‹ La Nouvelle Individualiste En AllemagneChapitre 84 sur 110 · Cf, Narcissus et Narcissa · texte numérisé non relu

Cf, Narcissus et Narcissa

chantent les descriptions sur lemmodelyrique.Abandonnant le débit du rapsode, ils miment leurs ouvrages, comme des acteurs jouent un drame.

Pour modèle du style naïf, l’on pourrait prendre Cristalde-Roche. Le « Ja, Conrad » est une de ces fleurs, qui produisent, comme disait tout à l’heure O. Ludwig, une impression objective. Le silence des monts, la chute de la neige, de plus en plus dense, nous sont montrés aussi avec cette merveilleuse ingénuité, comme une suite d’actions. Ici, vraiment, selon un mot d’A. Harnack : « La culture est la naïveté reconquise. »

Il faut enfin noter qu’une nouvelle pourra présenter les deux styles, par exemple Æntre Ciel et Terre, où parallèlement à la nouvelle naïve, écrite objectivement, se déroule une sorte de poème épique.L’aède voit l'Esprit du mal planer sur la maison aux volets verts ; il éclaire par des métaphores et des comparaisons épiques les événements ; il dit ses craintes et les pensées que lui dicte son expérience de la vie.

Les mots sont les matériaux du style ; lorsque les manuscrits ou les éditions successives nous permettent de pénétrer dans l'atelier des nouvellistes, nous découvrons chez tous le même souci de probité artistique.

Nous constations pour le Procurateur,avec quel bonheur Gœæthe trouvait le terme, l’épithète la plus juste.Les varian-

tes de Kleist (1) nous révèlent ce souci de trouver le mot, la tournure de phrase plastique, ou, si parfois il faut bien employer une épithète abstraite, la plus précise, la plus nécessaire. Nous voyons Droste-Hülshoff corriger avec la même acuité le style de Levin-Schücking (2). Les nouvellistes « plastiques » emploient le moins d’adjectifs possible ; on a bientôt fait de les compter dans La Marquise, par exemple. Ceux qui restent frappent d'autant plus qu'ils sont isolés, indispensables. Les nouvellistes se défient des vocables et leur laissent peu de latitude. « Les mots, ces hypocrites, ces flatteurs, qui changent avec le caprice du lecteur. » (3) Il faudra donc choisir les termes les plus francs, pour que le public reçoive bien l’impression que voulut produire sur lui l'imagination créatrice du poète. Cela contraint souvent le nouvelliste à faire violence à ses habitudes et tendances artistiques ; le force à se surmonter, lui aussi, comme artiste.

Dans ses poésies, Annette de Droste esquisse des caractères pour exprimer subjectivement ses sympathies et antipathies. (4) Le Hétre-aux-Juifs n'offre nul vestige de cette partialité. Dans ses poésies, elle aime à peindre la nature avec une minutie néerlandaise ; elle y renonce à peu près entièrement dans son unique nouvelle. (5) Sufter passe pour un styliste raffiné, pour « un maître de

1. Voir dans l'édition d’Erich Schmidt, Minde-Pouet, Steig, p- 131 et suivantes,

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