‹ La Nouvelle-France [microforme]Chapitre 77 sur 88 · DÉLIVRANCE DE LA COLONIE · texte numérisé non relu

DÉLIVRANCE DE LA COLONIE

Quinze cents hommes devaient partir de Québec pour gagner la côte d'Acadie et s'y embarquer pour Boston ct New-York. C'état Le plus grand effort qui eût encore été tenté contre les colonies anglaises dont la situation, si l'affaire avait réussi, aurait été des plus critiques ; mais l’ar 1ement de la flotte traina en longueur ; elle ne quitta la Rochelle qu’à la fin de mai 1697 et la traversée, retardée par les vents contraires, prit deux mois entiers. Parvenu à la côte de Terre-Neuve, Nesmond dut reconnaître que la saison était trop avancée pour attaquer Boston, car les troupes canadiennes, averties de son arrivée, ne pourraient être rendues à Pentagoct que vers le 10 septembre, et ses navires n'avaient plus de vivres que pour cinquante jours. Après avoir vainement cherché la flotte anglaise qui, d’après une dépêche du ministre, devait stationner dans ces parages, M. de Nesmond se vit obligé de retourner en France sans avoir pu rien entreprendre.

La paix de Ryswick, conclue en 1697, mit fin aux hostilités. Aux termes de l’article 7 du traité entre la France et l’Angleterre, les deux puissances rentraient en possession des contrées qu'elles occupaient en Amérique avant la guerre ; la baie d'Hudson faisait retour à la France, ainsi que l’Acadie, dont la rivière Saint-George devint la limite-frontière ; l’Angleterre rétablissaitses postes de pêche à Terre-Neuve, où nous ne gardions que la côte occidentale et le port de Plaiïsance.

La nouvelle de la paix ne fut connue à Québec qu’au mois de mai 4698 : le major Schuyler et le ministre protestant Dellius en informèrent le gouverneur en lui amenant dix-neuf prisonniers français en échange de cer:x des leurs qui avaient été enlevés dans les divers coups de main accomplis par les Canadiens.

La question de propriété du territoire des Iroquois avait été laissée en suspens par les représentants des deux nations ; Frontenac en profita pour continuer à

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pousser contre eux nos alliés des pays d’en haut, en même temps qu'il négociait avec leurs envoyés une paix qui permettrait enfin à la colonie de progresser librement. Il n'eut pas le bonheur de terminer cette œuvre, qui fut achevée dans le même esprit par son successeur. Le 28 novembre 1698, il succombait à une courte maladie: «1l était dans sa soixante-dix-huitième année et avait conservé, dans un corps aussi sain qu’il est possible de l'avoir à cet âge, toute la fermeté et toute la vivacité d'esprit de ses plus belles années, Il mourut comme il avait vécu, chéri de plusieurs, estimé de tous et avec la gloire d’avoir, sans presque aucun secours de France, soutenu et augmenté même une colonie ouverte, attaquée de toutes parts et qu’il avait trouvée sur le penchant de sa ruine. » (Charlevoix.)

Ainsi qu'il en avait témoigné le désir, le comte de Frontenac fut inhumé à Québec, dans l’église des Récollets, qui lui devaient leur établissement dans cette ville. Ses obsèques eurent lieu le 19 décembre, avec une grande solennité ; le conseil souverain y figura en corps « pour témoigner de la considération qu'il avait toujours eue pour la personne de Monseigneur. » L'évêque, l’intendant et toutes Les notabilités yassislaient. Le père Goyer, récollet, prononça l’oraison funèbre du défunt « qui s'était fait aimer par sa bonté, et estimer par sa valeur. »

La mort de Frontenac fut un véritable deuil pour les Canadiens qui savaient de quels services ils lui étaient redevables : ses relations avec les chefs des pays d'en haut les avaient maintenus dans notre alliance; son attitude énergique et ses habiles mesures contre les Anglais avaient sauvé la Nouvelle-France: ses luttes contre Les Iroquois avaient lassé ces dangereux adversaires qui étaient maintenant disposés à la paix. Son caractère hautain et autoritaire l’avait parfois entraîné à des querelles avec l’évôque, l’intendant et le conseil, mais c'était le plus souvent pour défendre les intérêts de la colonie, comme lorsqu'il s’opposait de

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