‹ La Nouvelle-France [microforme]Chapitre 76 sur 88 · DE FRONTENAC · texte numérisé non relu

DE FRONTENAC

le véritable ennemi, et par rendre aux Anglais une partie du mal qu'ils avaient fait à la colonie en poussant constamment les Iroquois à la dévaster. Trois expéditions furent préparées, l’une à Montréal pour opérer du côté d'Orange; la seconde aux Trois-Rivières avec les environs de Boston pour but; la troisième à Québec, destinée à détruire quelques villages entre Boston et l’Acadie. Le commandement de la première, qui était la plus importante, fut confié à MM. d’Aillebout de Mantet et Le Moyne de Sainte-Hélène, tous deux lieutenants, d’uné intrépidité à toute épreuve ; ils avaient sous leurs ordres, comme volontaires, des hommes tels que MM. de Repentigny, d'Iberville, de la Brosse, de Montigny, tous ofliciers; leur troupe se composait de cent quatorze Français, quatre-vingts sauvages du sault Saint-Louis et seize Algonquins. Le départ s’effectua pendant la période la plus froide de l’année. au mois de février 14690; la marche avaitlieu dans les neiges, raquettes aux pieds, fusil en bandoulière, provisions sur Les épaules; on couchait sur le sol, sans abri. Une centaine de lieues avaient été ainsi allègrement parcourues lorsque les chefs informèrent la colonne du but de l'expédition : il s'agissait d’attaquer Orange, capitale de la Nouvelle-York. Les sauvages, effrayés, se récrièrent ; 1ls ne croyaient pas possible d'enlever une place défendue par une garnison de cinq ou six cents hommes. Comme il eût été imprudent de les mécontenter, Mantet et Sainte-Hélène acceptèrent de se rabattre sur Corlar, gros bourg entouré d’une palissade, à six lieues d'Orange, I était habité par des Hollandais et des Anglais signalés comme fournissant des armes aux cantons. Pendaréneufjours, Canadiens et sauvages marchèreni, par un froid intolérable, enfonçant parfois jusqu'aux genoux dans les marécages, Arrivées à la nuit près de Corlar, ils détachèrent l’un d’eux pour reconnaitre la place. Il s'en approcha sans être aperçu ct revint informer les chefs Que le bourg comprenant plus de quatre-vingts maisons

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avait la forme d’un carré long, entouré de pieux, dans lesquels avaient été ménagées deux portes donnant accès à la rue principale.

L'attaque avait d’abord été fixée au lever du jour, mais le froid était terrible et le vent soufflant avec violence remplissait l’air de tourbillons de neige. On résolut de brusquer l'assaut, afin de trouver dans la place un abri, du feu et des vivres. D'ailleurs la population dormait dans la sécurité la plus complète; elle avait bien entendu dire qu'un parti français avait quitté Montréal, mais les rigueurs de la température et l’amoncellement des neiges ne permettaient pas de supposer que'des Européens seraient capables d'accomplir une telle marche au milieu des bois, sans autre abri que le ciel, sans autres provisions que celles qu’ils portaient avec eux.

L'effrayant cri de guerre des sauvages donna le signal de l'attaque; les maisons et un fort gardé par quelques soldats furent promptement enlevés; le feu consuma ensuite les bâtiments. Une soixantaine de prisonniers, pour la plupart femmes, enfants ou vieillards, eurent la vie sauve.

Une veuve, habitant Corlar, avait à diverses reprises donné des témoignages de compassion aux captifs français amenés dans ce pays ; elle avait soigné des malades, fourni des vivres et des vêtements à plusieurs ; ses bienfaits ne furent pas oubliés et sa maison ne subit aucun dommage.

Le butin dont les sauvages s'étaient chargés et le nombre des prisonniers retardèrent la retraite, qui fut inquiétée par les Agniers et les miliciens d'Orange ; une quinzaine de Français perdirent la vie dans ces escarmouches, et la troupe, épuisée de fatigue, n’atteignit Montréal qu'à la fin de mars. Néanmoins, l'effet sur lequel comptait M. de Frontenac était produit: la terreur s’'empara des colons anglais lorsque ce hardi coup de main leur fut connu, et nos plus

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Le parti de guerre formé aux Trois-Rivières avait comme chef un des meilleurs officiers de la colonie, François Hertel, qui emmenait avec lui trois de ses fils. La troupe se composuit d’une trentaine de Canadiens et de vingt-cinq sauvages. Le départ eut lieu le 28 janvier 1690; après une longue et rude marche, on arriva le 27 mars en vue d’un bourg anglais du nom de Salmon-Falls. Les Francais divisés en trois bandes enlevèrent en même temps d'assaut les deux forts protégeant la place et une grande maison barricadée. Tout ce qui résistait fut taillé en pièces ; l'ennemi eut trente hommes tués et cinquante-quatre faits prisonniers; vingt-sept maisons réduites en cendres et tout le bétail brûlé dans les étables, tels furent Les résultats de cette affaire. Poursuivi par un corps de deux cents miliciens, Hertel l’attendit au bord une rivicre sur laquelleil y avait un pont étroit ; les Anglais, méprisant le petit nombre des ennemis, s’y engagèrent sans défiance + Hertel les laissa venir à portée, puis fondit sur eux avec une telle impétuosité que du premier choc il en tua ou blessa dix-huit. Les autres s'enfuirent, et les Français continuèrent sans encombre leur retraite vers la colonie. Dans le trajet Hertel rencontra le parti formé à Québec et se joignit à lui, après avoir envoyé un détachement informer le gouverneur du succès de son entreprise.

