CAMPAGNE MALHEUREUSE CONTRE LES IROQUOIS
te félicite en même temps d’avoir laissé sur la terre la hache meurtrière qui a été rougie tant de fois du sang de tes Français. Écoute, je ne dors pas, et le soleil qui m'éclaire me fait découvrir un grand capitaine à la tête d’une troupe de guerriers qui parle en sommeillant. Il dit qu’il ne s’est approché de ce lac que pour fumer avec les Onnontagués, mais Haaskouan voit au contraire que c'était pour leur casser la tête si tant de Français ne s'étaient affaiblis. Je AMP rêve dans un camp de malades. »
Continué dans cet esprit, le discours, traduit par l'interprète et se terminant par le refus d’épargner les Illinois, indigna les Français présents à cette conférence ; mais ils rougirent de honte en entendant le gouverneur répondre à ce sauvage : « Eh bien, en tirant sur les Illinois, prends garde de frapper les Français que tu rencontreras sur ton chemin ou aux environs du fort Saint-Louis. »
Les Illinois sacrifiés, la paix fut conclue aux conditions indiquées par les Iroquois, et le 6 septembre 1684, dès le lendemain de cette triste négociation, les troupes quittèrent l’anse de la Famine. Elles avaient été si durement éprouvées par les fièvres et le scorbut que ceux qui restaient valides purent à peine pourvoir à l’embarquement des malades. Puis, les canots se dispersèrent. C'était à qui ferait le plus de diligence, et toutes les milices s’en allèrent à la débandade, perdant quelques hommes chaque jour; quatrevingts succombèrent à Montréal.
Au moment du départ, un canot avait été envoyé à Niagara pour informer les nations alliées que la paix élait faite et qu'elles pouvaient regagner leurs cantonnements. M. de la Durantaye, commandant à Michillimakinac, du Luth qui était venu le rejoindre, Perrot qui avait amené des guerriers du lac Michigan, étaient parvenus à en réunir cinq cents et pe cents coureurs des bois. Leur situation en arrivant
à Niagara fut des plus difficiles ; les sauvages qu'ils
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avaient décidés à grand'peine à les suivre, en leur faisant espérer une campagne fructueuse, les accablèrent d’injures et s’en retournèrent chez eux en témoignant leur mépris pour les Français qui n'avaient pas os6 allaquer leurs ennemis.
L'indécision et la faiblesse de M. de La Barre furent universellement blâmées ; l’abandon des [inois et la paix honteuse de l’anse de la Famine entrainèrent la révocation de ce gouverneur, au sujet duquel l’intendant de Meulles écrivait « qu'il était plus dangereux que les Iroquois mêmes. » Au moment de son départ, en août 1685, des bandes iroquoises tenaient la campagne et interceptaient toutes communications avec la région des lacs ; les attaques contre les Illinois étaient renouvelées et les nations du haut-pays ayant perdu toute confiance dans les Français étaient prêtes à s'entendre avec les cantons, à recevoir des Anglais, par leur intermédiaire, des marchandises et des armes et à former à leur tour contre la colonie des partis de guerre.
Dernier trait qui achève de peindre l’homme. Les bâtiments venus de France en 1685 avaient transporté des troupes dont une partie avait été atteinte du scorbut. Craignant la contagion, La Barre prit passage pour revenir en Europe sur une barque de pêche du portde Honfleur, «aimant mieux avoir l’incommodité des mauvaises odeurs du poisson salé que de courir le risque de prendre quelque méchant air dans un des navires du roi. »
C'est ce qu'écrivait au ministre, le 28 août 1685, son successeur, le marquis de Denonville.
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Le marquis de Denonville remplace M. de La Barre. Expédition contre les Tsonnontouans. -— Massacre de la Chine.
Jacques René de Brisay, marquis de Denonville, était colonel d'un régiment de dragons lorsqu'il fut appelé à gouverner le Canada et à réparer les fautes commises par M. de La Barre. Il s’y employa de son mieux, mais avec d'excellentes intentions il aboutit à un véritable désastre, par suite de sa trop grande ignorance du milieu dans lequel il allait commander. Très honnête homme, d'une bravoure éprouvée, n'ayant en vue que le bien de la colonie, il manquuit d'activité et se laissa diriger par des conseillers qui ne méritaient pas tous sa confiance. Appelé à vivre au milieu des sauvages, à entretenir avec eux des relations journalières, il ne pouvait supporter leur saleté repoussante et en avait, dit-on, une telle horreur « que leur vue lé mettait en quelque facon hors de lui-même. » On le savait d’un complet désintéressement, mais sa femme, qui l'avait accompagné à Québec, « était au contraire d'humeur à ne pas négiiger une occesion de prolit et tenait au château une chambre, pour ne pas dire une boutique, pleine de marchandises: elle aurait même imaginé, pour se défaire des rebuts qui lui restaient, de les mettre en loterie. » (Archives coloniales.)
