‹ La Nouvelle Individualiste En AllemagneChapitre 12 sur 110 · Cf. Tieck, Werke, Berlin, 1829, XI, pp. LXXXIV-XC · texte numérisé non relu

Cf. Tieck, Werke, Berlin, 1829, XI, pp. LXXXIV-XC

des mots. Un personnage épisodique des Afinités Électives raconte des « histoires singulières, remarquables, plaisantes, touchantes, terrifiantes qui excitent l'attention et passionnent les auditeurs » et d’après ce que l’auteur nous a dit de ce personnage, et de sa curiosité spéciale, nul doute qu’il ne s’agisse ici de nouvelles, ou, tout au moins, de thèmes de nouvelles. Et dans cette même page (1) Gœthe emploie ce mot « Begebenheit » que nous rencontrions déjà dans la définition donnée à Eckermann; et sous le titre de cette « Begebenheit singulière mais plus douce que les histoires précédentes » il écrit expressément le mot : Nouvelle. Qui, de Tieck ou de Gœæthe a raison? Si une « Begebenheit » n’est pas une nouvelle, cessera-t-elle d’être une « Begebenheit >» parce qu'elle sera inouïe ou singulière? N'y a-t-il pas là une chicane de mots oiseuse et peu iogique ?

Peu importe le mot! Les nouvellistes et les critiques allemands reconnaissent tous que l'élément essentiel de la Nouvelle c’est un fait, un récit, un événement, si l’on veut :

un je ne sais quoi de singulier.

La conséquence la plus importante que l’on puisse tirer au point de vue technique de cette notion, c'est que la Nouvelle présentera une très forte unité, liée à la singularité du

thème. Toutes les parties de l'ouvrage devront converger

1. Affinités Electives, chap. X, les trois derniers alinéas avant + Die wunderlichen Nachharskinder.

vers un point central : l'événement singulier, qui sera le foyer lumineux.

Cette concentration de la Nouvelle s’explique d’abord par la vieille règle d'esthétique qui demande une progression d'effets. Si la Nouvelle présente deux faits, deux « motifs » singuliers, distincts l’un de l'autre, l'attention déjà usée du lecteur exigera que le second fait soit beaucoup plus singulier que le premier, et comme dit la langue familière, il faudra aller de plus en plus fort. Mais rien n’est moins facile à atteindre qu’une simple progression d’intensité. Si le second coup doit porter, il faudra surtout qu’il contraste violemment avec le premier, qu’il en diffère du tout au tout. Et dans ce cas-là, ce n’est plus l’attention du lecteur qui nous préoccupe, mais le caractère du héros ou de l’héroïne. Lors du premier événement singulier le poète aura dû nous les montrer en pleine action ou réaction ; et le second fait singulier, survenant peu après, les trouvera lassés, ou indifférents s’il est de même nature que le premier, et désemparés s’il est d’autre sorte. Leur mécanisme vital, leur ressort aura perdu son élasticité. Dans le duel entre le destin et l’homme, nous ne prétendons point que les adversaires soient égaux, mais nous exigeons qu'ils donnent leur mesure.

Le caractère spécifique de la Nouvelle la contraint donc presque à n’avoir qu'un point culminant. Pour la même raison de concentration elle ne nous présentera que le minimum de personnages et de milieu nécessaires, d’une Part, à mettre en valeur le motif singulier et, d’autre part, elle ne nous montrera de personnages et des personnages, et du milieu, que ce qui est touché par un des rayons

du foyer.Elle présuppose donc chez l’auteur et chez le lecteur le sens de la concentration. Elle exige du nouvelliste l'effort — plus ou moins naturel — de se restreindre à un cadre étroit, qui sépare nettement le phénomène choisi de la foule des autres phénomènes possibles et ordinaires.

L'unité d'action, rigoureusement nécessaire à la Nouvelle, s’y alliera, presque toujours, avec l'unité de lieu. L'unité de lieu, ou plus précisément l’unité de milieu, renforce la continuité de l’action, qui remplace ici l’unité de temps.