La dernière troupe, qui avait quitté le Canada sous le commandement du lieutenant de Portneuf, ne comprenait que quelques Canadiens accompagnés d’une soixantaine d’Abénaquis. Il leur avait été impossible d'emporter des provisions par suite de la disette qui était grande à Québec, etils durent chasser en route pour se procurer des vivres. Aussi n'arrivèrent-ils qu'au mois de mai aux abords du fort de Casco, après avoir été rejoints par Hertel et ses compagnons. La place était garnie de huit pièces d'artillerie et abondamment pourvue de munitions, Les Anglais du voisinage

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s’y étaient réfugiés à l'approche de l’ennemi et la garnison paraissait résolue à se défendre ; mais une sortie de cinquante hommes tomba dans une embuscade et fut assaillie si vigoureusement que quatre seulement rentrèrent au fort; une tranchée fut ensuite ouverte. Canadiens et sauvages n'avaient à cet égard aucune expérience, mais l’ardeur qui les animait y suppiéa : des outils trouvés dans les fermes du voisinage permirent de remuer la terre et de faire les approches avec un tel succès que la garnison, craignant un assaut qui aurait abouti à son massacre, se rendit prisonn'ère. Après avoir enlevé du fort tout ce qui pouvait être utilisé, M. de Portneuf en détruisit les bâtiments ainsi que toutes les habitations à deux lieues à la ronde, puis il revint à Québec sans être inquiété.

Ces succès, grossis par la renommée, inquiétèrent vivement les Anglais, donnèrent à réfléchir aux Iroquois, et permirent à Frontenac de rompre les pourparlers engagés entre ces dernieis et les sauvages de l'Ouest, Outaouais et Hurons, qui se préparaient à nous abandonner. Réunis à Montréal, les chefs de ces tribus y furent reçus solennellement par le gouverneur qui les combla d’attentions. Dans une grande assemblée, il leur fit savoir que s'il avait d’abord usé d'indulgence au regard des cinq cantons, c’est parce qu'il espérait qu'ils reviendraient à des sentiments d'affection pour leur père, mais qu'il était las d'attendre leurs propositions et décidé à marcher contre eux avec tous ses alliés. Saisissant alors une hache et entonnant une chanson de guerre, il fit tournoyer l'arme au-dessus de sa tête et, suivant la coutume des sauvages, illa remit aux chefs qui la brandirent à leur tour en dansant et en chantant. « Ce dut être un spectacle inoubliable que celui de ce vieillard, en grande tenue de gouverneur, donnant ainsi le signal violent d'une fête de sauvages; ceux-là seuls pouvaient regretter qu'il renonçàt un instant à la dignité de sa charge, qui ne comprenaient pas la valeur sur l'esprit

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Tous promirent qu'il ne serait plus question de paix avec l'Iroquois. Nicolas Perrot, détaché chez les Sioux, réussit à les maintenir en paix ave: les Outagamis et les autres tribus voisines du lac Michigan ; il obtint en outre de ces dernières la formation de partis de guerre contre les cantons. Tonti, chargé du commandement aux Hlinois, les détermina égelement à des incursions chez Îes mêmes ennemis dont ils détruisirent un bon nombre.

Ce n'était pas sans de graves raisons que Frontenac s’assurait le concours de ces peuplades; les pertes infligées par les Canadiens aux colons anglais les avaient décidés à tenter un grand effort pour chasser des voisins si entreprenants ; leurs délégués se réunirent en congrès à New-York au mois de mai 1690 et s’entendirent pour une double attaque sur la Nouvelle- France, l’une par mer afin de s'emparer de Québec, l’autre par terre dans la direction de Montréal. Les Bostonais se chargèrent de fournir la flotte et les équipages; les troupes de terre devaient se réunir à Orange ct rallier en route les guerriers des cantons.

Le commandement de là flotte fut confié à Guillaume Phips. Cet officier avait été d’abord ouvrier charpentier, puis marin; originaire de la Nouvelle- Angleterre, il plaisait au peuple de Boston par lobscurité même de ses débuts ; mais son entêtement égaluit son insuffisance, que sa conduite pendant cette campagne mit à nu autant que sa duplicité et sa mauvaise foi. Il commença ses opérations par l’Acadie et vint mouiller devant Port-Royal.

