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préparatifs d’une dernière expédition, bien résolu à succomber ou à parvenir enfin au but qu'il poursuivait depuis quinze ans.
Parti de Frontenac à la fin d'août, l'explorateur rejoignait Tonti le 3 novembre au sud du lac Michigan.
La troupe réunie par ses soins à cet endroit était composée de vingt-trois Français, dont la relation de Tonti nous a conservé les noms et les fonctions :
« De La Salle, commandant pour le roi à ladite découverte ;
Le révérend père Zénobe, récollet;
Le sieur de Tonti, capitaine de brigade;
Le sieur de Boisrondet;
Jacques Bourdon, sieur d’Autray ;
Jacques La Méterie, notaire ;
Jean Michel, chirurgien;
Jacques Cochois, Anthoine Bassard, Jean Masse, Pierre You, Colin Crevel, Jean de Lignon, André Hénault, Gabriel Barbier, Pierre Migneret, Nicolas de La Salle, André Bobœuf, Pierre Buret, Louis Baron, Jean Pignabel, La Violette, Pierre Prudhomme, urmurier. »
Une des personnalités les plus originales de cette petite troupe est certainement Jacques La Méterie qui, dans le procès-verbal de prise de possession de la Louisiane, prend le titre de « notaire de la seigneurie du fort Frontenac, commis pour exercer ladite fonction pendant ce voyage de découverte. »
Il est bien rare de voir un officier ministériel rédiger des actes dans de pareilles conditions de danger et d'imprévu, mais sa présence même dans ces légers canots d’écorce, au milieu de contrées inconnues jusqu'alors, éclaire d’un jour lumineux les projets du chef de l’entreprise.
Dix-huit guerriers mahingans ou abénaquis, dix femmes sauvages et trois enfants accompagnaient les Francais.
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Après avoir gagné la rivière des [inois, en remorquant sur des traineaux les bagages et les embarcations, la petite troupe arriva le 6 février au Mississipi, et le 13, le fleuve étant débarrassé des glaçons qui rendaient toute navigation impossible, La Salle commença la descente du Père des Eaux, auquel il donna le nom de fleuve Colbert. Au fur et à mesure qu'il avançait, il examinait attentivement les berges, releait l'embouchure des rivières, les noms des peuplades qu'il rencontrait et engageait des relations amicales avec elles, Le 24 février, il était au confluent de l'Ohio, et quelques lieues plus loin il élevait un fort de pieux auquel il donnait le nom d’un de ses compagnons, l’armurier Prudhomme, qui resta égaré pendant neuf jours dans les bois des environs. Le 14 mars, il parvenait aux Arkansas, y plantait une croix à laquelle élaient attachées les armes royales et prenait solennellement possession du pays au nom de la France. Le procès-verbal était signé par le notaire La Méterie, La Salle et tous les Français présents.
Puis l'exploration reprit son cours ; on évitait soigneusement tout engagement avec les indigènes qui se montraient aux abords du fleuve; on leur offrait des présents contre des vivres lorsqu'ils faisaient un bon accueil aux Faces-Pàles ; les canots s'éloignaient si l'attitude des riverains élait agressive; parfois on trouvait un village, comme celui de Tangibaho, rempli de cadavres et de sang jusqu'aux chevilles; à cette vue, les Français reprenaient en toute hâte le courant qui les éloignait de pareilles scènes de meurtre, et se tenaient sur leurs gardes dans la crainte d’une surprise.
Le 6 avril, on arriva enfin au della du fleuve; le 7, on reconnut les trois chenaux conduisant à la mer; on les trouva larges et profonds, et le 9, entouré de ses compagnons, le glorieux voyageur planta sur le rivage une colonne aux armes royales, puis il proclama françaises toutes les terres arrosées par le
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fleuve et ses affluents. Le notaire La Méterie rédigea un procès-verbal relatant dans tous ses détails la cérémonie.
