Eckermann. Gespræche mit Gœthe, 18 janvier
292 CIIAPITRE VI
la Nouvelle n’est elle-même que la forme extérieure d'une forme intérieure, d’une certaine conception. Ici encore, nécessité et besoin créent l'organe. Hebbel écrit très justement : « Je n’ai jamais senti si profondément les contrastes des genres,et je me réjouis presque autant du gain fait par ma cognition, que des productions que je dois maintenant à ces genres (1). »
L'exemple d'Otto Ludwig pourrait illustrer ces mots de son rival ; sa lutte acharnée pour arriver à conquérir la clarté sur ce qu'est le drame, la poésie épique, l’induisit à faire de ces luttes mêmes sa géniale nouvelle. Voulant se libérer d’un combat qui avait ébranlé sa vie, Gœthe, après une longue incubation, se sentit contraint d'écrire la Novelle, parce que l’idée ne pouvait en être projetée que dans cette forme : « On sent en la lisant qu'elle s’est détachée du tréfonds de mon être (2). »
Pour que la Nouvelle possède pour ainsi dire cet état d'âme foncier, le sujet doit avoir été vécu intimement par le poète. C’est à ce prix, grâce à la vérité subjective, qu'elle acquiert la vérité objective. « Das Schaffen des Dichters beruht überall auf der Energie des Erlebens (3). »
En d’autres termes, la création d'une nouvelle marque dans la vie du nouvelliste une réaction analogue à la réaction nouvellistique que nous tâchions de mettre à nu au