Le commandant, M. de Menneval, n'avait à sa disposition que quatre-vingt-dix hommes de troupe ; la place était dans un état complet de délabrement et la défense ne semblait guère possible. Sommé de se rendre, M. de Menneval entra en négociations avec Phips qui lui accorda la sortie de la garnison avec armes et bagages, le transport de tous les soldats à,

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Québec, le maintien des habitants dans la possession paisible de leurs biens et le libre exercice de leur religion. Mais la place rendue, Phips, la trouvant beaucoup plus faible qu'il ne le croyait, fit désarmer les soldats, les retint prisonniers avec le commandant, s'empara des effets et de l'argent de ce dernier, et laissa ses hommes mettre à sac les habitations. De retour à Boston, il réunit Iles navires et les équipages nécessaires pour aller attaquer Québee, et le 16 octobre ilarriva en vue de cette ville à la tête de trente-quatre voiles transportant trois mille hommes de troupes.

M. de Frontenac était à Montréal où il présidait à ja foire des pelleteries et organisait la défense contre 1: Iroquois et les Anglais, de concert avec les nations du haut pays. Il était averti de la formation d'un ‘orps d’invasion à Orange et se préparait à le repousser lorsqu'il apprit que les miliciens ang'ais, en se réunissant aux contingents des cantons, leur avaient communiqué la petite vérole qui avait rapidement fait parmi eux d’effrayants ravages. Plus de trois cents étant morts, les autres accusèrent les Visages-Pâles de les empoisonner et se dispersèrent. Les Anglais, restés seuls, regagnèrent leurs foyers sans rien tenter contre le Canada.

Informé de l’agression par terre, Frontenac était moins bien renseigné sur l'attaque par mer, et il aurait pu être victime d’une surprise si des chefs abénaquis, qui avaient vu la flotte de Phips se diriger sur le golfe Saint-Laurent, n'avaient envoyé un des leurs prévenir en toute hâte à Québec de la direction prise par l’ennemi. Avisé aussitôt, Frontenac descenait je fleuve dans un canot d’écorce après avoir chargé Callières, commandant à Montréal, de réunir et de lui amener dans le plus bref délai tous les renforts possibles. Le 44 octobre 1690, ilrentrait à Québec. La flotte anglaise faisait deux Jours plus tard son apparition, mais sous l’ardente impulsion du gouverneur aidé par toute la population, qui avait en lui la plus absolue

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confiance, le temps avait été merveilleusement utilisé ; les fortifications, complétées, étaient mises en état de défense, des barricades élevées sur divers points, des batteries installées, les milices réunies, les berges du fleuve garnies de troupes.

Le 16 octobre, à dix heures du matin, la flotte anglaise jetait l'ancre devant Québee, et une chaloupe portant pavillon blanc quittait le vaisseau de Phips pour se diriger vers la ville. M. de Frontenac envoya un officier à la rencontre du parlementaire ; celui-ci, les yeux bandés, fut conduit au château Saint-Louis où, son bandeau enlevé, il se trouva en présence du gouverneur ayant à ses côtés l’évêque, lintendant et un grand nombre d'officiers. Sa surprise fut d’autant plus extrême que sur la flotte on croyait Québec sans défense et M. de Frontenac à Montréal. Invité à faire connaître l’objet de sa mission, cet homme remit en tremblant, au nom de son chef, un ultimatum dont le texte fut traduit sur-le-champ à haute voix. Le voici, tel que M. de Frontenac le transmit au marquis de Seignelay :

« Guillaume Phips, général de l’armée anglaise, à M. de Frontenac.

« La guerre déclarée entre les Couronnes d’Angleterre et de France n’est pas le seul mot? de l’entreprise que j'ai eu l’ordre de former contre votre colonie. Les ravages et les cruautés exercées par les Français et les sauvages sans aucun sujet contre les peuples soumis à leurs Majestés Britanniques ont obligé leurs dites Majestés d’armer pour se rendre maîtres du Canada, afin de pourvoir à la sûreté des provinces de leur obéissance.

« Mais comme je serais bien aise d’épargner le sang chrétien et de vous faire éviter tous les malheurs de la guerre, moi Guillaume Phips, chevalier, par ces présentes et au nom de leurs très excellentes Majestér, Guillaume et Marie, roi etreine d’Angleterre,de France, d'Écosse et d'Irlande, défenseurs de la foi, je vous

demande de remettre entre mes mains vos foris et châteaux, dans l’état où ils sont, avec toutes les munitions et autres provisions quelconques. Je vous demande aussi que vous me rendiez tous les prisonniers que vous avez, et que vous livriez vos biens et vos personnes à ma disposition; ce faisant vous pouvez espérer que, comme bon chrétien, je vous pardonnerai le passe autant qu'il sera jugé à propos pour le service de leurs Majestés et la sûreté de leurs sujets. Mais si vous entreprenez de vous défendre, sachez que je suis en état de vous forcer, bien décidé avec l’aide de Dieu, en qui je mets toute ma confiance, à venger par les armes les torts que vous nous avez faits, et de vous assujettir à la Couronne d'Angleterre. J'attends votre réponse dans une heure. »

La lecture de cet insolent factum souleva dans toute l’assistance une vive indignation, qui augmenta encore lorsque le parlementaire, suivant ses ordres, tira une montre de sa poche, constata qu'il était dix heures et déclara ne pouvoir attendre une réponse que jusqu'à onze. Le capitaine de Valrennes, exprimant l'opinion d'une grande partie des officiers, dit qu'il fallait pendre cet individu comme le complice d’un corsaire armé contre son légitime souverain, et dont la conduite à Port-Royal avait été celle d’un véritable forban.

