Spielhagen. Dorfhokelte
2, P. Heyse. Treu his in den Tod.
La Nouvelle sans doute a ses conventions, mais nous nous en apercevons à peine, si le nouvelliste sait nous tenir sous le charme, concentrer notre attention sur la façon unique dont il nous présente hommes et choses.
Il est entendu tacitement que la femme du marchand (Procurateur) n’a point d'enfant, et que, si elle mettait en pratique le conseil de son mari, elle n’en aurait pas davantage. La stérilité de cette femme semble tout aussi nécessaire — et conventionnelle — que la fécondité du viol. (Marquise\ Et puisque le mari (Procurateur) dit à sa femme : « Succombe >», nous savons qu’elle ne succombera pas. Convention aussi, lorsque dans Za Marquise on apprend la mort du comte et que plus tard on le voit apparaître. Même procédé dans La Coquette du Village, et dans bien d’autres nouvelles.
Convention, ou habitude de récit, ce voyage, cette absence d’un des héros que nous rencontrons dans Le Hêtre-aux-Juifs, dans Brigitte, dans Entre Ciel et Terre. La notion du temps qui passe est difficile à rendre ; (1) d'autre part, la Nouvelle n’a pas le loisir de nous montrer l’évolution complète du héros; et enfin, peut-être se tra-
bit là l'influence de la « Wanderschaft, » du compagnon-
1. Par exemple, dans Entre Ciel et Terre nous ne savons plus combien de temps a duré la visite de Luise Wohlig,
nage. Toujours est-il qu’on retrouve à chaque instant chez Stifter, Heyse, Spielhagen, Rudolf Lindau ce procédé technique. L'amour sentimental tient assez peu de place dans les meilleures nouvelles ; ces absences servent parfois à le traduire en action, ou à le manifester ; car, et cette fois nous trouvons là une convention qui a ses racines dans le caractère allemand, l'héroïne amoureuse (Marquise, Fleurs des Champs, de Stifter, etc.) hésite à épouser un homme qu’elle aime, mais que, ne connaissant pas assez, elle
veut mettre à l'épreuve. Ælle le soumet à un stage. (1)
Cette question de l’objectivité, plus ou moins absolue, de la Nouvelle s’enchaîne à celle du style et des conceptions esthétiques dont il est l’expression. Trouver, pour le genre qui nous occupe, une norme inflexible paraît, ici encore, tâche vaine. E. T. A. Hoffmann se moquait non sans raison de ceux qui prétendaient avoir découvert le ton de la Nouvelle. Nous voyions combien il semblait difficile et périlleux de séparer la technique interne de la technique externe, la composition étant intimement liée aux caractères, à l’action, à la conception subjective du poète.
La Nouvelle, telle que nous l'avons aperçue, se défini-
1. Dans les romans du moyen âge, ces voyages étaient des prétextes à aventures multiples du Chevalier aux prises avec d’énor-
mes dangers, avec des monstres, etc.
rait plutôt: l’action d’un récit que le récit d’une action. Ce que l’ancienne Nouvelle rapportait simplement, la Nouvelle moderne s’efforce de le montrer psychologiquement. Si le style conserve évidemment sa valeur, il apparaît moins détaché qu’autrefois du sujet. Il est moins forme que formé; et l’on pourrait lui appliquer ce que l’on a dit du vers : « Il estle corps et non le vêtement de la pensée. »
Si le style de la Nouvelle semble contingent, c’est que forme et fond s’attirent par une affinité élective. « Trouver le mot, c’est trouver les choses elles-mêmes. » (1) Chaque mot doit être vécu par l’écrivain. Le mot extériorise la plasticité contenue dans les choses, le geste qu'y aperçoit l'imagination du poète. L’art de la représentation plastique que nous trouvions réalisé dans la composition, régit aussi le style, si bien qu’il absorbe pour ainsi dire le style, au sens extérieur de ce mot. Le style devient « l'art délicat, l’art tout psychologique de composer et de persuader ». (2)
Le don du récit coulant, du style fluide « que l'on ne rencontre guère que chez les Allemands du sud », (3) le nouvelliste peut, à la rigueur, s’en passer. On admire avec raison chez des écrivains comme Heyse l'élégance de la diction, qui semble bien souvent un obstacle à la profondeur de l’œuvre. Le détail joli en soi et Justement rendu
donne une valeur pittoresque au style, mais manque, fré-
Hebbel, 6 avril 1840, + Lévy-Brühl. Revue des Deux-Mondes, 15 mars 1899, p. 367, R, M. Meyer, Deutsche Charakleristiken, p.22.
