‹ La nouvelle littérature, 1895-1905Chapitre 17 sur 44 · LE ROMAN · texte numérisé non relu

LE ROMAN

Pour une partie du public français, le roman constitue l'unique production littéraire de notre temps. Après avoir été, durant trois siècles ( i) , le genre inférieur, le roman a tout envahi. Rien ne lui est étranger. Devenu comme les langues d'Esope, ce qu'il y a de meilleur ou de pire, il a eu toutes les audaces, toutes les prétentions; il a véhiculé jusqu'au grand public les hypothèses de la science et les lieuxcommuns de l'histoire. On as"sure qu'il a dépassé sa

(i) Cf. Voltaire. Le siècle de Louis XIV. App. Catalogue des écrivains, article : M"° de Villedieu. «... Au reste on est bien éloigné de vouloir donner ici quelque prix à tous ces romans dont la France a été et est encore inondée. Ils ont presque tous été, excepté Zaïde, les productions d'esprits faibles qui écrivent avec facilité des choses indignes d'être lues par des esprits solides ; ils sont même pour la plupart dénués d'imagination ; et il y en a plus dans quatre pages de VArioste que dans tous ces insipides écrits qui gâtent le goût des jeunes gens. » Voilà une opinion qui réjouira M. Ernest-Charles.

prospérité et que la décadence approche. Il semble, en effet que, depuis quelques mois, les éditeurs réduisent la publication des romans et nous ne connaissons plus les tirages énormes dont Zola, Droz ou Daudet tirèrent fortune.

Quo Vadis elAphrodile ont été les derniers succès de librairie. De cette déchéance les causes sont les mêmes que pour la critique ou le théâtre et se compliquent encore de ce que nous appellerons ïinvasion des primaires. En effet, s'il est une forme littéraire, un genre qui ne doive pas être instructif, documentaire ou social, c'est le roman, La définition même du genre l'écarté des ambitions morales ou politiques. Hélas ! on en est venu à décorer du titre de roman des œuvres sans intrigue, entièrement lyriques ou entièrement documentaires ; alors que ce genre paraît entièrement destiné à des récits d'aventures ou à des peintures de mœurs ! Mais l'ac' croissement de V amateurisme, les plagiats naturalistes, le reportage d'actualité, la réclame éhontée des industriels, la confusion universelle des genres, l'invasion de l'esprit primaire {i)ii ont ^dis peu contribué à rabaisser le roman français.

La mise en vente demeure considérable (a). Il est

(i) Cf. L'école d'Aujourd'hui, par M. Georges Goyau. Très remarquable et judicieuse étude, a vol. Perrin, 1905-1906.

(a) M. Henry Bordeaux parle de 4o 000 livres nouveaux par an. Dans ce chifTre il faudrait comprendre les budgets de l'Etat «t des grandes villes, les publications administratives parti- ^

difficile de démêler les tendances générales de ces œuvres disparates dont les meilleures ne sont point les plus connues. Il semble cependant qu'on veuille

culières aux ministères, au parlement, aux préfectures, les ouvrages de piété, les manuels techniques ou d'enseignement etc.. En réalité la production des romans a diminué, si l'on compare aujourd'hui avec le temps où Savine et Dentu publiaient trois ou quatre romans par jour. Il paraît annuellement de 35o à 1*00 romans. M. Henry Bordeaux écrit plus iustement: (J^es Ecrivains et les Mœurs, 1901)

« D'où vient cette manie d'écrire ? De la vanité des uns et de l'industrie des autres. Autrefois, les auteurs plus rares et d'ailleurs poussés par une vocation irrésistible qui rencontrait pour s'affirmer les obstacles les plus pénibles, tels que la faim, l'hôpital, le mépris public et la haine des sots, finissaient par grouper autour de leurs œuvres, dans l'ensemble du pays, une classe d'amateurs instruits et intelligents, qui savouraient dans la lecture un plaisir de dilettante et se contentaient d'avoir du goût. Aujourd'hui, il n'y a plus d'amateurs. Tous les amateurs, sans exception, écrivent et portent triomphalement leurs manuscrits chez les libraires. »

Néanmoins, voici la statistique officielle pour l'année i838. Il a été imprimé à Paris 6.6o3 ouvrages français, latins, grecs, italiens, allemands, elc —

976 estampes ou lithographies.

173 plans ou cartes géographiques.

io53 ouvrages de musique.

Cette année M. Néaubre a donné lo nouvelles pièces au théâtre, MM. Anicet, Dennery et Laurencie 8, Vanderbuch et Lubize 7, Bayard, Dumanoir. Gogniard, Gourcy, Desnoyers, Duport, et Connon, 6, etc..

En librairie ont paru durant les deux derniers mois : Souffre Douleur, de Emin. Gonzalès. La Belle au Bois Dormant, de A. Houssaye, L'Inconstance de H. Lucas, Mephis de M""' Flora-Ghasal-Tristan, Les Loups-Cerviers , de Lamothe- Langon, Acte de Alex. Dumas, Arthur de Eugène Sue, etc. . .

pn levoit,c'est encofe des livres dont on «egouvient lemieu.';,

réagir contre le pessimisme naturaliste, contre le romantisme et qu'on oppose, à l'idéalisme minutieux et subtil des slaves, une sorte d'idéalisme latin. On peut noter avec la vogue du roman historique un retour au roman héroïque. Le roman symboliste achève son éphémère, brillante et curieuse floraison. Le roman dit moderne mêle à la peinture des moeurs quelques prétentions de philosophie, d'ironie ou même de polémique.

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