Horen
JS CHAPITRE V
mais il saura quels effets tangibles on doit en attendre ;
et il pourra dire avec Schiller :
Hab'ich dés Menschen Kern erst untersucht,
So weiss ich auch sein Wollen und sein Handeln.
Il nous faut examiner maintenant de quelles ressources dispose le nouvelliste, qui passe, déductivement de la contemplation à l'observation. Si l'écrivain maîtrise son art, s’il atteint son but, le lecteur doit pouvoir par la voie inverse de l'induction, remonter des faits, du détail, à leur cause commune, et jouir d’une vue synthétique des personnages.
La Nouvelle, comme on l’a déjà vu, emploie assez rarement le dialogue, parce qu’il marque, presque toujours, sinon un repos dans l’action, du moins une discussion et donc un arrêt dans ce mouvement rapide qui donne à la Nouvelle son allure vivante. Le dialogue dans la Nouvelle sera dramatique, ne servira pas seulement à peindre le caractère, mais à motiver une action, comme dans la scène du Procurateur, où le marchand donne à sa femme ce singulier conseil, comme dans celle entre la marquise de O*** et son père, comme dans la scène où Honorio implore la princesse, comme dans celle où Frédéric Mergel répond à sa mère que les gardes-forestiers sont des vo-
leurs, comme au dénouement de Brigitte, lorsque le ma-
jor dit devant l'héroïne : Je n’ai pas de fils, moi! comme dans les scènes tragiques, toutes grosses d’actions imminentes, entre Fritz et sa femme, entre Nettenmair et Fritz entre Apollonius et Fritz. Par contre, les dialogues philosophiques, littéraires, moraux, artistiques, très fins souvent et agréables, empêchent la plupart des Vouvelles de Tieck de mériter vraiment ce nom: ils ne font point avancer l’action d’un pas. Lorsque le vieux maître romantique s'élève au-dessus de ce dilettantisme didactique pour écrire ses plus beaux ouvrages, Vittoria Accorombona, par exemple, les conversations ne pullulent plus dans son récit ; il laisse parler les faits.
Le nouvelliste s’efforce donc de ne point prêter à ses héros des paroles que l’on pourrait, au point de vue de l’action, qualifier de : désintéressées. Sans doute, les mots qu'il rapporte peuvent ajouter un trait à l'évocation du caractère de celui qui parle, mais il faut en même temps que ces mots corroborent l’action, qu’ils sonnent à l’unisson de l'élément inouï, qu’ils fassent partie de l’orchestration du thème, le rehaussent et concourent à l’impression d'ensemble. Ce sont, pour employer une expression de Jean-Paul, les mots-racines du caractère (1), mais avec la répercussion dans le présent, propre à la Nouvelle.
Le : « Oui, Conrad », de Sanna dans Cristal-de-Rockhe,