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Introduction de Amitié et Amour à l'essai

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guement insister. (1) Ses héros ont à peine ouvert la bouche, que nous les connaissons, et tout au plus pourrait-on regretter, avec un des auditeurs du vieux Nathan, qu’ils gardent la parole un peu longtemps (2). Cette impression d’immédiate vérité tient, évidemment, au talentsingulier de l’observateur, mais dépend surtout, pour le lecteur, de la hardiesse avec laquelle l’auteur rejette absolument les habitudes conventionnelles du style, de la phrase écrite,et cela non seulement dans ses dialogues (qui ne sont la plupart du temps que des monologues déguisés), mais mème dans ses descriptions de la nature. Le drame naturaliste ne sera pas

plus audacieux que Sealsfield, dans ses constructions rom

1. Sealsfield ne réussit pas du reste également dans toutes ses peintures. Ses portraits de jeunes filles, avec « leurs mains d'albätre, leurs petites mains, leurs petits pieds, leur figure si pleine de lys et de roses »,ces jeunes filles « qu'on aurait voulu dévorer» sont presque comiques. Quand à New-York on a vu les jeunes filles dans leur robe du matin, « il faudrait avoir un cœur de granit ou de quartz pour résister à tant de charme ». Ses descriptions des jeunes filles de New-York, Boston, Philadelphie sont tout à fait plaisantes; les Bostonnaises ne lui agréent pas plus qu’elles n’agréeraient sans doute à Wieland, car leur « taille est un article où je déplore toujours l'absence de la chose essentielle: à savoir, la poitrine. » Ralph Doughby's Esq. Brautfahrt. Lorsqu'il nous parle dans la Prairie des « yeux fouettés par les furies, » l’image n’évoque rien de précis. Ou, dans le même récit, lorsqu'il nous dit: « Cette façon de procéder peut vraiment être nommée caractéristiquement américaine. »

2, Comme Mérimée, Sealsfield nous montre les auditeurs d’un récit s’éloignant discrètement l’un après l’autre, pendant que parle le narrateur. Il serait hasardeux de dire qu’il a pris au conteur français ce trait assez plaisant. Il est vrai que Sealsfield semble avoir pratiqué assez diligemment Chateaubriand, Balzac.

Pues, dans ses répétitions de mots, dans toute cette individualité de la langue chez ceux qui parlent. Dans sa caractéristique des Personnages, Sealsfield use de deux moyens qui ne lui sont pas propres, mais dont il sait tirer des effets originaux.

Il fait parler à plusieurs de ses Américains une langue allemande bariolée de mots anglais, indiens, français, espagnols ; et, naturellement, quand il nous rapporte les propos des nègres, il est bien forcé, comme dans certains mélodrames du début du xrx° siècle en France, comme dans Za Case de Oncle Tom, comme dans certains vaudevilles de nos jours, de les faire parler nègre, à grand renfort d’infinitifs et de « moussus ».

Le second moyen de Caractéristique verbale, auquel il emprunie aussi d'heureux effets, c’est la répétition du même mot par le même Personnage. Procédé que l’on retrouve dans la comédie de Molière, aussi bien que dans la farce de Kotzebue, de Labiche ou de Blumenthal. (Par exemple: le célèbre « calculiere » du Kajütenbuch et de Pflanserleben.)

Cette puissance d'évocation, que Sealsfield atteint par le raccourci hardi de la Caractéristique, semblerait le prédestiner au métier de nouvelliste. Et cependant, si l’on prend le mot au sens propre, cet auteur n’a point écrit de nouvelles.

Par la tendance de son esprit, par la nature de son génie poétique, il demeure un romancier épique, ou si l’on veut : un poète qui enferme, avec plus ou moins de bonheur, sa vision épique dans le cadre du roman.

Que trouvons-nous dans ses œuvres ? Des opinions et

des événements (Gesinnungen und Begebenheiten), c'est à-dire ce que depuis Gæœthe on considère, en Allemagne, comme l'apanage du roman.

Quelle fut sa visée ? Il nous l’a confié dans ces mots souvent cités : « Mon héros est le peuple tout entier; sa vie sociale, publique, privée, matérielle ; ses rapports avec la politique, la religion, prennent la place des aventures ; son passé, son avenir SOnt utilisés comme vêtements historiques ; les. scènes d'amour et les aventures ne sont employées qu'à l’occasion, comme tain, pour animer et mettre en valeur. Ce genre de roman (auquel l’auteur (1) croit devoir donner la dénomination de roman national, ou de roman populaire au sens élevé du mot), donne au roman le fondement le plus bigarré, grâce auquel il pourrait prendre place aux côtés de l'Histoire, dont il est appelé à devenir une source auxiliaire importante. »

Ce « roman national » est celui de la libre Amérique, de cette république qui était si belle sous l'empire espagnol, français, anglais; mais l’œuvre de Sealsfield mérite encore à un autre titre l'appellation de roman « national »,car il est destiné à stimuler l'Allemagne. Les peintures de l’écrivain doivent, dans sa pensée, avoir la valeur d’un exemple. Que le peuple allemand y apprenne comment des citoyens libres se créent une pation. En tête des Tableaux de la Vie dans l'Hémisphère Occidental, l'écrivain plaçait cette dédicace : « Ces images de la vie domestique et publique de libres citoyens d’un État allié par la race, et qui,

grandissant chaque jour, va prendre place dans l’histoire

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