‹ La Nouvelle Individualiste En AllemagneChapitre 9 sur 110 · Freytag. Technik, pp. 218-219, et aussi p · texte numérisé non relu

Freytag. Technik, pp. 218-219, et aussi p

Bastier 3

gon, Alceste, Julien Sorel, le père Grandet, et mème M* Bovary, Tartarin, parmi les personnages « déductifs ». Hamlet, Wallenstein, Wilhelm Meister sont, au contraire, en devenir. Mais alors cette tendance germanique ou allemande à montrer un caractère qui se forme, comment

s’accommodera-t-elle du raccourci de la Nouvelle ?

Pour connaître d’une façon aussi précise que possible la Nouvelle allemande, il ne suffit donc pas d'analyser et de critiquer quelques-unes des œuvres les plus célèbres du genre. L'on doit encore se rendre compte de la manière dont un tel ouvrage fut conçu et müri, et pour cette étude il faut pénétrer la psychologie du poète. Mais ce dernier obéit, et rarement à son escient, aux instincts éthiques qu'il tient de sa race ou de sa nation. Et mème s'il réagit contre ces penchants innés, son action, ou plutôt sa réaction, sera guidée par d’autres tendances qu’il doit également au milieu où il naquit, à la civilisation de sa patrie. L'unité foncière de la Nouvelle allemande ne manifesterait-elle en définitive que l’unité ethnique des nouvellistes ?

Les problèmes que soulève le genre littéraire auquel nous avons affaire se présentent donc à nous multiples et enchevètrés les uns dans les autres. Si l’on s’applique, moins peut-être à les résoudre qu’à les poser et à les

étudier, dira-t-on que cette peine était vaine, et que la

Nouvelle, genre secondaire, ne méritait point qu'on en démontrât la technique ?

Certes, l’on peut redire le mot de Spielhagen sur le Roman et la Nouvelle : « Une villa, si belle soit-elle, n’aura jamais la prééminence sur la cathédrale de Cologne. » Mais ne serait-il pas licite d’ajouter, sans manquer de respect aux <« grands genres », qu’une église, grande mais laide, ne l’emportera point davantage sur une villa d’un joli style? La technique d’un genre littéraire, lorsqu'elle retint l’attention de poètes comme Gœthe, les Schlegel, Tieck, Hebbel, Storm, Spielhagen, etc., sans compter les esthéticiens comme Vischer, vaut qu’on s’y arrête. « Élever [le Roman et] la Nouvelle à la hauteur de poèmes » (1), tel est le but que se proposèrent les meilleurs nouvellistes. Gœthe, de même qu’autrefois Cervantes, loin de dédaigner ce genre secondaire, voulut, lui aussi, comme l’auteur espagnol, donner des Vouvelles exemplaires. L’exempledes meilleurs doit servir aux autres hommes (2); la forme et le fond du récit assument, dans la pensée de ces deux grands poètes, la même valeur éducatrice.

La Nouvelle, si on la dépouille de tous ses attributs, apparaît comme la forme la plus ancienne, la plus naïve, la plus brute de la poésie épique. Les épopées proviennent de courts récits. Et ces courts récits qu’étaient-ils? Les faits divers d’une humanité jeune encore et barbare. On les contait pour leur singularité, et parce qu’on les tenait Pour vrais. Le bref récit épique, depuis, parcourut une longue route. La Nouvelle moderne a revêtu une forme

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