La longueur de la Nouvelle est contingente. Si elle doit toujours conserver un caractère monographique, et ne peut par conséquent s'étendre en largeur, par juxtaposition, rien n'empêche la Nouvelle de s'étendre en profondeur, pour ainsi dire par superposition, de nous montrer les substructions d’une action ou d’un événement. Une nouvelle pourra être très longue, sans cesser d’être une, singulière. Il lui suffira, pour garder la pureté du genre, que, dans son imitation d’une portion de la nature, elle ne couvre pas une vaste superficie. Le volume, le nombre de pages n’a pas, pour la Nouvelle, plus d'importance spécifique que pour la peinture la grandeur de la toile. Un très petit tableau — telle toile de Puvis de Chavannes — peut ètre peint avec les moyens de la fresque, et n’est pas forcément un tableau de genre ; un très grand tableau n’est pas nécessairement une fresque ; il peut être conçu dans l'esprit et réalisé selon la technique d’un miniaturiste. Deux œuvres d’art enfin peuvent, extérieurement, atteindre les mèmes dimensions et, cependant, différer essentiellement l’une de l’autre. Un seul arbre de Ruysdael sera vaste, en-

traïnera vers l’infini celui qui le considère ; un seul arbre de Théodore Rousseau ou de Diaz fera une saillie convexe, occupera égoïstement l'œil de qui le regarde.

Si l’effet dans la Nouvelle fait partie intégrante du sujet lui-même, l’on ne Pourra cependant l'obtenir que par les moyens propres à ce genre. L’attention spéciale que la Nouvelle exige du lecteur, le lecteur à son tour demande au nouvelliste de la provoquer. D'abord, et cela va sans dire, par l'intérêt captivant qu'il doit donner à l'événement qu’il nous conte. Mais que vaudrait cet intérêt s’il provenait uniquement d’une de ces combinaisons passionnantes, énervantes que le mélodrame ou le roman-feuilleton se plaisent à agencer ? L'intérêt spécial à la Nouvelle ne saurait être seulement le résultat de faits extérieurs, enchaînés par un hasard arbitraire. Cet intérêt repose sur un principe artistique. L’attention du lecteur dépend de la tension de l’auteur. Cette tension, qui se retrouve jusque dans le style de la Nouvelle, l'écrivain l’obtient par une rigoureuse discipline psychologique. De l'événement, des caractères agissant ou réagissant, il ne met en valeur que les aspects saillants. Plus qu’en un autre genre, l’art consiste ici dans le choix sûr des motifs destinés à nous monirer ce qu’un romancier analyserait peut-être ÿ c'est un art difficile, sans doute, que de distinguer les traits caractéristiques, définitifs. Non seulement le nouvelliste, contre les habitudes classiques, préfère le particulier au général, mais il ne peut nous dépeindre, comme le romancier, tout ce que ses personnages aperçoivent. Il leur met des œillères, pour les empêcher de regarder à droite ou à gauche maints détails objectivement pittoresques, maint

spectacle éternellement beau; il évite qu'ils ne s'intéressent à des actions adjacentes. Il les isole comme on ferait un malade, pour étudier l'originalité de son cas et prévenir la contamination, le patient n’intéressant immédiatement le praticien qu’en tant que malade et non comme homme.

La concentration accroît l'intensité d’une matière, de l'alcool, par exemple, en éliminant les matières étrangères, Le nombre restreint des personnages accroît l'intérêt de la Nouvelle. Elle ne nous présente que les chefs de file, sur qui l’événement singulier exerce un effet d'autant plus puissant qu'il n’est point réparti entre un aussi grand nombre d'individus.

Une boutade de Hebbel résume assez heureusement les conséquences les plus générales qui découlent de la notion : événement singulier. « La Nouvelle est un précis voyage d’affaires, le public des romans une grosse commère (1).» Le commis-voyageur n’a en vue que la vente de son article ; son itinéraire sera aussi économique et pratique que possible. Il n’admirera pas le paysage, ne s'arrêtera point dans les villes même très belles où sa « nouveauté » ne piquerait point l'attention; il jettera son dévolu sur certains clients et cherchera à les conquérir en assurant que le modèle est inédit, et, récemment breveté,

fait sensation.

1. Tagebuch, n° 98 ; « Vorrede zum Roman; Gefühl womit ich ihn schrieb : Novelle eine præcise Geschæftstreise, Roman-Publikum eine dicke Kaffeeschwester pp. »

IL est encore certains principes, moins apparents que ceux exposés dans les pages précédentes, et que l’on peut tirer de la définition empirique donnée par Gœthe.