quemment, de cette énergie, de ce mouvement d’attraction qui concourt à la cohésion de la Nouvelle. Ce style sera à sa place dans le conte, dans la nouvelle en vers, Où l'agrément de la forme joue un rôle essentiel qu'il n’a point dans la véritable Nouvelle. La singularité de la Nouvelle, qui doit s'exprimer par Je style, lui interdit souvent la grâce et la beauté idéales. Si elle arrive à donner une idée de beauté, ce ne sera que par la vérité avec laquelle, d’une manière frappante et vivante, elle aura rendu l'originalité caractéristique, individuelle, d’une situation singulière. Au conteur le talent de conter, au nouvelliste le don d’apercevoir et de montrer jusque dans le moindre détail l’aspect nouveau d'un événement, ou d’un caractère.
Nous constations, pour les nouvelles étudiées plus haut, qu'elles étaient idéalistes, mais ce contenu symbolique, foncier, n’apparaît pas, sauf au dénoûment de la Vopelle, dans l'œuvre mème, où chaque trait, chaque événement, chaque caractère garde, avant tout, une valeur caractéristique et non typique, idéalisée. La Nouvelle trouve, le plus souvent, son point de départ dans une sensation, et si l’on considère attentivement la Vovelle elle-mème, l’on se rendra compte que l’action, sinon tous les personnages, demeure caractéristique.
319 CHAPITRE Vill
Le style de la Nouvelle relève en général de ce réalisme artistique, également éloigné de l’idéalisation typique (1) et du naturalisme photographique, ou, si l’on veut, scientifique. Elle ne cherche ni à copier la réalité en trompel'œil, elle n’en aurait pas le temps ; ni à la rendre plus belle qu’elle n’est. Elle s'efforce d'en montrer la vie, le rythme original, la nécessité. Idéalisée, la Nouvelle cesserait d'être une nouvelle; naturaliste, elle manque de mouvement, de cette rapidité dont peut se passer le roman, qui met un grand nombre de détails sur le même plan, et où le hasard généralement intervient à plusieurs reprises.
On peut encore remarquer que plus les faits racontés seront singuliers ou choquants, plus le style sera dépouillé, impersonnel; ce contraste subjugue notre foi en la véracité du conteur. L’aveuglement de la marquise et de ses parents ne nous semble alors pas plus invraisemblable que la force physique vraiment extraordinaire de Sanna et de Conrad.
Si l’on faisait abstraction des mots techniques comme réaliste, naturaliste, idéaliste, romantique ou classique, objectif et subjectif, dont la définition varie par trop, on pourrait distinguer pour la Nouvelle deux grandes classes de style : le style naïf et le style rapsodique ; ou, comme dit Otio Ludwig, le style qui provoque un effet libre, ou un effet lié : {IL y a deux sortes d'intérêt poétique; l’in-
térèt libre et l'intérêt lié. (gebunden) Ou bien le lecteur
1. L’idéalisation typique pourra se faire, après la lecture, par une contemplation intellectuelle de l’œuvre entière.
domine librement l'événement, — avec l’auteur et parfois avec un personnage de l’œuvre : — ou auteur et lecteur se Comportent aussi naïvement en face de l'événement que les personnages de l’œuvre. » (1) « Le poète naïf se montre objectif, par là même qu’il ne semble pas avoir d’intention ; il cherche à produire l'effet, précisément en l’évitant ou en faisant comme s’il n’y tenait pas. Les fleurs dans un ravin solitaire nous font l'effet d’être naïves et objectives, parce qu’elles ne semblent pas avoir revêtu leur beauté pour celui qui les considère. C’est dans le poète naif que l’on trouve la vraie piété pour la nature; comme à l’église, le fidèle isolé, il chante, mais pour soi, par un besoin intime. Le poète naïf n’a pas besoin de représenter la naïveté; sa représentation en soi donne aux objets représentés leur naïveté. » (2)
Le Procurateur nous offre un modèle de ce style rapsodique ou libre. Cette nouvelle fait partie des Æntretiens d'Émigrés allemands, une « Rahmenerzæbhlung », comme le Décaméron, l’Heptaméron, l'Hexaméron de Rosenhain. Elle est contée par une des personnes distinguées qui, réunies par les hasards de la guerre, narrent une histoire à tour de rôle. Dans l'intérieur de la nouvelle, le procurateur joue le rôle du personnage qui domine les événements. De mème Stifter,Grillparzer, Mærike,et l’un des personnages de La Brodeuse de Trévise, de Paul Heyse nous apparaissent comme les conteurs, comme les rapsodes ; toute
l’histoire vient jusqu’à nous par leur intermédiaire ; ils