‹ La Nouvelle Individualiste En AllemagneChapitre 24 sur 110 · PRE · texte numérisé non relu

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jeune femme sur l'équité de sa résolution, sont déjà, en un tel débat, passablement ironiques. La conclusion de cet exorde « juridique » a aussi, pour tout autre que pour la jeune femme, un accent humoristique... « Mais quand un mari, Conscient de ses torts permet, en termes exprès, à la femme qu'il laisse soule, ce qu’il ne peut pas lui défendre... »

Après avoir ainsi traité froidement la question de droit, le jeune homme, bon comédien, Change de mine et de {on, regarde « avec des regards tout autres la belle amie qu'il prend par la main ». foi commençait le discours dans le texte français, Dans l'expression du bonheur que manifeste le jeune homme, le poète allemand a supprimé les remerciements à « Dame Fortune ». Sans doute l'inclination de la jeune femme s'est portée par hasard sur le procurateur. Mais il n'est, point nécessaire de le rappeler et il vaut beaucoup mieux, comme dans l'allemand, que le procurateur remercie directement la jeune femme. Dans ce passage, le jeune homme atténue avec galanterie les mots employés par celle dont il ne prétend être que le dévoué, tendre et discret serviteur ; et il exagère un peu cette félicité dont Jusqu'ici il n'avait pas la moindre idée.

Cet exorde, si court soit-il, sufñt à donner au « prokurator » une supériorité intellectuelle qui manquait à ses devanciers. Il répugnait à Gœthe de faire de lui un parangon de vertu, et comme il ne voulait point non plus le présenter comme un niais, il nous l'a montré un peu comme un Ami des Femmes, spirituel, expert en la connaissance du cœur féminin, et qu'une expérience aussi neuve, aussi piquante, séduit, et intéresse beaucoup plus que les jouissances faciles d’un amour qui s'offre avec le visa et l'approbation de l'époux. L’admiration qu'il nourrit pour ce dernier ne laisse pas d'être assez méprisante, el l'honneur de cette jeune et belle femme l’intéresse davantase que celui de l'étrange mari.

La consultation juridique, Gœthe ne l’intercale pas ici pour caractériser, par le langage professionnel, le Jeune magistrat, Le métier du procurateur ne présente point pour la nouvelle la même importance que celui du marchand; ses actes ni ses pensées n'y sont subordonnés. Son langage technique n’est là que pour l’inlerlocutrice à qui il impose. L'écrivain n’a pensé à cette succincte caractéristique professionnelle, qu’en apercevant l'effet qu'il en pourrait tirer. S'il n'était osé de prétendre lire dans le cerveau du poète, on pourrait supposer qu’un mot de l'original français Jui donna l'intuition de cette trouvaille, Le sage clerc emploie au milieu de son discours le mot « dilacion » qui pouvait susciter chez l'avocat Gæthe ces idées empruntées au droit romain.

Le conteur français ne note jamais au cours des dialogues l'impression des discours sur l'auditeur, Nous voyions que dans le dialogue entre mari et femme, Gœthe vivifie, dramatise l’entretien, en indiquant brièvement les gestes des interlocuteurs. Ici encore il ne néglige pas de tirer parti de ce procédé artistique. Le sage clere, en français, exprime son bonheur et passe aussitôt à son : « mais hélas, il ÿ a un empêchement. » Gœthe a mis un arrêt entre ces deux parties du discours. La jeune femme tranquillisée cet enhardie par les déclarations du procurateur lui montre très vivement sa sympathie (1) : Elle lui serre les mains, s'approche {out près de lui, et incline sa tête sur son épaule. Ils restent ainsi un moment, silencieux, après quoi le jeune homme s’écarte doucement et, en bon tartuffe, substitue aux masques graves et joyeux de tout à l'heure le masque triste. Il avoue qu'il n’a pas le droit pour l'instant, de s’abandonner aux sentiments si doux qui l'animent. Il faut qu'il se fasse violence, Et avec une feinte mélancolie il ajoute {cela ne se trouve pas dans le texte français) : « Ah | si seulement ce délai ne me

ravissait pas mes plus belles espérances ! » En revanche, il supprime un trait du vieux texte, La belle demande, en français « tresdolente » (1), chez Gœthe, « anxieuse», quelle est la caus2 de ces singulières paroles(2), de cet empêchement, « pour y remédier s’elle povoit. »

