H.G. Græf. Gœthe üb. seine Dichtungen, 1, 1, p
La Définition essentielle de la Nouvelle
Comme toute œuvre d’art, ia Nouvelle se propose une imitation de la nature, et comme chaque forme d’art circonscrit le champ de son imitation. L'objet de son imitation ce sont les actions humaines, ou plutôt, — et par là la Nouvelle prend son caractère spécifique, — certaines actions humaines. Du choix de ces actes dépendent l'effet que brigue la Nouvelle, et les moyens qu’elle emploie pour y atteindre. L'effet, au reste, l'impression artistique apparaît à la fois comme la cause et la conséquence des moyens, c’est-à-dire de la technique interne et extérieure de la
Nouvelle.
38 CHAPITRE Il
Les écrivains qui traitèrent avec quelque ampleur de ce genre littéraire firent naturellement porter leur étude sur l’un de ces trois points : Sujet; Effet que la Nouvelle produit ou peut produire; Moyens dont elle dispose. Ces dissertations ne manquent pas d'intérêt, quoique leur valeur en demeure toujours assez relative. Friedrich Schlegel et Tieck y prônent l'ironie; Heyse et Spielhagen la casuistique des sentiments qu’ils affectionnent ; et quant au style, au sens large du mot, l’un le veut épigrammatique, ou spirituel; l’autre, dramatique, ou pittoresque, ou psychologique... Nous trouvons là les éléments d’une enquête sur les nuances que revêt la Nouvelle.
Lorsqu'il s’agit de la définir en une sorte de résumé empirique qui caractérise l'élément essentiel de ce genre littéraire, l’on voit ces critiques de profession ou d’occasion affirmer d’abord, comme Tieck (1), par exemple, que c'est une tâche malaisée d'isoler la Nouvelle des genres proches et de réduire la variété à l’unité, puis donner finalement une définition identique à celle que Gœthe proposait à l’assentiment d'Eckermann. Qu’elles précèdent la définition de Gœthe,comme celle des Schlegel et de Tieck, ou qu'elles la suivent, comme celle de Heyse ou de Spielhagen, aucune ne vaut la définition classique, précise et souple, de l’auteur de la Novelle, Du reste, elles expriment
1. Kœpke. Tieck, IL, p. 234. « Es ist nicht leicht zu sagen, was eigentlich die Novelle sei, und wie sie sich von den verwandten Gattungen, Roman und Erzæhlung unterscheide.…. Es ist sehr schwer, hier einen allgemeinen Begriff zu finden, auf den sich alle Erscheinungen dieser Art zurückbringen liessen, »
toutes la même idée et ne diffèrent que sur une question accessoire de technique.
Cette unanimité des écrivains touchant l'essence de la Nouvelle, leurs doléances l’attestent encore, d’une façon négative. Gœthe,nous le voyions, constate que toute sorte de singulières productions arborent, sans beaucoup de droit, le pavillon de la Nouvelle (1).Tieck, au début de sa carrière de nouvelliste, déplore l’abus que l’on fait de cette appellation (2). Vers la fin de sa vie le vieux maitre romantique se verra reprocher d’avoir vicié et corrompu le genre. Ceux qu'aura fustigés sa satire ;les écrivains qui de loin ou de près touchent à la Jeune-Allemagne; les envieux qui voudront se venger sur lui de ses longs triomphes, mais aussi des poètes profondément sérieux, comme Hebbel (3), condamneront ses nouvelles, parce que, s’émancipant peu à peu, elles finirent par briser la forme générique. Quelques années plus tard Hebbel prédit que ses propres nouvelles remporteront médiocre succès, car « cette époque a perdu le sens de l'espèce » (4). Dans l’Introduction du Vovellenschatz Heyse dénombre les qualités requises de la Nouvelle et des Nouvellistes. Il
1. Lettre à Guillaume de Humboldt, 22, X, 1827 «... da es dann für eine Novelle gelten mag, eine Rubrik unter welcher gar vieles wunderliche Zeug cursiert. »