‹ La Nouvelle Individualiste En AllemagneChapitre 20 sur 110 · Cf. Erlæuterungen, p · texte numérisé non relu

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se contente de dire, et seulement à la ligne (Lreize (1), qu'il s'était voué au commerce depuis sa tendre jeunesse.

Ce commerce, d'après le texte français, consiste à faire par mer l'exportation de « grosses » marchandises en pays étrangers, surtout à Alexandrie, Cela semble à Gœthe insuffisant pour caractériser l’activité et la perspicacité du négociant, L'auteur françeis, du reste, n’insiste que sur son activité, Il y revient à plusieurs reprises (2). Quant à l'intelligence, il dit une fois seulement : « Tant vecca ei epiendit au gouvernement des navires, à enlasser thesaur ef amonceler grandes richesses (3).» Pour que sa philosophie peu banale et singulièrement large ne nous surprenne pas trop tout à l'heure, il faut nous montrer le besoin d’activité de cet homme et son sens pratique; c'est un « business-man» et qui a du jugement. L'auteur français ne met pas ce dernier trait en valeur ; il lui semble que de sa grande richesse on puisse et doive naturellement conclure à sa grande intelligence. Cela est possible, mais non nécessaire ; l'intelligence des affaires ne prouve pas a priori l'intelligence de l'humanité ; ni l'intelligence de l'humanité ne commande Jintelligence des affaires, mais celte dernière prédispose à voir sous un jour pratique les questions qui intéressent l'humanité. Ces idées n’ont rien de transcendant et Gœthe eût pu les tirer de son propre fond. Mais il les trouvait en germe, dans son modèle,

Quels sont les mots de l'original qui firent saillir devant l'esprit de Gæthe l' « aperçu »? (4) Il est facile de les trouver, Après avoir dit les deux facultés essentielles de son personnage, Gœthe énonce les qualités moins importantes, moins générales qu'il introduit par (dabei) « à côté de cela il était habile marin ». Il trouve dans l'original français que le marchand menait et conduisait € grosses » marchandises par mer. Il insiste sur ce détail qui atteste l'initiative d'esprit : 11 s'embarquait lui-même, ne se contentont pas de faire le commerce de commission. Dans le texte français, le négociant ne semble s'adonner qu'à l'exportation ; le négociant de Gæœthe va à Alexandrie acheter au meilleur compte (erkaufen) ou, comme dans les pays de demicivilisation, échanger des marchandises précieuses.

Les mots : « estranges pays et spécialement en Alexandrie » suggérèrent à Gœthe une autre idée : quels sont ces autres pays où les marchandises orientales — le marchand de Gœthe ne va pas qu’à Alexandrie — seront revendues ? C’est son pays natal d'abord, et les contrées seplentrionales d'Europe. Il trouvera là un débouché d'autant plus facile et lucratif, qu'elles y sont, moins qu’en Italie, à la portée des habitants (5). Ce commerce qui s'étend à l'importation et à l'exportation dans les pays orientaux et septentrionaux l’a peu à peu enrichi. Le marchand, dans le texte français, est riche. Nous voyons, chez Gœthe, qu’il l'est devenu, parce que son activité fut persévérante el ingénieuse ; son commerce, demandant de l'initiative et de la prudence, l'intéresse et le passionne. Il faut que nous le sachions pour comprendre le désir nostalgique qu'il en a. Ce trait indispensable à la psy-

1. Nous citons le texe des Cent Nouvelles Nouvelles d'après l'édition de Wright.Bibl. Elzévirienne, 1857.

4. Cf. Gœthe-Jahrbuch, 1893. Richard M. Meyer : Gæthes Art zu arbeiten, p. 171.

5. Cette idée d’un commerce d'exportation avec le Nord de l'Europe était du reste naturelle de la part d'un Allemand, de Gœthe surtout, qui connaissait bien la vieille route commerciale, si fréquentée au moyen âge, entre l'Italie et l'Allemagne, par la Bavière. Un mot du texte peut aussi lui avoir donné l'idée de ce détail. Cf. p. 225, 1. 12-14... «Les veilles, peines, labours et ententes que tu as prins et porté tant par mer que par terre ! »