Les instructions données au nouveau gouverneur lui prescrivaient d'éviter avec l’intendant les discus-
sions qui avaient troublé la colonie sous ses prédécesseurs, de soutenir les Illinois et les autres nations abandonnées par M. de La Barre, de rompre l’entente entre les Anglais et les Iroquois, et de contraindre ces derniers à la paix par une attitude ferme et vigoureuse.
Parti de la Rochelle dans les premiers jours de juin 1685 avec six cents soldats destinés à renforcer les troupes de la Nouvelle-France, il ne parvint à Québec que le premier août, après une pénible traversée, au cours de laquelle un seul vaisseau, le Fourgon, avait perdu son capitaine et soixante hommes enlevés par le scorbut. Quatre-vingts autres furent débarqués malades.
A peine remis des fatigues de cette navigation, M. de Denonville se rendit à Montréal, puis à Cataracoui pour y traiter avec les Iroquois et se rendre compte de leurs dispositions à l'égard des Français. Il les trouva très défiants, excités par les Anglais qui leur fournissaient armes et munitions, et «montés sur un ton d’insolence qu'il fallait nécessairement rabattre. » Dès lors son parti fat pris de les détruire, ou du moins de les affaiblir de manière à les mettre hors d'état de nuire. Afin d'apporter un obstacle à leurs courses au nord des lacs, il proposa au ministre de construire à Niagara un fort de pierres, pouvant recevoir une garnison de quatre à cinq cents hommes. Il espérait ainsi mettre fin aux agissements des colons anglais qui, profitant de la complicité des Iroquois, envoyaient des marchands en traite jusqu’à Michillimakinac et s’efforçaient d'attirer à eux les nations qui jusqu'alors avaient recherché notre alliance et apporté leurs pelleteries dans nos postes.
Le gouverneur apprenait aussi que le commandant de la Nouvelle-York, Dongan, avait réuni à Orange des chefs des cinq caatons, et leur avait affirmé que le nouveau général des Français allait leur déclarer la guerre. Afin d'y remédier, illes avait vivement exhortés
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M. DE DENONVILLE REMPLACE M. DE LA BARRE. 317 à fondre sur les Canadiens qu'ils trouveraient sans défiance et à piller nos traitants partout où ils les rencontreraient. Pour achever son œuvre, Dongan, tout en protégeant nos déserteurs dont il favorisait la contrebande, avait entrepris de détacher de la colonie les Iroquois chrétiens établis au sault Saint-Louis et à la Montagne ; «il leur fit dire qu’il leur donnerait dans son gouvernement un terrain où ils seraient beaucoup m'eux et plus en sûreté que dans la Nouvelle-France. Comme il n'ignorait pas que ce qui les retenait surtout, c'était la crainte de perdre leur religion parmi les Anglais, il leur assura qu'ils auraient dans la Nouvelle-York des missionnaires du même culte. » A sa grande surprise, les sauvages repoussèrent ses offres. Les Hurons seuls, après avoir fait bon accueil aux traitants anglais pendant une absence du commandant français de Michillimakinac, leur fournirent une escorte jusqu'aux pays des Tsonnontouans. Dongan est un modèle qui a trouvé chez ses compatriotes de trop nombreux imitateurs. Protestations d'amitié aux gouverneurs de Québec pour endormir leur vigilance, conseils de révolte à nos alliés, fourniture d'armes aux Iroquois, protection assurée aux déserteurs, rien n’y manque; c’est le type éternel de l’Anglo-Saxon, descendant des pirates normands, en ayant conservé, sous une civilisation apparente, les àpres convoitises ainsi que la mauvaise foi et dont le voisinage est toujours un äanger. Il nous a coûté le Canada et l’Inde au siècle dernier ; puisse l’exemple du passé servir d'avertissement pour l’avenir de nos colonies actuelles !
