‹ La Nouvelle Individualiste En AllemagneChapitre 45 sur 110 · Cf. Ehrhard : Grillparzer · texte numérisé non relu

Cf. Ehrhard : Grillparzer

trouvait exprimée dans Le Tasse, de Gæœthe, sa conception des rapports du poète avec le monde (1). Il pensait que le sublime idéal qui l’animait, ne se laissait jamais traduire, sans être défiguré, dans la vie réelle, et que la réalité pratique souillait les idées les plus pures. Une de ses héroïnes « meurt de la réalité » (2). Cette idée, chère entre toutes au poète, s’incarne, en un nouvel avatar, dans Le Pauvre Ménétrier. L'amertume incurable de Grillparzer s'exprime ici sous un symbole d'autant plus touchant, que la contexture en semble plus modeste. Que le poète se soit efforcé dans ses drames, de réaliser son idéal le plus élevé, qu'il ait cherché à distraire et à égayer le public dans une comédie, ce qu’il atteignit, apparaît pitoyable, ridicule, au prix de ce dont il avait la vision. Sa vie se poursuivit, solitaire, au milieu de la mésintelligence, et parfois des huées publiques. Il conserva la foi en son idéal, et, cependant, sa nouvelle nous révèle ses doutes, son acte d’humilité. L'art demeure beau, mais il lui reste inaccessible. Quelques pas à peine le séparent du misérable violoneux; une immensité les sépare tous deux de la cime. Heureux, du moins, le ménétrier qui marche tout vivant dans son rêve étoilé, tandis que d’autres souffrent de leur clairvoyance. Cinquante ans plus tard, un autre dramatiste, Ibsen, abdiquera avec la même lassitude, les fiertés créatrices, et à l’œuvre de sa vie donnera cet Épilogue désenchanté: Quand nous nous réveil-

lerons d’entre les morts. Que reste-t-il des rèves super-

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