M. de Frontenac, bien que partageant le sentiment de ceux qui l’entouraient, ne parut pas entendre la réflexion de Valrennes et répondit froidement à l’envoyé : « Je ne vous ferai pas attendre ma réponse si longtemps. La voici : je ne connais point le roi Guil- Jaume, mais je sais que le prince d'Orange est un usurpateur, qui à violé les droits les plus sacrés du sang et de la religion en détrônant le roi son beaupére. Je ne connais point d'autre souverain légitime de l'Angleterre que le roi Jacques IT. Le chevalier Phips n'a pas pu être surpris des hostilités des Français, car il a dû s'attendre que le rotimon maitre, ayant

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SIÈGE DE QUÉBEC. 345 reçu le roi d'Angleterre sous sa protection, m'ordonnerait de porter la guerre chez les peuples qui se sont révoltés contre leur prince légitime. A-til pu croire que quand il m'offrirait des conditions plus tolérables et que je serais d'humeur à les accepter, tant de braves gens y voudraient consentir et me conseilleraient de me fier à la parole d’un homme qui a violé la capitulation qu'il avait faite avec le gouverneur de l’Acadie, qui à manqué à la fidélité qu'il devait à son prince pour suivre le parti d’un étranger qui a détruit les lois et les privilèges du royaume dont il prétend être le libérateur et renversé l’église anglicane ? C'est ce que la justice divine, invoquée par votre général, punira un jour sévèrement. »

L'envoyé demanda que cette réponse lui fût remise par écrit. Le gouverneur s’y refusa et dit fièrement : « C’est par la bouche de mes canons que je vais répondre à votre maître. Il apprendra que ce n’est pas de la sorte qu’on fait sommer un homme comme moi. »

Et il donna l’ordre de reconduire aussitôt l’Anglais à sa chaloupe.

Phips, quine s'attendait pas à une résistance sérieuse, perdit deux jours en préparatifs, et permit ainsi aux sept cents hommes réunis par Callières d'arriver à Québec. De leurs vaisseaux, les Anglais entendirent les acclamations qui saluaient l'entrée de cette troupe dans la ville, au bruit des fifres et.des tambours. Ilsen demandèrent la cause à un prisonnier français; il leur répondit : « C'est le commandant de Montréal qui arrive avec les gens d’en haut ; vous n'avez qu'à plier bagage, car vous perdrez maintenant vos peines. »

Le 18 octobre, vers midi, quinze cents hommes embarqués dans des chaloupes quittaient la flotte et se dirigeaient sur la côte de Beauportoù ils débarquaient. Un détachement de trois cents miliciens et des sauvages alliés se chargèrent de les arrêter dans leur marche sur Québec. Le terrain était marécageux,

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embarrassé d'arbres et de broussailles, coupé de rochers; les Anglais, formés en colonne serrée, enfoncaient en marchant dans la vase pendant que les Canadiens, dispersés en üralleurs et profilant de tous les abris, les abattaient à coups de fusil, Le combat ne dura qu’une heure; le désordre se mit dans les rangs de l'ennemi qui n’osa pas pousser plus loin son attaque, dans la crainte d’avoir affaire à des masses de Peaux-Rouges embusqués derrière tous les arbres. Cette journée lui coûta cent cinquante hommes, tandis que les Français n’eurent que quelques-uns des leurs atteints.

Pendant le débarquement, quatre des plus gros navires de Phips étaient venus s’embosser devant Québec et avaient ouvert contre la ville un feu violent qui fit plus de bruit que de mal. Tout se borna à un homme tué, un blessé et à quelques dégâts matériels sans importance. « Le dommage qu'ils causèrent aux toits des maisons, dit avec mépris un témoin, pouvait monter à cinq ou six pistoles. » (La Hontan.)

Par contre, les batteries françaises, servies par des volontaires pleins d’ardeur et pointées par Le Moyne de Sainte-Hélène dont l'adresse égalait le courage, criblèrent de boulets les navires anglais. Le vaisseau de Phips fut désemparé, sa coque percée er plusieurs endroits, ses manœuvres coupées et un gra nd nombre de ses matelots tués ou blessés. Les autres bàtiments, bien que moins atteints, éprouvèrent de graves avaries et tous levèrent l'ancre avant la fin du jour pour aller se réparer hors de portée du feu de la piace.

Au fort de l’action, un boulet abaltit le pavillon du vaisseau amiral qui tomba dans le fleuve où il fut entrainé par le flot. Quelques hardis jeunes gens réussirent à s’en emparer à la nage, et malgré les coups de feu tirés sur eux l’emportèrent à la vue de toute la flotte. Ils le remirent au gouverneur qui le fit déposer à la cathédrale.