La position des embouchures du Mississipi ayant été relevée à l’astrolabe et les vivres faisant défaut au point d'en être réduits à manger des peaux de bœufs, les Francais se déterminèrent à revenir aux Illinois, pour gagner ensuite Québec. Ce ne fut pas sans risquer plusieurs fois de périr.
À une quarantaine de lieues de la mer, les Quinipissas, qui à la descente leur avaient déjà lancé des flèches, attaquèreat au point du jour les voyageurs qui les repoussèrent vigoureusement, en tuèrent plusieurs à coups de fusil et brisèrent leurs pirogues pour rendre toute poursuite impossible. Chez les Natchez, où ils avaient laissé des grains en dépôt, ils se virent entourés par plus de 1500 hommes barbouillés de rouge et de noir, armés de cassetêtes, d’arcs et de flèches, qui paraissaient avoir de mauvais desseins.
« Ils nous apportèrent à manger, remarque Tonti, mais nous mangeâmes toujours le fusil à la main. Comme ils craignent les armes à feu, ils n’osèrent nous attaquer, et le chef de la nation pria M. de La Salle de s’en aller, parce que les jeunes gens n'avaient pas d'esprit, ce ane nous fimes volontiers, la partie n'étant pas égue, » |
\n prix de fatigues, de privations et de dangers conticvuels, on parvint enfin au fort Prudhomme, où le nef de l’expédition tomba gravement malade. A sa
‘isande Tonti prit les devants « pour mettre ordre à sus affaires » et gagna Michillimakinac; après quarante jours de souffrance, La Salle l’y rejoignit et résolut de passer en France pour informer le gouvernement de sa découverte ; mais il fit construire auparavant le fort Saint-Louis aux Hlinois, et y laissa Tonti comme commandant. Les nations voisines, Illinois, Miamis, Chaouanons, vinrent bientôt se grou-
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per autour de ce retranchement, et occupèrent aux environs trois cents cabanes. L'emplacement avait été du reste admirablement choisi, et toutes les attaques des Iroquois vinrent plus tard y échouer.
« Le fort Saint-Louis, écrivait La Salle dans sa correspondance, est situé sur le haut d’un rocher escarpé presque de tous côtés, que la rivière baigne par le pied en sorte qu’on y peut puiser de l’eau du haut du rocher qui a environ 600 pieds de tour. Il n’est accessible que par un côté où la montée est encore assez haute. Ce côté est fermé d'une palissade de pieux de chêne blanc de 8 à 10 pouces de diamètre et de 22 pieds de hauteur, flanquée de trois redoutes faites de poutres équarries et placées en sor'e qu'elles s'entre-défendent. Le reste du rocher est euvironné d'une palissade semblable haute seulement de 15 pieds parce qu'il n’est pas accessible. Il y a un parapet de gros arbres couchés de leur long l’ur sur l’autre à la hauteur de deux hommes, le tout garni de terre, et au haut de la palissade une espèce de cheval de frise dont les pointes sont ferrées pour empêcher l'escalade. »
De retour à la colonie, l’homme qui venait de donner à force de ténacité, d’audace et d'énergie, tout un monde à la France trouvait ses biens saisis, sa personne désignée aux sauvages comme celle d’un malfaiteur qu'il fallait piller et tuer au passage, ses propriétés dévastées sur l’ordre du nouveau gouverneur M. de La Barre, et ses découvertes traitées de folies, de mensonges impudents (1). Il ne lui restait plus
(1) Lettre de La Barre au ministre, novembre 1683 : « Vous me marquerez ce que vous souhaitez que l’on fasse du fort Frontenac, puisque vous verrez, par la copie des lettres du sieur de La Salle, que la teste lui à tourné; qu'il a esté assez hardi pour vous donuer avis d'une découverte fausse, et qu'au lieu ‘lerevenir pour apprendre ce que le Roy désiroit qu'il fist, ils'es arte de moi dans la pensée d'attirer les habitants à plus de cinq cens lieues d'icy, dans le milieu des terres, pour tascher de se faire un royaume imaginaire en desbauchant tous les banqueroutiers et fainéauts de ce pays, »
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qu'à en appeler au souverain et au ministre d'aussi odieuses manœuvres.