Puisque Hebbel nous a fourni une métaphore commer ciale, on pourrait y trouver encore un élément de comparaison en ce qui concerne : la vérité de la Nouvelle.

En quoi consiste-t-elle ? Si c’est de la véracité du conteur qu'il s’agit, le public y croira ou n'y croira pas.Mais le client exige inconsciemment du commis-voyageur qu'il ait au moins l’air d'être convaincu de la nouveauté de son article. Si c’est la vérité de l’œuvre elle-même qui est en question, elle tiendra, dans la Nouvelle, le rôle de la « bonne qualité » pour la marchandise du commis. Il faut à l’article inédit, à l'événement singulier, une qualité, une vérité foncière, sans quoi client ou lecteur sérieux s’en désintéressent aussitôt.

Le singulier qui n’a pour valeur que sa singularité, n’apparaît plus que comme un jeu, dont on peut varier à l'infini les combinaisons. Ilamuseun instant, mais demeure trop artificiel pour nous toucher, et pour émouvoir même notre intelligence. Un événement singulier, un caractère original, s’ils sont pour ainsi dire inimitables, tiennent cependant à la nature par leur origine, leur point de départ. Sortes de monstres, s’ils existent, ils sont vrais. Une Nouvelle parfaite excelle à nous montrer la vérité de l’invraisemblance, ou, plus exactement, par la vérité elle rend vraisemblable ce qui semble ne pas l'être. Présenter le monde à l'envers, ainsi que Tieck aime trop souvent à le faire, ne saurait constituer une création. Les racines doivent plonger dans la terre et non se dresser dans l'air

Bastier ä

où elles se dessèchent. Le nouvelliste crée en découvrant, pour lui d’abord, et en révélant ensuite au lecteur, des aspects insoupçonnés de la nature, et qu'il semble qu'on n'ait pas encore aperçus.

Presque tous les écrivains qui traitèrent de la Nouvelle s'accordent sur ce point: Elle doit être vraie. Dans la définition de Gœthe les mots « qui a eu lieu »indiquent ce caractère. Hebbel (1) et Spielhagen partagent sans doute cette opinion, mais insistent davantage sur la vraisemblance de la Nouvelle. Lorsque les nouvellistes présentent la nouvelle comme vraie, la vraisemblance n'est que la conséquence, dans le développement de l'œuvre, d’un événement réel qui leur servit de point de départ, ou, plus souvent encore, la concordance rigoureuse de tous les éléments du récit avec le fait saillant et vrai qui en marque le point culminant. Si l’auteur ne réussit point à nous donner foi en lui, ou s’il nous prouve qu'il ne croit pas lui-même à son sujet, ce cas se rencontre fréquemment chez les Romantiques et dans les ouvrages de M. Heyse, le fait singulier perd pour ainsi dire de son poids, dépouille sa signification.

Toutes les nouvelles de valeur, quel que soit le genre d'attention que provoque leur singularité, enferment en outre, latent ou à demi exprimé par suggestions, un sens profond. Gœthe, nous le voyions, mentionnait dans Les Affinités Électives des histoires : singulières, remar-

quables-significatives (bedeutend), plaisantes, touchantes,

1, Cf. Briefwechsel, I1,p. 102, Lettre à Hermann Hauff, 6, IV,

terrifiantes. Une nouvelle qui prétend au titre de chefd'œuvre offre toujours les deux premières de ces qualités, quitte à revêtir, si bon lui semble, quelqu’une des autres nuances notées par le poète. Cette signification, elle la puisera dans la vérité, en ne brisant pas les racines qui la relient à la nature.

Faire d’un événement inouï, surprenant, tangible, l’expression frappante d’un sens profond, latent, tel semble le but suprème où puisse atteindre la Nouvelle. Pour en approcher, les auieurs suivront naiurellement des voies très diverses. Avec chaque écrivain, et parfois d’un de ses ouvrages à l’autre, l'élément singulier de la Nouvelle se dépiace. Tantôt il réside dans une aventure, une catastrophe, un coup du destin qui vient surprendre des héros d'une humanité ordinaire, moyenne. Tantôt, au contraire, ce sont des personnages d'exception qui se heurtent aux médiocrités de l’existence humaine. Parfois aussi les personnages, par leur singularité mème, se trouvent comme au diapason des phénomènes inaccoutumés qu'ils rencontrent. Alors nous assistons à une lutte d'égal à égal. La Nouvelle peut aussi présenter l'élément singulier d’un caractère humain en opposition avec soi-même, c’està-dire avec le fond normal de l'individu ; les actions et réactions du conscient et de l’inconscient. L’on conçoit l'attrait que pour diverses raisons ce genre dut exercer sur les Romantiques allemands. Certaines de leurs nouvelles s’attachent à rendre des phénomènes d'hypnotisme ou de thaumaturgie. Et par là ils ne font que mettre en valeur, souvent trop exclusivement, un élément que contient presque toujours en proportion plus ou moins

