‹ La nouvelle HéloïseChapitre 77 sur 214 · PREMIERE PARTIE. f · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. f

quels j'étais accoutumée me rendent assez difficile. Enfin nous passons aux airs ; et il se trouve que la justesse et la flexibilité de la voix, l'expression pathétique, les sons renforcés, et tous les passages, sont un effet naturel de la douceur du chant et de la précision de la mesure ; de sorte que ce qui me paraissait le plus difficile à apprendre n'a pas même besoin d'être enseigné. Le caractère de la méloJie a tant de rapport au ton de la langue, et une si grande pureté de modulation , qu'il ne faut qu'écouter la basse et savoir parler pour déchiffrer aisément le chant. Toutes les passions y ont des expressions aiguës et fortes; tout au contrairede l'accent traînant et pénible du chant français, le sien, toujours doux, facile, mais vif et touchant, dit beaucoup avec peud'effort : enfin je sens que cette musique agite l'âme et repose la poitrine ; c'est précisément celle qu'il faut à mon cœur et à mes poumons. A mardi donc, mon aimable ami, mon maître, mon pénitent, mon apôtre : hélas! que ne m'es-tu point? pourquoi faut-il qu'un seul titre manque à tant de droits?

P. S. Sais-tu qu'il est question d'une jolie promenade sur l'eau, pareille à celle que nous fîmes il y a deux ans avec la pauvre Chail- Jot ? Que mon rusé maître était timide alors ! qu'il tremblait en me donnant la main pour sortir du bateau! Ah! l'hypocrite!... il a beaucoup changé.

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