Le 23 décembre 1683 l'explorateur, débarqué à la Rochelle, se rendit à Paris et remit au ministre un mémoire dans lequel il lui rendait compte de sa découverte. En présence de cet exposé, les stupides calomnies du vieux gouverneur de Québec disparaissaient anéanties; La Salle était reçu et complimenté par le roi qui lui faisait rendre le fort de Frontenac et ses biens (1); le marquis de Seignelay, qui avait succédé à Colbert dans la direction de la marine, lui faisait le meilleur accueil, écoutait le récit de ses longs travaux et se ralliait à ses idées sur le développement à donner à cette Louisiane dont l'étendue et les richesses naturelles dépassaient l’imagination. « Ce fut pour La Salle l'apogée de sa glorieuse carrière, le dernier sourire que lui accordait la fortune. » (Gravier.)
Chargé de retourner aux embouchures du Mississipi avec une commission portant que tous les Français et sauvages depuis le fort Saint-Louis des Illinois jusqu'à la mer seraient sous ses ordres, Cavelier de La Salle partait de la Rochelle le 24 juillet 1684, avec deux cent quatre-vingts soldats, ouvriersetvolontaires, dépassait sans les apercevoir les embouchures du srand fleuve, débarquait à cent lieues plus loin et
(1) Lettre du roi au Gouverneur : «Je veux que vous laissiez la possession du fort Frontenac au sieur de La Salle ou aux gens qui y seront de sa part, et que vous ne fassiez rien contre l'intérêt de cet homme, que je prends sous ma particulière protection. »
Lettre du roi à l’intendant : « Le Gouverneur général s'est mis en possession du fort Frontenac qui appartient en propre au sieur de La Salle; il en a chassé les hommes et les bestiaux dudit sieur ; il doit non seulement remettre le fort au iégitime propriétaire, mais lui fournir réparation pour tout le préjudice causé, »
Le gouverneur La Barre eut l'audace de répondre au roi que La Salle « mentait insolemment lorsqu'il se prétendait victime de spoliations, que c'était d'après ses demandes qu'on avait envoyé des soldats à son fort, »
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disparaissait avec sa troupe. Trois années s’écoulaient sans nouvelles de l'expédition, et l’on apprenait enfin par des coureurs des bois que les maladies, les fatigues, les attaques des sauvages avaient peu à peu détruit les malheureux colons ; que La Salle, après plusieurs voyages infructueux à la recherche de sa rivière, avait été assassiné par ses compagnons ; que ceux-ci se disputant ses dépouilles s'étaient successivement égorgés, et qu'une quinzaine d'hommes avaient seuls survécu. Quelques-uns arrivaient au Canada; d’autres restaient chez les sauvages ou étaient pris par les Espagnols, et tout était dit. L’oraison funèbre de l’infortuné voyageur se résumait en deux lignes : € Il voulait trop entreprendre, ïl ne fit rien du tout et ne fut plaint de personne. » (Charlevoix- Ferland.)
Mais peu à peu la vérité se dévoila; Tonti fit connaître les détails navrants qu’il avait appris ; Joutel, l’homme de confiance du chef dans sa dernière expédition, comme Tonti dans la première, publia la relation de cette funeste aventure et l’on sut alors à quelles malveillances s'était heurté La Salle, par suite de quelles odieuses manœuvres il avait été abandonné sur les côtes désertes du Texas, quels efforts il avait tentés pour en sortir, dans quelles circonstances il avait succombé et comment ses meurtriers s'étaient massacrés les uns les autres.
C'est d’après les témoignages de Joutel, de Tonti, du frère de la victime, que nous allons résumer la tragique destinée de celui dont on a dit avec raison qu'il élait un des plus grands hommes de son siècle.
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