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Le Jlendemain, Phips, ses bâtiments réparés, recommença, sans plus de succès, le tir contre la ville. Très maltraité par les projectiles des batteries, 1l se vit contraint de se retirer avec le gros de sa flotte auprès de l'ile d'Orléans.

Quant aux troupes de débarquement, qui avaient souffert du froid pendant la nuit, car les gelées étaient déjà assez fortes, elles s'étaient approchées de la rivière Saint-Charles qu'il leur fallait traverser pour arriver à la ville, et le 20, Walley qui les commandait, ayant reçu tous les renforts que l'amiral pouvait lui envoyer, reprit sa marche vers Québec. Mais il avait devant lui un corps de deux cents volontaires conduits par les frères Le Moyne, de Longueil et de Sainte-Hélène, soutenus par un millier d'hommes en réserve sous la direction de Frontenac. Les Français, abrités derrière les arbres et les rochers, tiraillant à la manitre des sauvages, arrélérentencore les assaillants, dont un grand nombre resta sur le champ de bataille. Malheureusement Sainte-Hélène, « un des plus aimables cavaliers et des plus braves hommes que la colonie eût jamais eus, » fut atteint à la jambe d’une blessure à laquelle il succomba quelques jours après.

Le 21 octobre, une dernière tentative des Anglais fulrepoussée avec le même succès. Décimés par les balles des miliciens et des sauvages, pris en flane par le feu d’une batterie, ils se virent forcés à la retraite.

Au moment où ils regagnaient leurs embarcations, le tocsin se mit à sonner à la cathédrale de Québec ; croyant que c'était Le signal d’une attaque générale des Français et de ces Peaux-Rouges dont ils avaient une extrême terreur, les Anglais abandonnant leurs canons s’enfuirent en désordre. [ls protitèrent de la nuit noire et d’une pluie froide qui arréia la poursuite pour s'embarquer et regagner la flotte.

Le 22, Phips réunit à son bord un conseil de guerre pour examiner s'il serait possible de continuer l’entre-

prise malgré les échecs subis jusqu'alors; mais Île Lemps devenait mauvais, les munitions élaient épuisces et l’on dut se résigner à la retraite. La flotte leva l'ancre et descendit Ie cours du fleuve. Les Anglais avaient perdu six cents hommes dans cette tentative, mais leurs pertes ne s’arrêtèrent pas là; neuf de leurs bâtiments sombrèrent dans le Saint-Laurent avec une grande partie des hommes qui les montaient:; Phips lui-même faillit s'échouer près de lîle d'Orléans et, au mois de mai 1691, quatre de ses navires seulement étaient rentrés à Boston.

À Québec, la disparition de l'ennemi devintle signal d’une joie générale et d’une allégresse d'autant plus grande que le danger s'était montré plus menaçant. Une fête magnifique eut lieu le 5 novembre pour célébrer cette victoire; la messe solennelle dite à la cathédrale réunit le gouverneur, les autorités et tous les habitants; le soir des feux de joie furent ailunics sur les places et les maisons 1luminées.

Malheureusement, les ressources étaient épuiscées ; iles ucvastations des sauvages pendant le printemps avaient empêché les semailles et les vivres manquèrent. La détresse devint si grande que l’on se vit dans l'obligation d’envoy2r des soldats en subsistance chez les colons les plus aisés, auxquels on versait leur solde,

En France, la nouvelle de ja délivrance de Québec produisit également le meilleur effet, et le roi fit frapper une médaille destinée à en rappeler le souvenir, lile portait d'un côté l’effigie de Louis XIV et de l’autre cette inscription : lrancia in novo orbe viclriæ, Kebeca liberata. M.DC.XC.

Frontenac recul une lettre de félicitations ; mais sur la proposition qu'il avait transmise au ministre de reprendre le projet dattaque de Ta Nouvelle-York et de Boston, ce dernier fui donna Pordre de s'en tenir à «une vigoureuse défensive », la Cour ne pouvant, dans r’élat des affaires en Europe, lui envoyer aucun renfort.

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Les succès remportés par les Français eurent du moins ce résullat d'encourager les sauvages alliés à continuer leurs courses contre les Iroquois, dont plusieurs partis tenaient encore la campagne. Des détachements envoyés à leur poursuite réussiret plusieurs fois à les atteindre et à en mettre un cerlain nombre hors de combat. Une bande, surprise dans une habitation, laissa quinze des siens sur la place à la première décharge ; une douzaine d’autres s'enfermèrent dans la maison d’où ils tiraient sur les Français ; un des frères Le Moyne, de Bienville, en s'approchant d'une fenêtre reçut un coup de fusil qui l’étendit raide mort. On mitle feu au bâtiment pour obliger ces forcenés à se rendre. Les habitants des alentours, exaspérés, brûlèrent impitoyablement les cinq prisonniers qui avaient survécu à cette rencontre.

