‹ La nouvelle HéloïseChapitre 26 sur 214 · XII. — A JULIE · texte numérisé non relu

XII. — A JULIE

Ma Julie, que la simplicité de votre lettre est louchante! que j'y vois bien la sérénité d'une âme innocente , et la tendre sollicitude de l'amour ! Vos pensées s'exhalent sans art et sans peine; elles portent au cœur une impression délicieuse, que ne produit point un style apprêté. Vous donnez des raisons invincibles d'un air si simple, qu'il y faut réfléchir pour en sentir la force; et les sentiments élevés vous coûtent si peu, qu'on est tenté de les prendre pour des manières de penser communes. Ah ! oui sans doute, c'est à vous de régler nos destins ; ce n'est pas un droit que je vous laisse, c'est un devoir que j'exige de vous, c'est une justice que je vous demande , et votre raison me doit dédommager du mal que vous avez fait à la mienne. Dès cet instant je vous remets pour ma vie l'empire de mes volontés : disposez de moi comme d'un homme qui n'est plus rien pour lui-même, et dont tout l'être n'a de rapport qu'à vous. Je tiendrai, n'en doutez pas, l'cngageracnl que je prends , quoique vous puissiez me prescrire. Ou j'en vaudrai mieux, ou vous en serez plus heureuse , et je vois partout le prix assuré de mon obéissance. Je vous remets donc sans réserve le soin de notre bonheur commun; faites le vôtre, et tout est fait. Pour moi, qui ne puis nivous oublier un instant, ni penser à vous sans des transports qu'il faut vaincre, je vais m'occuper uniquement des soins que vous m'avez imposés.

Depuis un an que nous éludions ensemble , nous n'avons guère fait que des lectures sans ordre et presque au hasard , plus pour consulter votre goût que i)our l'éclairer : d'ailleurs tant de trouble dans l'cârae ne nous laissait guère de liberté d'esprit. Les yeux étaient mal fixés sur le livre ; la bouche en prononçait les mots; rattention manquait toujours. Votre petite cousine , qui n'était

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