Hebbel, Tagebuch, n° 1017, 7 mars
3. Le 27 février 1827, Gœthe parle avec Riemer de la Novelle, et des qualilés propres à ce genre en général.
Quel effet produit sur l'homme, dans notre société civilisée, le déchaînement d’une force élémentaire ?
Que deviennent en face d’un de ces 6sounv!: nos petites adresses, nos mesquins soucis, nos chasses apprivoisées ?
Comment l’homme manifeste-t-il sa nature vis-à-vis de la nature ? Comment réagit-il contre le cataclysme ?
Qu'il tienne tête au danger, ou qu’il succombe bravement; qu'il le conjure par la foi, la naïveté ou qu’il le méprise en s’y soumettant ; ou que l’homme enfin triomphe de l’élément : en se surmontant, il surmonte tout.
Sois ton maître et non ton esclave.
Surmonte-to1!
Non seulement les nouvelles de Gœthe, Procurateur, Ferdinand, Le Quinquagénaire, se ramènent à ce type, mais toutes les œuvres où le genre que nous étudions trouve sa forme la plus parfaite, la plus accusée. La Nouvelle est
une forme typique de l’individualisme.
Cette crise, dans laquelle se manifestera l'individu, prend dans chaque nouvelle l’apparence d’un problème distinct. Mais c’est la réaction étudiée plus haut, qui en forme le ressort essentiel, Libre à l’auteur de la vètir d’une manière
plus ou moins riche. L’étendue de l'ouvrage, nous le remarquions déjà, n’a pas en soi de valeur spécifique.
Si Les Affinités Électives ne semblent à certains critiques qu’une nouvelle développée, au prix de Wilhelm Meister (1), ce mème Wilhelm Meister ne paraît pas à d’autres (2) réaliser encore parfaitement cette « totalité » du roman, au prix de Don Quichotte.
Et, d'autre part, les avis diffèrent sur la question de savoir si Les Affinités sont un roman, parce qu’elles « représentent d’une façon tragique une question vitale, l'essence du mariage » (3), ou parce qu'elles « placent un thème nouvellistique au milieu d’une vie sociale richement organisée (4).» Est-ce le milieu ou le problème qui crée le roman? Ou le problème ne relève-t-il pas plutôt du roman, parce qu’il est « social », parce qu'il reflète la société et les problèmes qui l’intéressent directement, ainsi que nous le disions au début de ce chapitre.
La Nouvelle est un duel en champ clos, où le héros agit pour lui, à son propre compte ; provoqué, il se défend, il n’a pas le temps d’atermoyer, ni de chercher à concilier un adversaire, qui, négligeant les préliminaires, a pris l’offensive.
Et quel est cet adversaire? Une force élémentaire, force de la nature, inanimée ou humaine ; une foule ou un instinct déchainé.