leurs jeunes gens était en guerre, que sils voulaient faire la paix avec eux, ils leur donneraient quantité de castors et quelques esclaves qu'ils avaient,

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