‹ La nouvelle HéloïseChapitre 192 sur 214 · CI.NgUlliME PARTIE · texte numérisé non relu

CI.NgUlliME PARTIE

sera; au lieu de cela j'en cherche en secret la racine, et j'ai soin de l'arracher. Je ne suis, m'a-t-clle dit en riant, que la servante (lu jardinier; je sarcle le jardin, j'en 61e la mauvais herbe; c'est à lui de cultiver la bons».

Convenons aussi qu'avec toute la peine que j'aurais pu prendre, il fallait être aussi bien secondée pour espérer de réussir, et que le succès de raes" soins dépendait d'un concours de circonstances qui ne s'est peut-être jamais trouvé ([u'ici ; iJ fallait les lu-^ micres d'un père éclairé, pour démêler à travers les préjugés établis le véritable art de gouverner les enfants dès leur naissance; il fallait toute sa patience pour se prêter à l'exécution, sans jamais démentir ses leçons par sa conduite; il fallait des enfants bien nés , en qui la nature eut assez fait pour qu'on put aimer son seul ouvrage; il fallait n'avoir autour de soi que des domestiques intelligents et bien intentionnés , qui ne se lassassent point d'entrer dans les vues des maîtres : un seul valet brutal ou flatteur eût suffi pour tout gâter. En vérité, quand on songe combien de causes étrangères peuvent nuire aux meilleurs dess'nns , et renverser les projets les mieux concertés, on doit remercier la fortune de tout ce qu'on fait de bien dans la vie, et dire que la sagesse dépend beaucoup du bonheur

Dites, me suis-je écrié, que le bonheur dépend encore plus de la sagesse. Ne voyez-vous pas que ce concours dont vous vous félicitez est votre ouvrage , et que tout ce qui vous approche est contraint de vous ressembler? Mères de famille, quand vous vous plaignez de n'être pas secondées, que vous connaissez mal votre pouvoir.' Soyez tout ce que vous devez être, vous surmonterez tous les obstacles; vous forcerez chacun de remplir ses devoirs, si vous remplissez bien tous les vôtres. Vos droits ne sont-ils pas ceux de la nature.' Malgré les maximes du vice, ils seront toujours chers au cœur humain. Ah! veuillez être femmes et mères, et le plus doux empire qui soit sur la terre sera aussi le plus respecté.

En achevant cette conversation, Julie a remarqué que tout prenait une nouvelle facilité depuis l'arrivée de Henriette. Il est certain, dit-elle, que j'aurais besoin de beaucoup moins de soins et d'adresse si je voulais introduire l'émulation entre les deux frères ; mais ce moyen me parait trop dangereux; j'aime mieux avoir plus de peine et ne rien risquer. Henriette supplée à cela : comme elle

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est d'un autre sexe, leur ainûe, qu'ils l'aiment tous deux à la folie, et qu'elle a du sens au-dessus de son âge, j'en fais en ijuelque sorte leur première gouvernante , et avec d'autant plus de succès que ses leçons leur sont moins suspectes.

Quant à elle, son éducation me regarde ; mais les principes en sont si différents, qu'ils méritent un entretien à pant. Au moinspuis-je bien dire d'avance qu'il sera difficile d'ajouter en elle aux dons de la nature, et qu'elle vaudra sa mère elle-même, si quelqu'un au monde la peut valoir.

Mylord , on vous attend de jour en jour, et ce devrait être ici ma dernière lettre. Mais je comprends ce qui prolonge votre séjour à l'armée, et j'en frémis. Julie n'en est pas moins inquiète : elle vous prie de nous donner plus souvent de vos nouvelles, et vous conjure de songer, en exposant votre personne, combien vous prodiguez le repos de vos amis. Pour moi, je n'ai rien à vous dire. Faites votre devoir j un conseil timide ne peut non plus sortir de mon cœur qu'approcher du vôtre. Cher Bomston , je le sais trop, la seule mort digue de ta vie serait de verser ton sang pour la gloire de ton pays; mais ne dois-tu nul compte de tes jours à celui qui n'a conserve les siens que pour toi.'

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