Spielhagen. Beitræge, pp
de principes a priori, cette idée implique, essentiellement, une théorie des genres. Si l’on envisage de ce point de vue le Zaocoon, la Dramaturgie de Lessing, ou bien le mémorable essai de Humboldt à propos de /ermann et Dorothée, ces ouvrages didactiques apparaissent surtout comme des délimitations de frontières.
Mais cette tendance à l’esthétique constructrice intéresse davantage, — parce qu’elle semble alors plus spontanée et partant plus nécessaire — lorsque nous la rencontrons chez des esprits vraiment créateurs. La correspondance de Gæthe et Schiller nous présente une suite de contributions désintéressées aux questions de la théorie des genres. Spielhagen, dans ses Beitræge, va plus loin que ses devanciers. Le champ de son observation — roman et nouvelle — (et accessoirement : drame), ne laisse pas d’être moins vaste, mais il prétend tirer de ses expériences, et du principe d'où elles procèdent, des conclusions au nom desquelles ilcondamnerait volontiers le génie qui n’a cure de théories. Rien à cet égard n’apparaît plus significatif que le passage suivant : «... die theoretische Schulung kommt dennoch der Kunstübung auf das herrlichste zu gute. Und so ist es gewiss kein Zufall, dass wir neben unserer eigentlichen Romanliteratur eine Novellendichtung haben von einer Fülle und stilvollen Schænheit und Reinheit, mit der sich, was andere Nationen in diesem Genre erzeugen, auch nicht annæhernd messen kann (1).» Ces
quelques lignes, outre qu'elles indiquent nettement l’im-
1. Spielhagen, Bertræge, p.263. Dans le texte allemand les mots caractéristiques ne sont pas en italique.
portance de la Nouvelle en Allemagne, montrent avec quelle jalousie le célèbre romancier défend cette pureté des genres, qui lui semble la garantie, et, pour un peu, la cause efficiente des chefs-d’œuvre.
Sans doute, ilestindéniable, comme Spielhagen le remarque dans cette même page, qu'une villa et un palais ne reposent pas sur le même fondement; mais faut-il, au nom d’une vérité de La Palisse, conclure avec ce critique que la Nouvelle française demeure bieninférieure à l’allemande, parce que « en France on n’établit guère de différence théorique entre Nouvelle et Roman » ? Ce n’est point cependant sans raisons que l’on voit Alfred de Musset et Maupassant faire le départ entre leurs « Contes » et leurs « Nouvelles », et le dernier de ces écrivains a magistralement prouvé dans ses préfaces et dans des comptes rendus critiques que la théorie de son art lui était familière et l’intéressait. Lorsqu'un auteur (1) qui n’est pas seulement un critique, mais un romancier et un dramatiste note les différences de ce que l’on pourrait appeler le roman biographique et le roman-drame, ne délimite-t-il pas, sous d’autres vocables, les territoires du Roman et de la Nouvelle ? Sans doute, ces études techniques, et surtout celles qui sont dues à des gens du métier, à des artistes créateurs, ne foisonnent pas en France, et M. Émile Faguet rendant compte du livre : Sociologie et Littérature, de M. Paul Bourget (où se trouve un article sur Balzac nouvelliste) semblait souhaiter qu’elles devinssent plus fré-