abondante, l'événement singulier.Cette note de suggestion quasi hypnotique, on la trouve dans quelques-unes des plus belles nouvelles non seulement de l’Allemagne,mais de la France, chez Balzac, Mérimée, Flaubert, chez Maupassant aussi bien que chez Gœthe, Kleist, Droste-Hülshoff, Stifter, Grillparzer, Mærike, O. Ludwig.

L'événement singulier recèle en outre, par définition, un second élément: le contraste, que les Romantiques développeront dans le sens du paradoxe, de l'épigramme, de l'ironie.

La singularité d’un fait, d’une action se détache sur un fond, sur une masse ; il est extraordinaire, en dehors de l’ordre. Exception, il ne saurait être unique s’il ne s’opposait à la règle. Le contraste occupe une place importante dans tous les arts et dans chaque forme d'art. Il en est un des charmes. En peinture, une couleur; en musique, un ton, n'existent et ne revêtent leur valeur que par le contraste avec leurs voisins. Dans la Nouvelle il joue un rôle de premier ordre. On le trouve dans le sujet et dans les parties de l'œuvre; les personnages font antithèse entre eux, en eux-mêmes, dans leurs rapports avec les événements, avec la nature. Le nouvelliste observe et peint tous les antagonismes entre l'individu et la société; l'individu et la nature ; la volonté et le hasard; la morale indi-

viduelle et le code mondain ou civil.

La Nouvelle présentera donc souvent des déviations de la règle, de la loi morale; des revendications de l'individu. Elle sera paradoxale, au sens étymologique du mot, ses personnages se trouvant à côté et donc en dehors de l’opinion courante.

Il serait hasardeux de la taxer a priori d'immoralité, puisque l’événement singulier n’assume pas de portée générale, et qu'on nous en garantit le caractère exceptionnel. Sur lui on ne saurait fonder de règle, Au reste, il arrive assez souvent que l’amoralité de la Nouvelle ait une issue morale, encore que désintéressée. Un paradoxe est souvent l’avant-coureur d’une vérité, La société n’a pas seulement des lois, des traditions, des habitudes, contre quoi luttera un révolté ou un réfractaire; elle nourrit aussi des préjugés dont l'individu peut souffrir et qu’il cherche à ruiner. À certaines époques le lieu commun c’est le vice au pavois, l’immoralité organisée, le suicide encouragé, la prime à l’adultère ou à d’autres crimes, et le paradoxe, comme dans certaines nouvelles de Gœthe, pourra être alors la vertu triomphant.

Cet aspect paradoxal de la Nouvelle fascinera les Romantiques allemands. Suivant les différences du génie et du talent, leurs œuvres apparaîtront sincères ou artificielles. Tantôt le paradoxe sera pour ainsi dire objectif, copie fidèle d’un fait singulier, mais vrai; résidera dans les choses.Tantôt il sera subjectif, adventice. L'auteur l’aura mis dans les événements, intercalé entre les lignes, vouluetnon point vu. L'’âpreté de Kleist laissera aux faits le soin d'attester les lézardes de l'univers humain; les paradoxes didactiques de Tieck souligneront l'esprit du conteur, mais

dépouilleront la Nouvelle du clair-obscur où baignent tous les objets de la nature. Si l’auteur nous démontre qu'il a pleinement raison, c’est que le problème était artificiel, ou peu profond, ou bien qu'il n’en a aperçu qu’un aspect, ou encore qu'il l’a posé lui-même pour pouvoir le résoudre ingénieusement.

