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ADMINISTRATION DE M. DE LA BARRE

Le nouvel intendant, M. de Meulles, passait pour un homme d’un caractère conciliant et un administrateur consciencieux. Ses instructions lui prescrivaient du reste d'éviter tout conflit avec le gouverneur ct de ne pas renouveler les luttes qui s'étaient produites entre MM. de Frontenac et Duchesneau.

Au moment de leur arrivée à Québec, vers la fin de septembre 1682, la ville venait d’être presque entièrement détruite par un formidable incendie qui avait consumé les trois quarts des magasins et des habitations, la plupart construites en bois. Quelques secours expédiés de France et un petit nombre d’engagés envoyés par le ministre Seignelay ne furent qu’un faible palliatif à ce désastre.

Dès les premiers jours, La Barre, tout en renouvelant pour la forme les anciennes prohibitions, distribua des congés et s’intéressa lui-même à la traite. « C'était du reste une nécessité de la situation. Dans la misère où la cour laissait les premiers fonctionnaires de la colonie, force leur était bien de se procurer des ressources supplémentaires. Le gouverneur général, l’intendant, les magistrats, les officiers, bref tout le monde traitait ; seul le gouverneur aurait pu s'opposer à ces abus, mais lui-même était d'accord avec les coureurs des bois et partageait leurs bénéfices ; il multipliait les congés, à tel point que la cour en prit alarme et déclara plus tard qu'il avait ainsi rendu nécessaire la guerre irouuoise. » (Lorin.)

Il y avait, dans les agissements de La Barre, une particularité vraiment honteuse. L'intendant de Meulles constate que cet homme, chez qui la vieillesse paraissait avoir éteint tout sentiment d'honneur pour ne laisser que l’ardent désir d'acquérir une fortrne, faisait régulièrement la traite avec les Anglais. La Hontan, qui servait alors comme officier au Canada, déclare qu’au fort de Chambly il à vu passer sur Ta rivière deux canots chargés de castor, envoyés à la Nouvelle-York par ce gouverneur, qui laissait des

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trailants quitter Montréal pour aller se fixer chez les Anglais. Quant à la prohibition du trafic de l’alcool, cette vente faisait si bien partie de la traite et assurait de tels bénéfices que le zèle de M. de L2 Barre dut se borner à l'affichage d'ordonnances que personne n’exécuta. La licence devint si grande que sur vingt-cinq maisons 1l yen avait dix-huit ou vingt où l’on vendait à boire, et que « les cabanes isolées sur les concessions, au lieu de servir pour défricher, étaient des retraites à voleurs où s’accomplissaient tous les désordres. » (Denonville, lettres, 13 novembre 1685.)

Il ne suffit pas à La Barre de s'intéresser à la traite, de favoriser la vente de l’eau-de-vie, de faire porter des pelleteries chez les Anglais; il y avait au point de vue du commerce des peaux de castor un concurrent à supprimer, c'était Cavelier de La Salle, commandant du fort Frontenac, engagé alors dans son voyage de découverte du Mississipi. Sous le prétexte que ce fort n'avait plus une garnison suffisante, La Barre, à l’instigation des trailants ses associés, en prend possession, et saisit tous les approvisionnements qu'il contient ; il envoie un officier au fort Saint-Louis des Illinois opérer la même spoliation; 11 fait dire aux tribus des lacs qu'il abandonne les Illinois, soutiens de La Salle, aux Iroquois; il déclare à ceux-ci que La Salle n’est pas approuvé dans ses courses aventureuses, et qu’on ne s’inquiétera pas de ce qui pourra lui arriver,

La conséquence de ces détestables conseils ne se fit pas attendre : les Illinois surpris, étaient massacrés, La Salle trouvait leur pays mis à feu et à sang, ct ne poursuivait sa marche que grâce à son invincible énergie. Mais les [roquois, en même temps qu'ils « mangeaient » les Illinois, s'empressaient de piller les coureurs des bois qu'ils rencontraient; or il se trouva que c’étaient des gens de M. de La Barre, dont les associés subirent de ce fait des pertes sensibles, Incité par eux à recommencer la guerre contre ces pillards, il écrivit au roi que les Iroquois cherchaient

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