‹ La nouvelle idole; pièce en trois actesChapitre 6 sur 20 · SCENE V LOUISE, ANTOINETTE, ALBERT · texte numérisé non relu

SCENE V LOUISE, ANTOINETTE, ALBERT

ALBERT^ prenant sa femme à part.

Tu as cherché à voir cette fille pour la questionner, eh bien ! tu vas assister à la consultation. [Geste liésitant de Louise.) Si, si, je le veux ! Laisse-moi l'examiner ici, devant toi... Je ne crains pas ton jugement, ni celui de personne... pourvu qu'on s^.ch.e... [Allant à Antoinette.) Mon enfant, cela ne vous gêne pas que ma femme assiste à notre entretien?... [Regard affectueux d'Antoinette. Louise s'asseoit dans un fauteuil. Albert prend Antoinette par les deux épaules, avec une amicale brusquerie et lui tourne le visage vers la lumière. )'EA\ma.ïs\... Nous avons beaucoup meilleure mine... Un peu engraissée... De bons yeux, pas trop brillants... On dort bien ?

ANTCiNETTE; joyeusement.

Comme une marmotte.

ALBERT

On mange ?

ANTOINETTE

Tout va mieux... Infiniment mieux...

ALBERT

Diable !... Je vais vous ajisculter... Tenez, ma petite, mettez-vous là et ôtez votre coviiSige... [Antoinette passe derrière le paravent. Albert reste debout au milieu de la chambre et continue à l'interroger.)

Puisque vous êtes en si bon état, pourquoi m'écrira que vous êtes tourmentée ?... Hein ?... ANTOINETTE, hésitant.

C'est comme un bouton qui ne veut pas percer... [Louise se lève et suit la conversation avec angoisse.) Oh ! à peine rouge... Moi, je n'y aurais pas fait attention, mais la sœur qui me pose des ventouses m'a conseillé de vous écrire. Je lui avais raconté que vous vouliez être prévenu de la moindre chose... iC'est gentil, monsieur le docteur, d'avoir répondu si vite que je fasse le vgyage à vos frais... Il y avait justement une occasion... La mère supérieure venait faire une retraite à noire maison de la rue de Sèvres... elle m'a emjnenée... 4^W' '» ■-•-^^^-^.

ALBERT, allant la rejoindre.

Pas tant d'histoires!... Où est-il, ce boulon?... [On voit le haut de sa tête, qui dépasse, se baisser un instant pour une rapide inspection.) Ça ne fait pas mal quand on appuie ?... Bien, je suis fixé... (// revient et fait quelques pas dans la chambre, sans regarder Louise.)

ANTOINETTE

Ce n'est pas mauvais ?

ALBERT

Non... Vous l'avez montré à votre médecin, là-

ANTOINETTE f^

Oui, monsieur. Il dit que c'est un bobo de rien.

ALBERT

Il s'appelle Verdier, n'est-ce pas, votre médecin ?

ANTOINETTE

C'est ça, Verdier.

ALBERT

Je le connais ; il a été mon interne.

Oh! quand il parle de son maître!... Il vous admire tant!

ALBERT, ironique.

Bien obligé!... [Revenant à elle.) Ecoutons cette poitrine, maintenant... (// l'ausculte longuement.) Respirez fort!... Plus fort, sacrebleu !... Toussez !... Toussé^ encore!... (// continue à Vausculter avec une angoisse croissante. )^ien\... {Il se redresse et promène vaguement les yeux autour de la chambre. Les ramenant tout à coup sur Antoinette :) Qu'avezvous à me regarder ainsi ?

ANTOINETTE

C'est que... monsieur le docteur!... c'est que voua avez l'air furieux... Cela va donc plus mal ?

ALBERT, rudement.

Vous êtes guérie !

ANTOINETTE, joijeuse.

N'est-ce pas ?... Je me sens tellement renaître... et a^,,.^^ / puis le médecin, les sœurs, tous ceux qui ont de l'expérience, le disent...

ALBERT

Qu'avez-vous fait?

ANTOINETTE

Gomment?...

ALBERT, s' exaspérant.

Quel régime avez-vous suivi ? Quels remède3 avez-vous pris?

Ceux que vous aviez ordonnés, monsieur le docteur; et le régime aussi a été scrupuleusement suivi... Il n'y a qu'une chose...

ALBERT, avec cmportemenl.

Laquelle, voyons ?

ANTOINETTE, tremhiantc.

Ne grondez pas, monsieur... J'ai Imi de l'eau dj Lourdes, un peu, tous les matins... (// lui tourne le dos, et fait deux ou trois fois le tour de la chambre. Antoinette le regarde, atterrée. Il revient presque menaçant sur elle.)

ALBEr.T

Allons, rhabillez-vous !

ANTOINETTE, achevant de sliahUlcr.

Monsieur, vous êtes terriblement en colère!... Je me repens bien d'avoir parlé de Lourdes... En entrant ici, j'hésitais encore... Et puis, quand vous avez dit : «Vous êtes guérie I... » il m'a semblé que la sainte Vierge me trouvait ingrate... Je n'ai pas. pu me taire... Et voilà qu'à votre tour, vous m'en voulez, bien sûr, de ne pas comprendre à quel point vous m'avez fait du bien.

LA NOi;VCLLE IDOLE 27

ALDEUT, distraitement.

Laissez donc !... Je pense à autre chose. LOUISE, «//rtnf à elle.

Ma chère enfant, mes réflexions, à moi, sont faites... Retournez à votre couvent, et prévenez la mère supérieure que j'irai la voir demain pour obtenir de vous garder quelque temps chez nous,.. Mon mari n'est pas fâché... Il vous aime bien et veut suivre de près votre guérison... Et ne craignez pas, lorsque vous vivrez près de moi, qu'on vous trouble dans votre confiance en Dieu... Priez-le, allez... Mettez tout votre espoir en lui !

ANTOINETTE

Vous me croyez donc en danger, madame ?

LOUISE

Non. Ne vous tourmentez pas... Préparez-vous à venir loger à la maison, vous serez chez une amie ! [Elle embrasse Antoinette sur le front et la pousse doucement dehors. Puis elle revient à pas précipites vers son mari.)

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