‹ La Nouvelle Individualiste En AllemagneChapitre 66 sur 110 · Hebbel. Tagebuch, 22 juin 1838, n · texte numérisé non relu

Hebbel. Tagebuch, 22 juin 1838, n

I. — Pendant une excursion estivale en 1848, dans les montagnes de Salzbourg, Stifter voit un jour deux petits enfants aux joues rouges débusquer d’un groupe de rochers. Ils ont d'immenses chapeaux de feutre tout dégouttants de pluie ; aux mains, de petits paniers remplis de fraises qu'ils offrent au poète et à son ami. Le poète achète la cueillette, et puis donne les fraises aux deux petits. Avant de les laisser partir, il leur demande de raconter comment ils se laissèrent surprendre par l'orage dans la montagne.

II. — Le lendemain, par suite du mauvais temps, l’écrivain se voit forcé de rester à la maison avec son hôte, Simony.Ce dernier montre au poète ses collections minéralogiques, ses dessins : un surtoul frappe Stifter qui le considère longuement. C'est la reproduction d'une grotte de glace sous un glacier,que Simony a découverte et dont il a fait un croquis.

III. — Après ces deux visions intenses, mais distinctes, se produit la synthèse créatrice : les deux enfants dans la grotte de glace, théâtre de la scène culminante dans Cristal-de-Roche (1).

1. Cf. Alois Raimund Hein. Adalbhert Stifler, sein Leben und seine Werke. Prague, 1904, p. 323-326.

LA CONCEPTION DE LA NOUVELLE sy

Autre exemple: Grillparzer déjeune pendant de longues années dans un certain restaurant de Vienne, où assez souvent vient jouer un ménétrier, vêtu d’habits misérables, mais admirablement propres ; ses gestes falots font un effet d'un comique touchant ; quand on lui donne une obole, il remercie par une courte phrase latine. Puis les apparitions du violoneux au restaurant cessent brusquement. En 1830 survient l’inondation du quartier avoisinant la Brigittenau. Grillparzer sait que le ménétrier demeurait de ce côté-là et en conclut qu'il a probablement péri dans le désastre. (1)

L’immense chapeau de feutre des enfants ; les gestes falots du vieux, voilà pour les deux artistes, le premier embryon de leur nouvelle. Au fond, une jouissance artistique, esthétique, éveillée par une sensation, et bientôt agrandie par le sentiment, la sympathie. Ici se vérifie une parole de Grillparzer lui-même : « Chez un poète les pensées vont de la tête à la pointe des doigts en passant par le cœur. » (2)

Grâce à l'invention et à l’association des idées, la contemplation intellectuelle et sentimentale va maintenant

développer ce germe. Les caractères se dessinent, comme

1. Ludwig August Frankl. Zur Biographie Franz Grillparzers, 2e édit. augmentée. Vienne, Pesth, Leipzig, 1884, p. 47. 2. Tbid., p. 33, à propos de Hebbel, dont Grillparzer dit que les

idées vont sans intermédiaire de sa tête à ses doigts.

328 CHAPITRE VIl e, » » U Lu spontanément dans leur conséquence logique. L'auteur

n’a plus qu’à se laisser surprendre, comme dit Grillparzer, (1) à voir par les yeux de ses personnages, à écouter leurs paroles, (2) la révélation des actes qu'eux seuls peuvent accomplir.

L’ami de Stifter lui a raconté sa promenade au glacier, et le poète est maintenant persuadé que ce sont les enfants qui firent cette périlleuse excursion, ce voyage. La pluie tiède de l’été est évidemment cette neige qui menace de les recouvrir sous son linceul. S’ils semblaient si petits sous leurs immenses chapeaux de feutre, c’est, sans aucun doute, parce que, points de vie minuscules, ils faisaient un contraste saisissant avec la majesté immobile, indifférente, glaciale, avec la solitude énorme de la montagne ? S'ils mangent avec joie leur cueillette de fraises bien payée, le poète les voit buvant dans la grotte de glace cet extrait de café, qui les enfièvre et les garde du sommeil mortel.

Les gestes du ménétrier disent à Grillparzer les amours malheureuses de son héros ; les citations latines, sa vie manquée ; la propreté de sa mise lui révèle l'idéal trait de craie.

D'une vision physique sort la vision intérieure, qui crée les caractères d’où, à son tour,se dégage l’action. Le désir enfante l’idée. Le poète a vu, devant soi, son héros ; il se le représente. Il désire le savoir, le saisir. Le nouvelliste

enfin cherche à le comprendre ; à étreindre cette vie qui

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