Dongan protesta auprès de M. de Denonville contre les approvisionnements envoyés au fort Frontenac et le projet de construction du fort Niagara, sous le prétexte que leur emplacement devait appartenir à la Couronne d'Angleterre. Le gouverneur lui fit répondre que ses prétentions étaient d'autant plus mal fondées que les Français avaient pris possession du pays avant
qu'il y eût même un Anglais à la Nouvelle-York, et qu'au reste les deux rois, leurs maîtres, vivant en bonne intelligence ce n'élait pas à eux, leurs sujets, à troubler la paix par de telles chicanes.
Le gouverneur avait d'autant plus raison de se tenir sur ses gardes que déja PAcadie était en proie aux courses des marins de Boston qui venaient y faire la pêche et piller les habitations, et qu'à la baie d'Hudson des aventuriers, dont expédition avait été organisée sous les auspices de Dongan, avaient surpris le fort Sainte-Thérèse, dont ils avaient enlevé les approvisionnements et les fourrures. Cet acte de flibustiers fit l'objet de vives protestations de notre ambassadeur à Londres et Charles IT désavoua ses sujets, mais il n'eut pas le pouvoir de leur faire restituer le bien enlevé par eux. La Compagnie du Nord, à laquelle le fort avait été concédé par Louis XIV, informée que les Anglais, après ce premier exploit, avaient construit plusieurs forts au fond de la baie d'Hudson pour commercer dans cette région, dut se mettre en mesure de les enlever par la force. Elle demanda des soldats à M. de Denonville, avec un officier pour les commander, et prit àsa charge les frais de l'expédition. Le ouverneur lui accorda quatre-vingt-dix hommes, la plupart canadiens, et mit à leur tête le chevalier de Troyes, l’un des officiers les plus vaillants de ia colonie. Trois des fils de M. Le Moyne de Montréal Sainte-Hélène, d'Iberville et Maricourt, s’associèrent à l’entreprise ; l'aîné avait 27 ans, le second 95 et le troisième 23. Un missionnaire, le père Silvy, se joignit à la petite troupe qui se mit en marche au mois de mars 1686.
Les rivières étaient gelées et la neige couvrait le sol; il fallut parcourir plus de deux cents lieues nar la vallée des Outaouais et le lac Témiscamingue pour atteindre le fond de Ia baie. La route se fil en raquettes; on portait où on trainaitles vivres et les bagages. La marche se prolongea ainsi jusqu'au 20 juin ; Les
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fatigues, les privations, les campements au milieu de: neiges, rien n'arrêta ces braves gens qui parvinrent enfin en vue du fort Monsipi, le premier de ceux que les Anglais occupaient, C'était un ouvrage de pieux, bâti sur une hauteur, prés de la rivière Saint-Louis, flanqué de quatre bastions revêtus de terre et armé d'une douzaine de canons. Au centre de la place, un réduit servant d'habitation supportait une plate-forme portant quatre pièces d'artillerie,
Sainte-Hélène et d'Iberville, avec six compagnons, escaladent les palissades et sautent dar: le fort pendant que de Troyes et Maricourt brisent la porte principale à coups de bélier. Puis, tous, poussant le cri de guerre des sauvages, se précipitent à l'assaut du réduit dans lequel s'est réfugiée la garnison surprise par cette attaque. La porte cède, d'Iberville s'élance le premier à l’intérieur, le fusil d'une main, l'épée de l’autre; mais à peine est-il entré que, sous l'effort des assiégés, la porte se referme. Dans l’obscurité, il lâche son coup de feu au milieu des ennemis, sur lesquels il se jette ensuite l'épée au poing, pendant que ses camarades enfoncent la porte. Les Anglais, poursuivis jusque sur la plate-forme, se rendent à discrélion ; seul, un canonnier est tué au moment où il mettait le feu à l’une des pièces d'artillerie.
L'ennemi occupait encore deux autres points dans la baie : l’un à quarante lieues de là, le fort Rupert; et l’autre, à trente lieues, le fort d’Albany, sur la rivière Sainte-Anne. M. de Troyes jugea nécessaire d'attaquer d’abord le premier, à proximité duquel sa troupe arriva dans la nuit du 4° juillet.
Sainte-Hélène, en allant reconnaitre la place, apercoit un vaisseau mouillé au large dans la baie. Aussitôt ses deux frères, d’'Iberville et Maricourt, s'embarquent dans un canot d’écorce avec neuf de leurs Canadiens les plus agiles; ils accostent le bàätiment aux flancs duquel ils s’accrochent, sautent sur le pont, tuent le matelot de quart d'un coup d'épée, cassent la tête aux