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IV. — LA FANTAISIE ET LE CONTE MORAL

C'est encore M. Pierre Louys qui a suscité la renaissance du roman fantaisiste. (Les Aventures du roi Pausole). Estimant que rien n'était mieux dans la tradition des lettres françaises, M. Pierre Louysos a

publier en feuilleton un roman hors du temps et de la réalité. L'exemple fut suivi : le roman poétique nous est revenu, avec Pour l'amour du laurier de M. Gilbert de Voisins au style original et d'une belle pureté et qui rappelle, sans détruire la personnalité de l'auteur, le Diable amoureux de Cazotte, les Centaures de M. André Lichtenberger, Merveilles et moralités de Edouard Ducoté où persiste comme un écho de la sagesse antique, comme un reflet de la grâce légère de Lucien de Samosate.

Le Mariage de Don Quichotte, de P. J. Toulet unit la philosophie voluptueuse de Crebilion à l'esprit picaresque.

Le conte moral et le roman allégorique né du Gulliver de Swift et du Candide de Voltaire ont eu des continuateurs avec Pantalonie de Camille de Sainte-Croix, les Lettres de Malaîsie, de Paul Adam, les romans demi-fantaisistes de M. Delacour (l'Evangile de Jacques Clément, le Roy, le Pape rouge). Le rire amer de Villiers de Lisle Adam et le tragique de Barbey d'Aurevilly persistent ici.

Les Contes des yeux fermés, d'Alphonse Séché, sont des rêves. Mais, ce ne sont pas des rêves racontés comme nous en connaissons tant ; ici, il y a quelque chose de plus en originalité, quelque chose de moins en littérature. C'est, en quelque sorte, de la photographie de rêves. On ne peut imaginer rien de plus curieux et de plus étrange. Jamais, jusqu'ici,

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on n'était arrivé à nous douucr à ce point l'exacte impression de cette hallucination. Nous avions, en les lisant, l'iliusion complète du rêve pendant le rêve. Le procédé littéraire est presque tout scientifique, on devine à quelles observations, à quels efforts l'auteur s'est astreint pour arriver à bien connaître le mécanisme du rêve, pour s'en rendre maître et réussir à nous donner ces contes saisissants de vérité. Sans conteste, ce livre est unique en son genre.

Après les romans scientifiques des frères Rosny, (les XipéhuZf Un autre Monde, le Cataclysme , etc.) qui bien avant Wells avait instauré cette forme romanesque, les écrivains n'ont pas hésité à nous mener hors de l'espace et de la réalité. C'est beaucoup Wells qui a causé cette renaissance passagère et nos romanciers ne semblent avoir retenu de l'auteur de la G'derre des Mondes que ses procédés d'invention, que son amour de fantastique. 11 y avait une autre préoccupation dans l'œuvre scientifique des Rosny qui examinait surtout l'angoisse des hommes devant les problèmes inconnus {i).V Orient Vierge de Mauclair est mieux qu'un roman fantastique parce qu'il est influencé des Rosny et les Contes dans la Nail de Frédéric Boutet ont une tenue philosophique. Il faut citer à part la Morte irritée de François de Nion et

(i) Le Horla de Maupassant était surtout une hallucination, et les deux Paradis d'Abder-Râman de Jules Tellier sont un exercice d'ironie sur les religions.

Le Réveil de l'Ame de J. de Taillenay qui développait l'idée de la survivance des morts, l'étrange voyage de Julius Pingoninque M. Boutet nous conta et qui sont à la fois de l'Edgar Poë et du Mark Twain, les contes de Bernard Lazare, La tourmente d'Or, d'Albert Leune, VEldorado de Paul Brulat, enfin cet extraordinaire Parfum de Volupté de Gaston Danville. Tous ces romans se réclament à la fois du conte moral, du merveilleux scientifique, du roman d'aventures.

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