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chologie de la nouvelle, 1l se trouve aussi dans l'original, mais bien après(1). Le marchand est alors marié ; il pense avec plaisir que ses richesses ne seront pas perdues et qu'elles iront à ses enfants, et ce lui est, dit l’auteur, un plaisir beaucoup plus grand que celui qu'il prenait à les acquérir.

A celte place et sous une forme impropre,ce trail, subjectivement vraisemblable, rend illogique sa décision de reprendre le commerce actif.

Les trésors et grandes richesses du texte original, Gœthe n’y insiste pas encore, il nous les présentera par la suite (2, quand le marchand sera chez lui. Il dit seulement que le marchand n'ayant point eu le temps de se livrer à des distractions coûteuses, sa fortune s’en était d'autant accrue.

Le premier alinéa, sauf la phrase du début, était consacré au commerce. Le second, qui n'en semble que le développement, est surtoutune transition, habile, peu accusée.

Jusqu'à cinquante ans, le négociant, toujours Si occupé, n'eut avec la sociélé d’autres relations que des relations d'affaires. Il n'a jamais pris part aux plaisirs de sociélé. La fête à laquelle il va assister, fera donc d'autant plus d'impression sur lui.

Ilne se souciait point du monde ni des femmes qui en sont l'agrément, ou plutôt il ne s'en est occupé que pour utiliser à son profit leur goût des bijoux et parures ; en marchand avisé, il spéculait à l'occasion sur la vanité des femmes. Ceci prépare aux opinions assez dédaigneuses qu'il exprimera sur leur compte.

Ces traits complètent la physionomie du marchaad; Gœthe peut en avoir eu l'intuition en lisant l'original, où quelques pages plus loin, le mari dit, entre autres choses, à sa femme :« Les beaulx et riches vestemens, anneaux, ornemens, et toutes les aultres précieuses bagues dont vous este parée et ornée plus que nulle aultre de ceste cilé, comme bien savez, ai-je achatez du gaing et avantage que j'ay fait en mes marchandises (3).» Quant à lindifférence narquoise qu'il ressentait pour le beau sexe, l'auteur français la lui fait déplorer dans un passage du premier monologue (4).

Gœthe décrit la fête publique avant la solitude morale du marchand, et devance donc ici son modèle. C'est toujours en vertu du même art des préparations, qu'il suit celte voie inductive et va toujours en crescendo. On peut, un peu plus loin, faire la même remarque (5). La nostalgie de la navigation, c'est la vue du port avec le mouvement des arrivants et des partants, qui l'éveille dans l'âme du marchand, Comme ici, la sensation est la cause, tout au moins extérieure, du sentiment, elle lui donne le branle, manifeste ce qui jusque-là était sans doute latent. Et dans les deux derniers alinéas, c’est bien, au fond, le même phénomène que Gœthe nous présentera : chez cette femme en qui prédominait la sensation, le sentiment réapparaitra d'autant plus énergique que, par suite de sa débilité, ses sensations deviendront plus faibles, L'enchainoment entre sensation et sentiment est un simple rapport de causalité; l'intensité de l'effet ne dépend pas forcément de celle de la cause.

Le conteur français enchaîne beaucoup moins l'un à l'autre les divers éléments de son récit, IL juxtapose et se montre beaucoup plus déductif. A cinquante ans, le marchand est « prins subitement d'une très aigre douleur », parce qu'il n’a pas d'héritiers. IL assiste, sans doute pour se distraire, à la fête de gymnastique, et sa douleur n’en devient que plus cuisante. Cela est possible, mais littérairement parlant, cette évolution ne semble pas aussi logique ni aussi motivée que celle inventée par Gœthe,

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