‹ La Nouvelle Individualiste En AllemagneChapitre 14 sur 110 · Briefwechsel, V. p.216; 10, III · texte numérisé non relu

Briefwechsel, V. p.216; 10, III

peut donner un événement, tout ce que peut rendre tel homme en proie à cet événement, et qu'il ne nous aura montré de l’un et de l’autre que ce par quoi ils s’influencent et se répondent.

Sans doute le nouvelliste se leurre souvent sur la portée de ce fait singulier, pivot de son ouvrage. Un événement peut lui paraître inouï, parce qu’il lui rappelle un incident décisif, une crise de sa vie ; ou seulement parce que ce fait imaginaire eût éveillé en lui, s’il s'était en effet produit, un retentissement profond, — c'est le cas de Hebbel — et, cependant, ce fait ne réussit pas à émouvoir le lecteur. Ou bien il exagère le rôle du hasard qui nous semble empiéter trop sur les actes des personnages tels qu'il nous les montre, et qui sont au-dessus ou audessous de ses prises. Ou bien encore il fait d’un personnage mystérieux, d'un beau ou laid ténébreux — comme Tieck — ou d'un héros qui a un secret — comme souvent M. Heyse — l’élément inoui de son œuvre. Mais cet incognito, ce secret manquent pour ainsi parler de singularité organique ; ils font partie du magasin d'accessoires du. roman-feuilleton.

Le véritable inouï de la Nouvelle peut se réclamer d’une illustre origine. Si le roman recueillit l'héritage du poème épique, il faut reconnaitre qu'il dépouilla pendant bien longtemps un des éléments essentiels de l'épopée : le

merveilleux.Maladroitement prôné,insuffisammentcompris

Par les poétiques des xvr°, xvir° et xvre siècles, le merveilleux ou plutôt les « machines » de l'épopée ont disparu ; mais le merveilleux véritable (forces de la nature,divinisées où non, en lutte avec l’homme et ressenties par lui) vit toujours, parce qu’il existera tant qu’il y aura des hommes. On le rencontre dans d’autres formes d’art, mais c'est dans la Nouvelle surtout qu'il se réfugia.

Gœthe appela d'abord, non sans raison, sa MVovelle : La Chasse merveilleuse. Un ami, parlant au poète de sa Chasse Romantique, faussait le sens du mot merveilleux. Qu'ils le découvrent dans la vie quotidienne, ou dans les lois mêmes de la nature (1), les Romantiques allemands ont l'intuition, le goût, ou l'obsession du miracle ; ils essaient d’en animer leurs nouvelles ; mais le miracle, avec sa valeur lyrique, ne se confond que rarement avec le merveilleux épique ; il prend sa source dans le moi. S'il y a dans les « Schicksaltragædien » une réminiscence de ce merveilleux mythologique, on le reirouvera, plus essentiel, dans ces nouvelles où l’auteur anthropomorphise le remords, comme autrefois l'imagination grecque fit les EÉrynaies.

Ce merveilleux épique donne à l'événement singulier de la Nouvelle une sorte de résonance, que n’a point le fantastique à la Hoffmann, ni le grotesque tel que l’entendait Victor Hugo. Nous relèverons sa présence dans la plupart des œuvres où seront étudiés avec plus de détails les éléments de la Nouvelle allemande.

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