Grâce à la protection de ces détachements, les travaux des champs s'effectuèrent dans de bonnes conditions et ies secours, arrivés de France au mois de juillet 1691, permirent.de ravitailler tous les postes. La foire annuelle des pelleteries s'acheva sans encombre et les principaux chefs, descendus à Montréal pour la traite, furent reçus par Frontenac à Québec, où ils assistèrent avec admiration aux manœuvres des troupes et aux illuminations de fa fête commémorative de la prise de Mons par Louis XIV.

Comme il importait aux Anglais d'encourager les Iroquois à continuer leurs incursions meurtrières, mais que ceux-ci ne voulaient plus marcher seuls, le major Schuylér, de la Nouvelle-York, se joignit à eux avec ses troupes pour essayer de renouveler une tentative sur Montréal. Le commandant de cette ville, Callières, avisé de l'approche de l’ennemi, rassembla quelques centaines de miliciens et vint camper à la prairie de la Madeleine, où 1l'occupa un fort de pieux à trente pas du fleuve. élait malade et alité lorsque, dans la nuit du 10 au ft août, qui fut pluvieuse ct obscure, les ennemis S'approchèrent du campement L — La Nouvelze-FMRANCE. 20

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sans être découverts dans leur marche, et se jetèrent tête baisste sur les premicres troupes qu'ils rencontrèrent. Au bruit de la fusillade, la résistance s'organisa rapidement et les Anglais, se voyant menacés à leur tour par toutes les forces françaises, prirent le parti de se retirer vers la rivière Richeiieu. Ils n'avaient laissé sur le terrain que cinq ou six hommes et emportaient une trentaine de blessés, tandis que nous comptions soixante miliciens tués ou prisonniers et plusieurs officiers mortellement atteints, notamment le capitaine de Saint-Cirque, qui remplaçait Callières dans le commandement.

À deux lieues de là, l'ennemi, fier du succès qu'il avait remporté, rencontra sur sa route un délachemeni commandé par M. de Valrennes qui arrivait du iort Chambly au secours de Callières. Le major Schuyler, s'imaginant qu'il aurait bon marché de cette troupe beaucoup plus faible que la sienne et qui menaçait cependant de lui barrer le passage, ordonna de l’attaquer aussitôt. Les Français et les sauvages qui les accompagnaient évitèrent la première décharge en se jetant à terre derrière deux grands arbres renversés ; ils répondirent ensuite avec tant de vigueur que Schuyler dutrallier plusieurs fois ses hommes pour les ramener au feu. Après deux heures de lutte acharnée, les Anglais finirent par làcher pied et s'enfuirent en désordre dans les bois en abandonnant drapeaux et bagages. Soixante-cinq des leurs et dix-sept sauvages restaient sur le sol; de nombreux blessés, réfugiés dans les profondeurs de la forêt, y succombaient bientôt d’'épuisement et de faim.

M. de Valrennes dut se contenter de ce brillant succès et renoncer à la poursuite; ses hommes, qui marchaient depuis trois Jours par des chemins affreux, étaient accablés de fatigue et ne tenaient plus debout.

En rendant compte au ministre de l'affaire, M. de Frontenac lui écrivait : & I ne sest rien passé en

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Cet échec ne <uffit pas cependant pour arrêter les incursions sur les bords du Saint-Laurent. Les miliciens atteignirent plusieurs bandes auxquelles ils infligèrent des pertes sensibles, mais le territoire de la colonie était trop vaste pour être efficacement gardé sur tous les points par le peu de troupes dont le gouverneur disposait, et par les habitants disséminés sur un espace aussi grand que la France. Le système des primes, données de part et d'autre poux les chevelures et les prisonniers, encourageait encore la formation de partis de guerre. Au Canada, on payait dix écus pour un Iroquois tué et vingt pour un capturé vivant, « différence de prime qui faisait honneur à l'humanité du gouvernement français, et qui fut établie pour engager les sauvages à ne point massacrer leurs prisonniers comme c'était l'usage. » (Garneau.) Dans les colonies anglaises, on était plus féroce : il n’y avait pas de prime pour les prisonniers ; en revanche chaque soldat recevait dix louis pour une chevelure de Peau-Rouge, et un volontaire vingt louis ; s’il passait son temps à faire la chasse à l’homme comme à une bête fauve, il avait droit à cinquante louis par chevelure. (Bancroft.)

