‹ La Nouvelle Individualiste En AllemagneChapitre 29 sur 110 · RtEmanN. Op. cit., p · texte numérisé non relu

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DSP] CHAPITRE V

aux eflets des discours qu’elle ne transmet pas, aux actes qui en résultent, ou bien, en nous montrant comment ils se reflètent sur les personnes qui les entendirent.

En outre, la caractéristique de la Nouvelle s’inspire de celte tendance qu'ont les gens cultivés à caractériser, à définir, en quelques mots, dans la conversation, les personnes dont on parle,et surtout celles dont ils firent récemment connaissance. C’est pour eux une sorte de besoin, de trouver les traits caractéristiques qui distinguent les nouveaux venus, de noter en quelques mots suggestifs l’impression d’ensemble.

Le développement du dialogue dans la littérature allemande marche de conserve avec l’affinement psychologique de la conversation. Instrument d'observation, il favorise indirectement la caractéristique dans la Nouvelle, et permet de saisir les détails symptomatiques.Ilapporte ainsi au tempérament allemand porté à la méditation, le don nécessaire au genre nouvellistique, de l'aperçu pittoresque et ramassé,. [l force l’esprit qui s’adonne, qui s’abandonne, par instinctet avec joie, à la contemplation profonde, mais subjective de l'individu, à résumer, objectivement, ce qu'il a longuement considéré. L'amant d'un caractère doit pouvoir le caractériser, comme un critique et comme un juge. Ces deux opérations intellectuelles apparaissent l’une et l’autre également indispensables à la Nouvelle: si on les trouve rarement réunies, c'est qu'elles restent diverses, contradictoires, et exigent que l’auteur se fasse violence à luimême: Poète, il s'est réjoui peut-être de la plénitude de sa vision, d’où, nouvelliste, il ne devra extraire que quel-

ques aperçus. L'art de la caractéristique dans Ja Nouvelle

comme tout art, exige un choix, mais plus rigoureux et plus sûr qu'ailleurs. Quelle vie offrait à un poète comme Mœrike une plus riche matière que celle de Mozart, et, cependant, durant les trois années de gestation, de l'été de 1852 au printemps de 1855, on voit l'écrivain souabe accourcir sa nouvelle pour atteindre enfin l'effet cherché : < représenter (darstellen) l’individualité de l'artiste. » (1)

Pour arriver à la représentation plastique des caractères, le nouvelliste a, comme point de départ, la contemplation de ses personnages. Pour les comprendre, il les voit, les regarde, pénètre leur âme, sent avec CUxXPELl oublie, pour un temps, sa propre personnalité ; 1l leur immole son moi, vit leur existence et pénètre, pour ainsi dire, jusqu’à ce foyer vital qui alimente la vie de chaque homme, et qui ne se laisse ni analyser, ni définir. Il en a l'intuition (Anschauung). Dans un compte rendu que Gœæthe apprécia fort, Kœrner écrivait à propos de Wilhelm Meister que « le caractère n’était pas seulement le résultat d’une suite d'événements, comme la somme d’une opération d’arithmétique, ni le destin seulement l'effet du caractère en question. L'élément personnel, ajoutait-il, se développe, se dégage spontanément d’un germe insoluble ; les événements extérieurs ne font que favoriser ce développement. » (2) Lorsque le nouvelliste se sera identifié avec l’élément foncier dans le caractère

de ses personnages, il ne cherchera point à l'expliquer ;

1. Correspondance de Mœrike, t. Il, p. 260, lettre à Maximilien II de Bavière.

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