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Au début de La Nouvelle sans titre

et que dans le mariage rien n’est ennuyeux comme l’identité morale et intellectuelle des époux. Ils convolent avec leurs premières épouses, et tout le monde s’en trouve bien.

Les aventures qui, sans arriver journellement, ne présentent rien d’inouï, nous sont souvent contées par des écrivains, qui cherchent grâce à l'agrément spirituel, ou à la forte simplicité du style, à nous procurer un plaisir purement esthétique, exactement proportionné aux faits de leur récit. De tous les ouvrages « nouvellistiques » laissés par Laube, aucun n’apparait, sauf un détail malencontreusement rendu, (1) aussi achevé que le court récit inséré dans les Reisenovellen et qui porte le titre : Une histoire lyrolienne. Vérité réaliste de l'événement, rapidité et sûreté du style, simplicité de la diction, tout concourt à en faire une « Érzæhlung » parfaite en son genre. Une jeune fille est fiancée à un gars de la montagne. Son père, pendant de longs mois, quitte le village pour aller travailler au loin ; sa femme encore jeune noue des relations intimes avec son futur gendre. Un jour, à la tombée de la nuit, le père revient, les surprend et égorge sa femme sur le lit. Le jeune homme disparaît. Sa fiancée, devenue à moitié folle, l’attend tous les jours lorsque tombe le crépuscule. Un soir, il entre ; il a déserté l’armée!; la police

1.« Lorsque mon regard se dirigea vers la montagne, la pauvre enfant arracha le fichu qui recouvrait son sein, pour s’essuyer les yeux qui ne pleuraient pourtant pas. Sans doute un ancien souvenir lui disait qu’elle aurait dû pleurer, et elle voulait venir en aide à la dure nature. Sa blanche poitrine apparaissait froide et insensible dans la nuit, elle ressemblait au monument de marbre, qui

repose sur le tombeau des morts sacrés. »

le traque ; il vient chercher refuge auprès de sa fiancée. On découvre sa retraite, on le poursuit. Depuis ce jour, nul ne l’a jamais revu ; mais de temps en temps la folle gravit les pentes de la montagne avec des provisions, de la poudre et des balles.

Dans ces deux récits, si divers, d'auteurs si différents, nous pouvons légitimement admirer le conteur, mais non le nouvelliste. Le mystère des Affinités Electives manque à l'ouvrage de Wieland ; la psychologie n'existe pas, à juste titre, dans le récit de Laube. Nous avons là une série d'études individuelles, ici des faits qui se succèdent, mais point d’action.

Wieland, avant de faire un portrait, très fouillé, de ses héroïnes, écrit avec une spirituelle naïveté : « Avant de continuer l’histoire de mes deux amies, je me vois forcé de vous donner, au moins en quelques traits, une idée de leur caractère. » (Suivent deux portraits de six pages serrées.) Après quoi vient le tour des hommes : « Pour répandre la lumière nécessaire sur ce double couple, je suis contraint d’user encore une fois de mon peu d'adresse en l’art des portraits. » (Suivent quatre pages sur les caractères de Mondor et de Raymond.)

Mème description ex cathedra au début d’un très joli récit de Gutzkow : Les pigeons de la cote. Premier chapitre : description physique et intellectuelle de Léontine Simoni ; deuxième chapitre : description physique et intellectuelle de Michel Herz, son soupirant.

Dans Une histoire tyrolienne le seul procédé nouvellistique qui apparaisse, c’est que l’auteur part de la vision présente : la pauvre folle, pour dire comment un fait tra-

gique de son passé explique sa lamentable condition d’au jourd’hui.

Si passant du sujet et de l’action nouvellistiques aux caractères, nous cherchons un exemple frappant qui vérifie en quelque manière nos démonstrations, nous trouvons dans le grand peintre épique Sealsfield, un modèle de caractéristique nouvellistique employée à mettre en valeur des caractères qui ne sont pas nouvellistiques, et dans un ouvrage d’E. T. A. Hoffmann, Maître Johannes Wacht, un caractère puissant, nouvellistique, que l’auteur ne put caractériser nouvellistiquement.

Aux nombreux ouvrages de Charles Sealsfield, on ne peut jamais reprocher ce que l’auteur de l’Hexaméron, parlant par la bouche d’un tiers, disait des « Mæhrchen » (1): « Tout ce que j’ai lu ou entendu de cette sorte, en peu de temps je l’ai totalement oublié. >» Les œuvres et les personnages se dessinent dans notre souvenir en une silhouette accusée ; la perfection de sa caractéristique est du reste si fermement établie, qu’il serait inutile d’y lon-

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