C'est à cette époque que se place un épisode qui indique à quel point l'habitude du danger rendait véritablement héroïques jusqu'aux enfants de la Nouvelle-France. Sur la seigneurie de Verchères, située rive droite du fleuve, au-dessous de Montréal, on avait établi un fort ; ce n'était en réalité qu'un enclos fermé de palissades et garni de bastions armés de canons. Un jour que les habilants étaient occupés

aux travaux des champs, un parti de guerriers les surprit dispersés et les captura les uns après les autres. La fille du seigneur, âgée de quatorze ans, se promenait à deux cents pas de l’hebitation ; aux cris qu’elle entendit elle courut vers le fort, poursuivie par les Peaux-Rouges, dont ies hurlements accéléraient sa fuite. Comme elle arrivait à la porte de la palissade, un sauvage la saisit par un foulard qu'elle portait autour du cou. Elle le détacha rapidement et franchit la porte qu'elle referma aussitôt en criant: aux armes! I n’y avait dans le fort qu’un jeune soldat, les deux frères de Verchères âgés de 12 et 10 ans, et quelques femmes qui, voyant leurs maris garrottés, poussaient des cris lamentables. La jeune fille ne perd pas courage; elle met une coiffure de soldat sur sa tête, place aux créneaux ses deux frères, saisit un mousquet et tire sur l'ennemi, puis elle charge en toute hâte un canon; ne trouvant pas de bourre, elle emploie une serviette, et met le feu à la pièce. De fort en fort, l’alarme se répand jusqu’à Montréal, d’où part aussitôt un détachement. Mais à son arrivée les Peaux-Rouges recus à coups de fusil chaque fois qu'ils essayaient de s'approcher des palissades, et persuadés qu'ils avaient affaire à de nombreux défenseurs, s'étaient déjà retirés avec leurs prisonniers. Poursuivis par M. de Crisacy, commandant du détachement, rejoints et attaqués avec furie, presque tous restèrent sur le terrain et leurs victimes, délivrées, échappèrent cette fois au supplice qui les attendait.

Frontenac, fidèle à son système et reprenant l'initiative de l'attaque, voulut, en attendant des secours de France qui permettraient de se porter sur Boston cet New-York, rentrer du moins en possession de l’Acadie et chasser les Anglais de Terre-Neuve, où la pêche leur procurait de grands profits. La première entreprise présentait d'autant plus de facilité que les Bostonais, après le pillage de Port-Royal, n’y avaient laissé aucune garnison. Le chevalier de Villebon,

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nommé commandant de cette province, n'eut en y arrivant qu’à faire abattre le pavillon anglais. Ils’ins. talla dans le fort de Jemsek, sur la rivière Saint-Jean, Port-Royal n'étant pas en état de défense.

Quant à l'expédition de Terre-Neuve, brillamment conduite en 1696 par d’Iberville, à la tête d’une centaine de Canadiens, elle aboutit à l'expulsion des Anglais des postes qu'ils occupaient dans cette île ; elle fut suivie d’une autre campagne dans la baie d'Hudson, dont nos adversaires se virent encore une fois chassés.

Les Agniers s'étaient montrés particulièrement hostiles aux Français, et fournissaient la plupart des rôdeurs qui désolaient les rives du Saint-Laurent; le gouverneur profita du répit dont jouissait la colonie pour ravager à son tour leur canton. Au mois de janvier 1693, un corps de six cents hommes se réunit dans ce but à Montréal. Il comprenait une centaine de soldats, deux cents sauvages alliés et trois cents volontaires. « On peut dire à l'honneur des Canadiens, écrivit alors l’intendant, que tous les miliciens Joignirent cette expédition avec une bonne volonté qu'on n’espérait pas rencontrer au milieu de gens qui ne peuvent s'éloigner de leurs établissements sans causer un tort considérable à leurs familles. »

Marchant sur les neiges avec des raquettes, portant ou trainant lcurs vivres, ces hommes intrépides, partis de Montréal le 25 janvier sous la direction des lieutenants Mantet, de Courtemanche et de la Noue, arriverent le soir du 16 février, sans avoir été découverts, au milieu des trois bourgades fortifiées des Agniers. La Noue et Courtemanche enlevèrent sans coup férir le: deux premières, et pendant que le second gardait les prisonniers, Mantet et La Noue se portèrent sur la dernière, la plus importante. Ils s'en approchèrent dans la nuit du 18, et entendirent des chansons de guerre. C'était une bande de quarante sauvages qui se préparaient à aller rejoindre un parti d'Onneyouts et 20,

d’Anglais pour se diriger ensuite sur les habitations françaises et y massacrer quelques malheureux. Surpris au milieu de cette fête, 1ls se défendirent courageusement, mais une vingtaine ayant été tués, les autres se rendirent. Le nombre des prisonniers, pour les trois bourgades, s'élevait à plus de trois cents; ils embarrassèrent fort la retraite, au cours de laquelle il fallut repousser les attaques des miliciens anglais auxquels s'étaient joints plusieurs centaines de sauvages des autres cantons. Un grand nombre de prisonniers, profitant du désarroi qui en résulta parmi leurs gardiens, s’enfuirent dans les bois. Lorsque la colonne parvint au lac Saint-Sacrement, les vivres manquèrent à tel point que l’on regarda comme heureux ceux qui purent se partager un potage fait avec de vieux souliers. (Ferland.)

Callières, averti, envoya aussitôt des provisions à ses affamés, et la troupe, exténuée, atteignit enfin Montréal le 16 mars . Elle n’avait pu garder avec elle que soixante-quatre prisonniers.

