QUATRIÈME PARTIE
ment. Je ne sais quoi parti tu prendras sur mes représenlalions •, j'ai lieu d'espérer qu'il sera tel que je le désire. Quoi qu'il en soit , le mien est pris , et je n'en changerai pas. Je n'ai point oublié le temps où tu voulais me suivre en Angleterre. Amie incomparable, c'est à présent mon tour. Tu connais mon aversion pour la ville, mon goût pour la campagne, pour les travaux rustiques, et l'attachement que trois ans de séjour m'ont donné pour ma maison deClarens. Tu n'ignores pas non plus quel embarras c'est de déménager avec toute une famille , et combien ce serait abuser de la complaisance de mon père de le transplanter si souvent. Hé bien ! si tu ne veux pas quitter ton ménage et venir gouverner le mien , je suis résolue à prendre une maison à Lausanne , où nous irons tous demeurer avec foi. Arrange-toi là-dessus ; tout le veut , mon cœur, mon devoir, mon bonheur, mon honneur conservé , ma raison recouvrée , mou état , mon mari , mes enfants , moi-même ; je te dois tout; tout ce que j'ai de bien me vientde toi, je nevoisrien qui ne m'y rappelle, et sans toije ne suis rien. Viens donc, ma bienaimée , mon ange tutélaire , viens conserver ton ouvrage , viens jouir de tes bienfaits. N'ayons plus qu'une famille , comme nous n'avons qu'une âme pour la chérir; tu veilleras sur l'éduc tionde mes lils, je veillerai sur celle de ta lille : nous nous partagoroii:; les devoirs de mère, et nous en doublerons les plaisirs. Nous élèverons nos cœurs ensemble à celui qui purifia le mien par tes soins; et, n'ayant plus rien à désirer en ce monde, nous attendrons en paix l'autre vie dans le sein de linnocence et de l'amitié.