IL — LE ROMAN SOCIAL
M. Camille Mauclair a dit des Rosny qu'ils étaient les seuls romanciers sociologues. En effet, ils semblent avoir été les véritables précurseurs de cette forme de roman qui tenta depuis les débutants^ épris d'idées humanitaires. Le Bilatéral Les Ames perdues, L'Impérieuse Bonté et surtout Sous le Fardeau furent les véritables romans sociaux. Alors que Germinal était surtout une épopée en prose sans tendances définies, les livres de J.-H. Rosny s'inquiétaient de l'humanité tout entière, avec ses instincts et ses gestes inutiles. La théorie de l'évolution lente chère aux Rosny, devait pourtant plaire aux socialistes, et une sorte de fatalisme dominateur qui se dégage de leurs œuvres, un esprit de discussion trop subtil éloignaient d'eux le peuple. J.-H. Rosny pensent que ce n'est pas par le peuple que peut se faire une évolution progressive, mais par la bourgeoisie. Cette théorie logique ne pouvait les rendre sympathiques au gros public.
André Couvreur, dans les Dangers sociaux, s'est fait éducateur et moraliste. Il a procédé par antithèses violentes , ce qui est le défaut des romans à thèse en général. Dans la conception de son oeuvre, André Coureur, s'éloigne de la vérité: au
(i) Cf. J.-H. Rosny, par G. Gasella, in-iS, Sansot, éditeur.
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contraire, l'exécution est d'une sûreté inattaquable ; et l'on voit dans ses livres grouiller des foules véritables avec leurs instincts collectifs, éternels et changeants. Nous n'éprouvons, à vrai dire que des sentiments excessifs, mais avec quelle intensité!... Maintenant, quelle part de sincérité devons-nous trouver dans une œuvre dont les détails n'existent que pour la démonstration d'une idée ?. . . Nous ne pouvons pas plus discerner cette sincérité que dans les Rougon Macquart où l'intrigue définie démontrait un principe. Pourtant, sa croyance profonde en l'avenir social nous éclaire sur la conscience d'André Couvreur. Chacun de ses livres est un bienfait, et les défauts que nous y rencontrons sont peut-être à ses yeux les qualités les plus fortes, parce qu'ils sont des moyens, parfois volontairement naïfs, de mettre en relief les tares qu'il combat. C'est pourquoi André Couvreur est éducateur et moraliste. Ce que fait Brieux , au théâtre, Couvreur l'a tenté par le livre.
M. MichelCorday est aussi un fervent de Brieux. Les livres sont d'une audace louable. Il a fait preuve dans Demi- fous d'un plus grand souci de la phrase. M. Michel Corday est aussi un moraliste.
M. Camille Mauclair est un curieux. Les Mères Sociales sont une attaque contre la morale de la famille. Lui aussi M. Mauclair indique le remède. Car il ne serait pas un sociologue s'il ne fournissait un moyen de transformer la société.
« On a souvent reproché à M. Mauclair d'avoir laissé sa prime intellectualité s'étioler dans l'ombre instable de Barrés. Pourtant il ne semble pas que la philosophie spéculative de celui-ci ait détourné de sa voie naturelle l'esprit inquiet et combatif du jeune disciple. Il apparaît, au contraire, que cette influence — subie non sans orgueil naguère — dota le poète des Sonatines d'Automne d'une excellente méthode de raisonnement. Ici, nulle trace de dilettantismebarrésien. Aussi bien en dédiant cetteœuvreàJ. -H. Rosny, M. Camille Mauclair a entendu s'honorer d'une évidente filiation. Le soleil rosnyen luit pour tout le monde, et bien avant les Mères Sociales, plus d'un écrivain altruiste y a réchauflé sa vacillante inspiration (i). »
Malgré, M. Camille Mauclair, M. André Couvreur» et malgré les efforts de M. Michel Corday, le roman social paraît être en défaveur. Pourquoi?... 11 y a moyen d'étudier les questions les plus graves sans être ennuyeux.
On peut considérer comme un roman social (social à la façon de M. Mirbeau à qui le livre est dédié, c'est-à-dire satirique). Héros d'Afrique de Ch. Henry Hirsch, mais M. Hirsch satisfait d'avoir des paysages à décrire et une peuplade nègre à imaginer, s'est laissé aller à écrire un délicieux roman d'aventures, avec de l'énergie de-ci de-là, et une idée directrice, noble et généreuse.
(i) André Malécot, Eetue dorée, 3i-VI-20o. Décembre igoa.
Enfin M. Georges Pioch [L' Impuissance cl Hercule), M. Jean Vignaud [Les Amis du Peuple), Jean Viollis {La Récompense), Louis Lumet [La Fièvre, le Chaos), avec un style ardent et clair, des dons de composition et d'évocation très particuliers, Hsnry de Bruchard, {La Fausse Gloire), etc., avec des préoccupations différentes allaient au peuple et nous contaient ses misères, et la vie de ceux quile dirigent ou espèrent le diriger. Les livres de M. Lumet sont certainement, parmi les œuvres de jeunes, les plus réussies dans ce genre.