Malgré les pertes subies par eux, les Iroquois continuèrent leurs brigandages, et les négociations plusieurs fois engagées avec quelques-uns de leurschefs restèrent sans résultat. Aussi Frontenac, d'accord avec les principaux habitants et invité par le ministre Pontchartrain à poursuivre le plus vivement possible la destruction de ces malfaisants rôdeurs, prit-il ses dispositions pour leur infliger une correction qui les réduisit à sa merci. Le canton d'Onnontagué s'était depuis longtemps montré opposé à la paix ; il avait cruellement traité un ofticier, le chevalier d'Eau, envoyé par Frontenac en ambassade, et brûlé ceux qui l’accompagnaient ; il fallait faire un exemple et en finir avec ces barbares.

Les troupes, rassemblées à Montréal dans le courant du mois de juin, se composaient de dix-huit cents Français partagés en huit bataillons, et de cinq cents sauvages de la colonie divisés en trois groupes com-

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mandés chacun par un officier. Le 7 juillet on partit de l’île Perrot pour remonter le fleuve ; les soixante lieues séparant Montréal du fort Fron'enac furent franchies en douze jours. La traversée du lac Ontario s'effectua sans encombre, et le 28 l’armée s'engagea dans la rivière des Onnontagués. Cinquante éclaireurs marchaient en avant sur les deux rives, et les troupes suivaient divisées en deux corps, le premier commandé par le chevalier de Callières, le second par M. de Vaudreuil. Frontenac, à qui son âge ne permettait pas d'affronter les fatigues d’une pareille marche, était porté dans un fauteuil au milieu des soldats que sa présence enthousiasmait. On parcourut ainsi trois lieues, et l’on campa au pied d’une chute au delà de laquelle il fallut transporter à force de bras les bateaux et les canons. Cinquante Peaux- Rouges hissèrent, en chantant, sur leurs épaules, le canot dans lequel était le gouverneur, et le déposèrent de l’autre côté de l’obstacle.

L'armée s'avança ensuite le long des berges, dans des sentiers fangeux, avec de la vase jusqu'aux genoux. Elle arrivait le 4 août en vue des bourgades ennemies et prenait ses dispositions d'attaque lorsqu'elle aperçut des flammes qui sortaient des cabanes et les consumaient. On apprit alors par deux prisonnitres que depuis plusieurs jours les Onnontagués avaient envoyé femmes et enfants dans les profondeurs des bois et s'étaient préparés à opposer aux envahisseurs une résistance acharnée, mais qu'à la vue de l’armée l'épouvante les avait saisis et qu'ils s'étaient enfuis après avoir mis le feu à leur village et au fort que les Anglais leur avaient fait construire.

L'ennemi ayant disparu, on dut se borner à dévaster les champs de maïs à deux lieues aux alentours et à détruire tout ce que l'incendie n'avait pas atteint,

Les Onnevouts, voisins des Onnontagués, s'étaient montrés comne eux de cruels adversaires ; lechevalier de Vaudreuil recut la mission de leur faire subir le

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même sort. A la tête de six cents hommes, il se dirigea en toute hâte sur leur bourgade, où il ne trouva que trente-cinq guerriers qui se rendirent sans combat. Le reste de la population avait fui dans les forêts : cabanes et récoltes furent livrées aux flammes, et Vaudreuil rejoignit l’armée avec ses prisonniers. Tout était détruit dans les deux cantons, et leurs habitants allaient être réduits à mourir de faim ov à accepter la paix aux cond ons qui leur seraient nopiosée,,

L'armée rentra le 20 août à Montreat: lle n'avait perdu qu’un homme tué pendant la rciraite et trois qui se noyèrent dans les rapides.

Le gouverneur informa de sa main le roi du succès que ses armes avaient remporté. Il fit l'éloge de Callières, qui avait montré les plus grandes qualités, des autres officiers, dont il signala le dévouement, et parlant enfin de lui-même ilajouta non sans tristesse : « Je ne sais si Votre Majesté trouvera que j'ai essayé de m'acquitter de mon devoir et si, après cela, elle me croira digne de quelque marque d'honneur qui puisse me faire passer avec quelque distinction le peu de temps qui me reste à vivre ; de quelque manière qu'Elle en juge, je la supplie très humblement d’être persuadée que je lui sacrifierai le reste de mes jours avec la même ardeur que j'ai toujours eue pour son Service. »

Frontenac n'avait jamais reçu jusqu'alors que des gratifications pécuniaires. Le roi lui accorda la croix de Saint-Louis dont le brevet lui parvint par les vaisseaux de 1697. Comme il en avait le pressentiment, il n’en put jouir que quelques mois. (Lorin.)

De retour à Québec, le gouverneur reçut de France l’avis d’une expédition sur la Nouvelle-Angleterre, à laquelle 1l devait coopérer en prenant le commandement des troupes de terre. Le ministre Pentchartrain avait réuni dans ce but une escadre de onze vaisseaux et quatre brülots et lui avait donné pour chef un marin des plus estimés, le marquis de Nesmond,

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