‹ La Nouvelle-France [microforme]Chapitre 67 sur 88 · CAMPAGNE MALHEUREUSE CONTRE LES 1ROQUOIS · texte numérisé non relu

CAMPAGNE MALHEUREUSE CONTRE LES 1ROQUOIS

à détacher de notre alliance les nations voisines des lacs, qu'il fallait envoyer deux ou trois cents soldats et mille ou quinze cents engagés pour remplacer aux travaux des champs les habitants qui prendraient les armes, et que si les Peaux-Rouges voyaient arriver des troupes au lac Ontario, ils s'empresseraient de demander la paix.

Le roi se borna à faire passer à Québec deux cents soldats. Il invita en même temps le roi d'Angleterre à empêcher ses colonies de violer la paix qui existait entre les deux nations. Le colonel Dongan, commandant de la Nouvelle-York, reçut l’ordre d’entretenir de bonnes relations avec les Français. On suit comment il s’y conforma, en fournissant des armes à nos ennemis et en les excitant à attaquer, après les Illinois, nos alliés hurons, miamis et outaouuis. L'hiver écoulé, et la navigation devenue Ebre sur le Saint-Laurent, le gouverneur envoya un détachement pour occuper le fort Frontenac. On l'avait tellement laissé à l'abandon après l'expulsion ües hommes de La Salle, que l’on aurait pu facilement escalader les murailles sans échelles. (La Hontan.) En outre, l’ordre fut transmis aux commandants des postes sur les grands lacs de réunir les coureurs des bois de leur région, ainsi que les sauvages qu'ils décideraient à les accompagner, et de descendre au fort Frontenac par le lac Erié.

Avec les soldats envoyés de France, les milices réunies à Montréal et les Peaux-Rouges de la colonie, M. de La Barre se vit à la tête d’une petite armée de douze cents hommes. Le premier août il arriva au lac Saint-François, où il rencontra deux missionnaires envoyés par les Onnontagués et les Onneyouts. Ces barbares se disaient fort surpris de voir qu'on voulait leur faire la guerre pour venger le pillage de quelques canots, ce qui ne pouvait suivant eux donner lieu qu'à des négociations et à une réparation convenable. M. de La Barre leur fit répondre qu'il élit prèt à

négocier, si la réparation offerte était suffisante. Sans attendre le retour des envoyés, l'armée continua péniblement la remontée des rapides et atteignit l’anse de la Famine, sur la côte sud du lac Ontario. M. de La Barre, tombé malade en route, dut s'arrêter quelques jours avant de rejoindre ses troupes. [trouva celles-ci fort atteintes ; une grande partie des soldats et la plupart des miliciens, qui avaient passé des journées dans l’eau glacée à pousser les canots, furent saisis de licvres, et le mal s'accrut rapidement par suite des chaleurs et de la nourriture consistant en salaisons avariées. On allait être obligé de lever le camp et de reprendre hâtivement le chemin de la colonie pour sauver le reste des hommes, lorsque les députés des cantons arrivèrent. Le principal d’entre eux était un Tsonnontouan nommé Haaskouan, que les Français présents à la conférence appelèrent la Grande-Gueule, à cause de sa forte voix. Les froquois demandèrent à M. de La Barre d'oublier le pillage des canots, de se retirer avec ses troupes, d’arrèter La marche des sauvages qui venaient des grands lacs le rejoindre; ils promettaient de leur côté de ne plus attaquer Les Miamis et les autres nations nos alliées; mais quant aux Illinois ils déclarèrent qu'il y avait entre eux guerre mortelle, et qu'ils les mangeraient. C’est la Grande-Gueule qui fit cette réponse, et l’on peut juger par les passages suivants de son discours sur quel ton il parla au gouverneur :

« Onontio, il fallait que tu crusses, en partant de Québec, que l’ardeur du soleil avait embrasé les forêts qui rendent nos pays inaccessibles aux Français, ou que le lac les eût tellement inondées que nos cabanes se trouvant environnées par les eaux il nous serüil impossible de sortir. T'en voilà maintenant désabusé, puisque nos guerriers viennent avec moi L'assurer que

nous n'avons pas encore péri. Je te remercie en leur nom d’avoir rapporté sur leurs terres ce calumet de paix que ton prédécesseur a reçu de leurs mains. Je

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