‹ La Nouvelle Individualiste En AllemagneChapitre 36 sur 110 · Cf. Rudolf Lehmann : Poetik · texte numérisé non relu

Cf. Rudolf Lehmann : Poetik

ment, il suffira du contraste que font avec lui quelques faits ou événements vulgaires, pour le mettre en pleine lumière. Moins leurs actes leur coûteront de peine et de volonté, plus la singularité de leur caractère se manifestera. Leurs actes leur seront, à eux aussi, dictés par la nécessité de revendiquer les droits de leur individualité, de leur génie, mais cette réaction, cette revendication se traduira par des états d'âme « égoïstes », d'où l’on ne saurait tirer un drame.

Pour les héros des autres nouvelles la lente évolution de caractère que note d'ordinaire le roman semblera presque impossible. L'auteur doit les montrer dans une réaction, où ce qu'il peut y avoir en eux de passif, disparaît. Les caractères, ou bien sont encore malléables comme celui de la marchande italienne, de Josèphe dans le 7Tremblement de Terre, ou déjà arrêtés, fixés (marquise, Brigitte, Sanna et Conrad, Apollonius). Mais dans les deux cas, la révolution dont ils sont l'acteur principal, ne passe point sur eux sans laisser de traces. Qu'ils périssent ou qu'ils vivent, leur individualité demeure vaincue (1); leur caractère est « purgé » de cette force réactive où,une fois, s’est concentrée toute leur énergie avec une ingénuité qui la faisait paraître spontanée, Par là encore, par cette maturation rapide qui souvent équivaut à leur anéantissement, les caractères nouvellistiques s'approchent beaucoup plus du drame que du roman. Après la crise tragique de la Nouvelle, les héros sont mûrs pour la médiocrité.

1. C'est ce qu'O. Ludwig appelait justement, (parlant de la tragédie) «le naufrage du caractère» (der Untergang des Charakters), VIS pe 100

La Nouvelle n'offre point, sans doute, la complexité du drame ; elle concentre son effort sur une situation d’où émane, nécessairement, l'énergie du héros. Des deux mouvements dramatiques de la force de volonté, que Freytag dénomme: Ausstræmen und Einstræmen der Willenskraft (expiralion et aspiration de la force de volonté), elle utilise, en opposition avec le roman, le premier au détriment du second, mais cette situation demeure, qu’elle donne lieu ou non à des scènes dramatiques, une situation tragique. Le sujet, pour ainsi dire, de la situation, si singulier soit-il, est encore sans valeur ; on peut imaginer une solution comique ou dramatique ; cette situation ne devient tragique, et ne revêt sa valeur spécifique,nouvellistique, que par la qualité individuelle du caractère qui y est engagé. La Nouvelle, sur ce point, s’'émancipe encore du sujet ; ce que Hebbel disait du drame, pourrait s’appliquer avec uneégale justesse à la Nouvelle: « Le drame, tel que je l’entends, n'apporte point d'histoires nouvelles, mais bien de nouveaux rapports (1).» Pour une situation donnée, qui n’estpas forcément neuye,le nouvelliste devra trouver la manière inédite dont se comportera le héros, La mème maladie peut provoquer chez différents individus des crises diverses.

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