Ce n’est point parce que l’auteur nous aura expliqué la portée du paradoxe, que nous nous intéresserons davantage au mystère, à la partie insoluble de la Nouvelle. Les lecteurs veulent croire, veulent voir. Ils désirent que l’écrivain soit poète, et non précepteur socratique, qui, par la voie de la raillerie ou de l’absurde, accouche leur esprit débile. Personnages bernés, lecteurs bernés par l’auteur, voilà où aboutit trop souvent l'élément paradoxal de la Nouvelle chez les Romantiques. Dans la plupart des nouvelles de Tieck le destin se rétrécit aux hasards; les erreurs du sentiment se rapetissent à des déguisements ; l'énigme de la vie, de la nature dégénère en devinettes; un problème éthique devient comédie de mœurs et le génie de l'intrigue remplace le sens de la vie. Tieck reconnaît du reste avec une bonne foi qui désarme, que la Nouvelle, outre l'élément singulier, doit avoir une pointe épigrammatique,c'est-à-dire une sorte de thèse que l’auteur prouvera par les moyens dialectiques de l'ironie,et de la surprise (1). Il constate, non sans regret, qu'à certaines de

ses nouvelles manque cette pointe épigrammatique, cet

1. Cf. Kæpke. Tieck, ibid. Cette « tendance sans exagération » que demande Tieck, est devenue en fait, dans un grand nombre de ses Nouvelles, une thèse à la Dumas fils, qu’un « raisonneur » partois se charge de nous exposer.

LA DÉFINITION DE LA NOUVELLE hs)

inattendu C.Q.F.D. et il cite entre autres: Le Superflu de la Vie, l'un de ses meilleurs ouvrages, nouvelle où le fait singulier, paradoxal, revêt une valeur symbolique qui lui donne tout son prix. Ce récit présente une très forte unité; il est d’un seul tenant, et Tieck déplore, sans doute, de ne nous avoir pas cette fois dépistés, en changeant son point de vue en cours de route.

Cette pointe épigrammatique qui peut contredire ce qui précède, Tieck la cu isidère comme un des rouages essentiel; de la Nouvelle, quitte à reconnaître ensuite qu'elle fait défaut à plusieurs de ses nouvelles.

A le oien considérer, ce revirement piquant, ce tournant brusque (Wendepunkt) ressemble fort à une péripétie précédant de très près le dénouement. La définition de Gæthe, qui, dans sa brièveté pleine, notaitles éléments fonciers de la Nouvelle, est muette sur ce point. Ce revirement qu’exigeront à la suite de Tieck un certain nombre de théoriciens, M. Heyse, entre autres, constitue la seule notion, nouvelle en apparence, que l’on ait ajoutée à la définition de Gœthe. Mais si le poète de la Moselle ne la mentionna pas expressément, n'est-ce point parce que ce revirement, ou bien lui semblait, vrai et naturel, faire corps avec l'événement singulier, ou lui paraissait artificiel s'il ne sortait pas logiquement de ce fait unique, s’i sy ajoutait, comme par addition, sans être directe-

ment produit par lui, bref, s’il n'était qu’une invention

ironique de l’auteur. L’excellence d’une nouvelle ne dépend pas du revirement, parfois absent ou si faible qu’on le perçoit à peine. En général, le fait inouï implique le revirement, comme dans une synthèse s’enchaînent thèse et antithèse, action et réaction.

L'événement singulier, où qu’il soit placé, dominera toujours l'ensemble de la Nouvelle (1), mais il peut marquer l'apogée vers laquelle s’achemine la Nouvelle, ou l'endroit culminant, le point de départ d’où elle dévale. Et il peut aussi surgir au milieu de la Nouvelle comme un sommet entre deux versants. La Nouvelle avec un événement singulier, et peu avant le dénouement, un tournant brusque ne constitue pas la seule forme de Nouvelle, mais pour ainsi dire une des nombreuses trajectoires possibles dans ce genre.

M. Heyse compare la courbe de la Nouvelle à une spirale. Les circonvolutions semblent s'écarter de plus en plus du point de départ, mais le ressort détendu tout d’un coup se resserre autour du centre, si bien que le dénoùment, — la fin de la spirale, — vient se placer exactement au-dessous de l’autre bout, le début du récit. On se retrouve juste au point où la Nouvelle avait commencé. C'est là une des formes contingentes de la Nouvelle. On pourrait tout aussi bien la comparer à une balle jetée en l'air et qui en vertu de la force de projection, de la résistance de l'air, s'élèverait plus ou moins haut pour retomber parfois à son point de départ, et pour rebondir en

vertu de l'élasticité du sol et de la matière avec quoi elle

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