Vient ensuite chez les deux auteurs le récit de la vie passée du jeune homme et des circonstances au milieu desquelles il fit son vœu, puis la proposition adressée à la jeune femme, de bien vouloir assumer une partie des obligations. L'auteur français, fidèle à sa technique rudimentaire fait réciter d'une seule traite à son clerc ce long morceau (3). Gœthe le partage en deux parties, entre lesquelles il place un temps de repos, pour permettre à son « prokuralor » de juger de l'effet de ses paroles et d'y accommoder ce qui lui reste à dire, Même procédé qu'auparavant dans la première partie du premier discours. Le jeune homme s'était d’abord efforcé de calmer son interlocutrice, en lui faisant admirer sa sagesse et sa science. Ensuite il l'avait laissée s’engluer à ses démonstrations d'amour tendre et dévoué, auxquelles elle répondait par des caresses et des câlineries. Il faut maintenant qu'elle soit personnellement attachée au « prokurator», pour qu'il puisse exiger d'elle les plus durs sacrifices.

Gœthe accommode au caractère du prokurator les détails de la vie d'étudiant à Bologne (4). Au lieu d’une sédition un peu vague, au lieu d’un cul de basse-fosse où, bien qu'innocent, il pensa perdre la vie, Gœæthe assigne à son vœu une cause beaucoup moins romantique, moins italienne peut-être. Il s’est surmené avant ses examens ; sa vie, contrairement à ce que raconte le sage clerc du vieux texte, n’a pas couru de danger. Gæœthecorrige expressément son modèle, parce qu'un tel mensonge lui semble inutile et vain, Mais sa santé, ses nerfs se trouvaient si déprimés, il endurait de si vives souffrances qu'il a fait alors un vœu à la madone. Il a obtenu sa guérison, ef doit jeûner un an et s'abstenir de toute jouissance quelle qu'elle soit. Le € prokurator » en racontant son vœu n'insiste point encore sur le détail de ses promesses, [l veut d’abord s'assurer de l'impression que produira son récit sur son anxieuse interlocutrice. Une fois sûr d'elle, il reviendra à deux reprises sur les conditions précises de ce vœu. Cette répétition (5), la seule dans tout le récit de Gæœthe, est motivée par l'importance on peut dire thérapeutique de ce jeûne. Pour l'instant, l'avocat essaie de dorer la pilule. Au lieu de s’exprimer un peu vaguement, comme dans le texte français : « j'ai déjà fait la plus grande partie de l’année et il ne m'en reste guère », il dit : « J'ai déjà fidèlement accompli mon vœu pendant dix mois, et cela ne m'a pas paru long, parce que, au prix du grand bienfait que j'avais obtenu, il ne m'a pas élè pénible de me passer de maintes bonnes choses auxquelles J'étais habilué el que je connaissais, » Gœthe,en même temps qu'il prête au « prokurator » une haute valeur morale, annonce et prépare ainsi les réflexions que fera au dénoûment la jeune convertie. L'habile orateur ajoute encore un hommage indirect à la jeune femme. « Comme les deux mois qui restent vont désormais me paraître interminables ! »

Gœthe arrête ici le discours (6) pour nous montrer la moue déconfite de l’auditrice, Le jeune homme, cependant, pèse ce qu'il va dire, Comme dans le texte français, il doit proposer à la jeune femme de se charger d’une partie du vœu, Mais le « sage clerc » le lui propose directement, ne doutant pas qu'elle n'acquiesce, Landis que le procurateur veut amener la jeune femme à se dévouer d'elle-même, Il use de tous les procédés rhétoriques que sa profession semble lui avoir rendu très familiers : « J'ose à peine faire une

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