‹ La Nouvelle Individualiste En AllemagneChapitre 28 sur 110 · Taie, Histoire de la Littérature anglaise. V. p · texte numérisé non relu

Taie, Histoire de la Littérature anglaise. V. p

tranché entre action et caractères, puisque l « action » n’apparaît que comme une suite d'actions, et que les caractères s'expriment et se démontrent par l’action. Pour étudier les caractères dans la Nouvelle, il faut étudier la carac-

téristique des caractères, aussi bien que celle des actions.

Dans les contes ou fableaux du Moyen Age, les héros semblent être plutôt les locataires que les propriétaires de leurs actes. On peut assez facilement, dans le mème décor, remplacer ces figurants par d’autres ; ou bien ils peuvent changer de costume, sans que l’action s’en trouve modifiée. Dans la Nouvelle moderne se manifeste un progrès de la caractéristique, de l’individualisation ; dans les nouvelles du xv°, xvi° et même du xvrr° siècle, la caractéristique, faible encore, ne fait pas corps étroitement avec les personnages. La comparaison du Sage Nicaise et du Procurateur nous l’a prouvé. Dans le récit du vieux conteur, le sexe des trois protagonistes semble presque leur seule caractéristique. On pourrait transposer le milieu où ils vivent, leurs professions, faire du marchand, par exemple, un seigneur partant pour la croisade, ou de son épouse une femme de trente ans, sans que la Nouvelle prit un aspect sensiblement autre. Leur caractère a peu de relief ; on le sent malléable. Les personnes ne font point saillie, ne se distinguent pas décidément d'autrui. Elles n’ont point ce yroakrho Qui semble unique, comme celui d’une œuvre d’art

tirée à un seul exemplaire, et dont on aurait brisé la forme.

Pour se souvenir d’eux, il faut d’abord se remembrer l’histoire où ils jouèrent un rôle, tandis que le procurateur, la marquise, Mergel, Brigitte, le ménétrier, Mozart, Apollonius se dressent devant nous, individualités distinctes, que nous reconnaissOons, que nous connaissons, et que nous savons capables d’agir de telle ou telle sorte. L'auteur sut si bien nous mêler à leur intimité, qu’au besoin, nous répondrions de leurs actes. Dans notre souvenir, ils se sont émancipés du sujet ; le sujet s’est fondu, en l’enrichissant, dans leur personnalité.

Ces progrès de la Nouvelle, au point de vue: Caractéristique, frappent davantage, parce que ce genre, de par son individualisme, semble plus particulièrement moderne. Il est lié aux progrès réalisés par la psychologie, dont l’esprit d'observation forme la base. Un critique remarque très justement, que l’histoire du roman allemand suit une marche parallèle au développement du dialogue et de la caractéristique (1). La Nouvelle profita d'autant plus de ce double développement, que, renonçant souvent, pour des raisons techniques, à l'emploi du dialogue, sa caractéristique bénéficia cependant des progrès psychologiques et artistiques qu'il réalisait.

Le dialogue, dansla littérature comme dans la vie, sert à caractériser ceux qui parlent, et, plus fréquemment encore, ceux dont on parle. La Nouvelle rend assez rarement les paroles mêmes des héros, mais lorsqu'elle le fait, ces paroles recèlent une force évocatrice; elle peut, assez

souvent, se passer du style direct, en nous faisant assister

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