‹ La Nouvelle Individualiste En AllemagneChapitre 102 sur 110 · Kæster, Siorm-Keller, p · texte numérisé non relu

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parfaits poètes dans ces œuvres, n'est-ce point parce que leurs nouvelles, d'un volume plus ou moins étendu, avaient un contenu plus important et offraient, outre leur agrément, un sens au moins aussi profond que les nouvelles les plus connues de notre époque ?

Sous la perfection classique des nouvelles que nous avons étudiées, ne trouvons-nous pas toutes les variétés de sujets, toutes les tendances artistiques qui se manifestèrent au cours du xix° siècle ; les problèmes les plus complexes et intéressant la vie moderne ne nous y sont-ils point présentés avec maîtrise, et sous une forme plastique ?

Les problèmes du mariage: Brigitte, Entre Cielet Terre ; les questions afférentes à la psychologie sexuelle: Procurateur, Marquise ; la naïveté enfantine : Cristal-de-Roche ; la naïveté sensuelle: Tremblement de Terre ; le génie : Mozart ; ce que l’on appellerait aujourd’hui dégénérescence : Pauvre Ménétrier ; la psychologie du criminel : Hêtre-aux-Juifs, Entre Ciel et Terre ; la psychologie des foules : Le Tremblement de Terre; les problèmes hypnotiques : Vovelle ; la famille: Entre Ciel et Terre ; la passivité féminine : Cristal-de-Roche, Entre Giel et Terre ; la révoile féminine : Procurateur, Marquise, Brigitte ; (1) l’art : Le Pauvre Ménétrier et Mozart. Devant cette richesse de motifs,on est en droit de se demander si la Nouvelle « moderne » a vraiment étudié de nouveaux problèmes. Sauf l’amour sentimental mal propre à la maturité

1. Sujet de prédilection de M. Heyse, qui excelle à montrer sclon le mot profond de Kierkegaard, cité par M. Brandes : « Das Wesen des Weibes,eine Hinneigung,deren Form Widerstand ist, »

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nouvellistique, et les amours précieuses des gens de lettres, dont la nouvelle moderne abusa parfois à son détriment, quelles questions importantes la Nouvelle classique a-t-elle donc négligées ?

Et si l’on ne s’en tient qu'aux appellations extérieures, y a-t-il rien de plus vivant, de plus varié, de moins classique, de moins « académique, » que les tendances de ces nouvelles classiques ? Nouvelle morale : ?rocurateur ; nouvelle romantique: Vovelle ; nouvelle (au bon sens du mot: Schicksalsnovelle)néo-romantique: Hétre-aux-Juifs ; nouvelle casuistique : La Marquise, Procurateur; nouvelle exotique : Le Tremblement de Terre, Brigitte ; nouvelle de terroir : Le Hêtre-aux-Juifs ; « Stimmungsnovelle » : Mozart, Cristal-de-Roche ; nouvelle psychologique (ou réaliste) : Entre Ciel et Terre; nouvelle d’artiste : Mozart, Pauvre Ménétrier.

La seule évolution notable que l’on puisse constater dans la Nouvelle pour l'époque qui va de Gœæthe à Gottfried Keller, c’est celle qu'a indiquée Spielhagen ; la singularité des héros se substitua assez souvent, à partir du milieu du siècle lenviron, à la singularité de la situation et des événements. Nous avons attiré l'attention sur cette différence importante, mais qui n'intéresse pas l’organisme de la Nouvelle, la réaction de l'individu ; les personnages singuliers colorant de leur singularité les événements, de mème que les événements singuliers reflètent leur singularité sur les personnages. Le conflit, dans un cas comme dans l’autre, apparaît tragique dans son fond, original dans son expression. Il revient toujours à

l’'antinomie du vouloir et du pouvoir, mais ce qui s'oppose

à la volonté sera tantôt : surtout en dedans ; tantôt en dehors du héros ; c’est-à-dire que la situation du héros revêt un aspect ou proprement tragique, ou tragiqueépique. Ce conflit, dont la tragédie antique fit presque toujours le ressort de son action, n’aurait rien en soi de moderne, si l'opposition brutale n’en était nuancée et approfondie par l’idéalisme individuel, par cette notion de devoir et de responsabilité envers soi-même, qui remplace la fatalité d'autrefois. Le caractère individuel est déterminé ; la volonté veut réagir contre cette servitude ; mais un événement extérieur survient,qui place l'individu dans une situation telle, que sa volonté est à son tour déterminée par ce qu’elle estime être son devoir.

Dans ce conflit qui forme le leitmotiv de la Nouvelle, s'exprime un des aspects les plus frappants du caractère allemand, l’individualisme, qui se revêt volontiers d'une forme caractéristique.

La solution plus ou moins complète de ce problème touchant la racine même de l’individualisme a de quoi séduire les écrivains de cette Allemagne où l'influence de Jean-Jacques Rousseau ne fut si forte, que parce qu’elle y trouvait un terrain tout préparé. L’individualisme combatif, dont on trouve trace chez tous les écrivains allemands, leur période de « Sturm und Drang » fait place, chez Ia plupart d’entre eux, à un individualisme qui ne se dirige plus vers l’extérieur, mais qui, au contraire, replie l’homme

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sur lui-même. Jaloux de garder leur individualité, ils renoncent, si la vie leur en laisse le temps, à ces explosions volcaniques, dont nous parlent les biographes de Gœæthe, de Kleist, d’Annette de Droste, de Grillparzer, de Meærike, d'Otto Ludwig, pour cultiver à l’abri du « renoncement > leur idéalisme devenu plus intime ; assez souvent, ils s’enlisent dans une vie casanière, Où l’hypocondrie parfois leur tient compagnie. Ils vivent cette tragédie du vouloir et du besoin de s’intérioriser, de l’ « Inperlichkeit, » dont parle Volkelt. Qu’y a-t-il d'étonnant à ce qu'ils fassent d’une crise qui les touche de si près, le sujet d'une œuvre littéraire, et qu'ils choisissent la forme de la Nouvelle, dont l’objectivité, dont la singularité < inouie » ne fera soupçonner à personne qu'elle n'est qu’une géniale confession? Le nouvelliste élit ce genre, pour que son « Innerlichkeit » à laquelle il tient, ne soit pas profanée, mais, en créant, il se libère de cette crise. Et s’il s'en délivre, c’est qu’il lui faut, pour réaliser cet ouvrage, se vaincre, surmonter la crise qu’il représente, c'est-à-dire la vivre d’abord, et la revivre ensuite sous cette forme plastique qu'il lui donne hors de lui-même.

Il faut que ce contenu subjectif, sympathique au génie germanique, se coule dans une forme objective et arrètée, qui apparait mème aux plus experts comme une « forme revèche ». (1)

Le poète allemand (2) aime la contemplation, où l’on pénètre lentement jusqu'au fond des caractères, l’état

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